LE PLUS JEUNE
O mon frère! ô ma mère! ma mère!...
LA MÈRE, en pleurs.
Mon enfiuit, je ne te reverrai donc plus !
ACHMET
Séparez-les. Si tu cries, on va t'enlever l'autre.
Mon fils! mon cher fils!
ACHMET
Otez-lui l'autre.
ANNIBAL
Ne l'empêchez pas de pleurer.
ACHMET
Où est cet esclave noir qui était toujours avec son ancien maître? Vous savez, seigneur Annibal, qu'Empsael ne veut point d'homme de sa couleur dans l'esclavage.
ANNIBAL
Il a bien raison : les noirs naissent libres.
ACHMET
Cehii-ci ne doit pas être loin; je l'avais fait par-
EMPSAEL.
tir ce matin d'avance, avec soq Tienx maître, qri ne peut plus marcher , et qa'oo avait perché me un chameau.
ANNIBAL
On les a mis l'un et l'antre aux travaux; Oi ne doivent pas être loin.
ACHMKT.
Qu'on les trouve et qn'on les sépare : oda ert e»^ sentiel, seigneur Annibal. Je connais lesbluei; dès qu'il y a quelque amitié entre deux esdam blancs, il y a complot contre leur maître. Poor les gouverner , souvenez-vous de cette maxime : Séparez ceux qui s'aiment, et mettez enscmhie ceux qui se haïssent. (Zoraide, trembloRie ^ à la fadtre de la chaumière: Achmei s'imekimê respeC' tueusement devant elle.) Madame, mon maître m'a ordonné de déposer ce nouveau trophée dans le séjour de vos plaisirs. {Use tourne vers les esclaves.) AHonSy misérables, prostemez-vous devant cette chaumière d'Empsael , que la Tidoirei couverte de son pavillon.
zoRAlDE, tremblante.
Où est Empsael ? Quand reviendra-t-il ?
ACHMET
Madame, il est dans la forêt; H sera de refanr t la nuit. {j4ux esclaves.) Allons , plus bas.
LES e;sclaves.
Grâce! miséricorde! misârioorde! grande sultane ! {Ils se relèvent et s'éloignent. )
ZORAÎDE.
Remportez ces soilwts, je n'ai plus soif. Amies infortunées, tendres compagnes de mon sort, bitsez-moi seule; votre vue redouble mes peines..... Rosa-Alba, avertissez ce bon Père de la Biercide venir promptement.
ROSA-ALBA
J'y cours, madame.
ZORAÎDE.
Et vous , Marguerite , faites venir ce juif porti-
gais.
MARGUERITE
Il ne tardera pas , madame.
ZORAlDE.
Des femmes séparées de leurs maris , des mèrei de leurs enfans; des amis qu'on enlève à leurs amis, loin de leur patrie qu'ils ne reverroot jamais; abandonnés à la fureur des barbares, sans ooosoh tion et sans secours : ce n'est là qu'une partie do maux qu'entraîne pair tout pays l'esdavage. Que ce vieillard, né dans une condition distinguée, est à plaindre! Hélas! la grandeur de notre dmte se mesure par celle de notre élévation ;^mais que et noir, jadis son esclave, a l'ame grande? Ali!fl Empsael l'avait entend^ ! Il aime les actions gêné-
EMPSAEL.
reases : en faveur de l'esclave noir, il aurait fait iiu bien à son ancien maître; il en eût fait à tous t:es infortunés. Je n'ose entreprendre seule de les soulager; il ne m'est pas permis dé communiquer avec eux : Empsael a les Européens en horreur. Il fout que j'appelle à mon aide ce riche juif portugais et ce bon Père de la Merci y chargé des charités de l'Europe pour le soulagement des captifs ; je leur donnerai les fniits de mes économies : allons les diercher. O Dieu ! bénis mes faibles secours pour de si grands besoins! Le grain de blé ne se multiplie dans les champs que par ta bénédiction. {Elle rentre dans la chaumière,) BENEZET, quaker, parait sur le bord de la mer,
portant des plantes dans une main et une canne
dans Vautre.
Je crois qu'il serait possible de ùûre à pied le tour du globe, en suivant toujours les bords de la mer; on y trouve fréquemment de belles grèves, des ruisseaux, des plantes et des coquillages : c'en est assez pour se rafraîchir et pour vivre. J'ai parcouru ainsi une partie des rivages déserts de l'Europe et de l'Amérique, et me voici pour la seconde fois sur ceux de l'Afrique : partout la nature a pourvu à la communication et aux besoins des hommes; mais partout les hommes méprisent les bienfaits de la nature, et se rendent malheureux les uns par les autres. J'ai laissé en Amérique les noirs esclaves des blancs, je retrouve en Afrique les blancs esclaves des nouis.
Voici le chemin de la ville déserte , où je dois faire ma première station; j'y trouverai assez de logement dans ses tours abandonnées : j'imite la cigogne, qui, chaque année, passe l'hiver en Afrique, et £ût chez les peuples barbares son nid au haut des monumens ruinés, et le pose sur un toit de chaume chez les peuples bons et hospitaliers. Voici une chaumière, mais elle est entourée de pavillons; c'est le séjour d'Empsael. Ce noir est né avec toutes les bonnes qualités de son pays , mais les Européens les ont altérées en allumant en lai le feu de la vengeance. AUons chercher les bons Africains au milieu de FAfnque. Mais voici un étranger qui s'approche.
BALABOU.
Philosophe, te voilà donc! Je suis bien aise de te revoir; tu m'as donné, l'an passé, des plantes qui m'ont foit du bien.
BENEZBT.
Le régime végétal et Pexercice guérissent de Ions les manx.
BALABOU.
Ta Tiens donc cueillir encore des planteid^ns fiotre pays?
BBNBZET.
Je viens pour en cueillir et pour en planter,
BALABOU.
Bon! cueillir des plantes! comme si ton pays n'en produisait pas aussi... tu ne viens de si loin que pour chercher des trésors dans les ruines dt nos villes désertes.
BENEZBT.
Ami, c'est la vérité; j'y en ai trouvé un fort grand.
BALABOU.
Oùest-fl?
BENEZET
Il est avec mol.
BALABOU.
Ah! tu devrais bien m'en faire part!
BENEZET
Très-volontiers.
BALABOU tend un pan de sa robe.
Donne.
BENEZBT.
Mon trésor est la paix de l'ame.
BALABOU.
VoUà de belles richesses! comment bit-tu pour trouver oetle paix de l'ame dans h soUtade? j'y meurs d'inquiétude et d'ennui.
Je la trouve dans l'étade de 1» oaMir* et dans la confiance en Dieu. •
BALABOU.
Gomment! tu crois ea Dieo? On dit qoelti philosoi^es n'ont pas^de religion.
BENEZET
Ami, tous les hommes adorent qaekpe divinité, oa au moins quelqqe chûnère qui Içur en tient lieu. Les plus mfortunés sont ceux qui ne voient dans l'univers d'autre dieu qu'eox-mémef ; tk meurent partout d'ennui.
BALABOU.
Comment penx-ta adorer un dieo dans ta via errante? Tu ne fréquentes ni église, ni synagogue^ ni mosquée. Ouest toi^ temple, ton livre delà loi^, tes sacrifices, ton autel et ton prêtre?
BENEZET
Mon ami, mon temple est celui de la nature ; s» voûte est ie ciel; sa lanyie, le solefl; mon livre d« la loi, Famour de Dieu et <!es hoomies; mes sacri- Oces, mes passions; et mop autel, mon cœor, dont Diea même est le pontife. Crois-moi , tous les temples bfttis par la main des hoomies ne sont qoe d« (ûWei imitaMons de celui-là.
BALABOU.
Tous ces beaux sentimeos ne te senrlnwtà rieo anjoar dajogemeiit, si ta m crois A notre grand prophète.
BENBZBT.
Je respecte toutes les religions; laisse-moi garder la mienne. Adieu , il est temps de me mettre en route. Tiens, Balabou , prends ce peu de tabac pour te souvenir de ton ami Benezet. {Il lui donne du tabac à fumer.)
BALABOU.
Je te remercie. Adieu , bon philosophe ; que le ciel t'amène à la connaissance de la vérité !
BENEZET
Adieu. {En s'en allant. ] O chère solitude! ce n'est que daas ton sein que Tame jouit de la paix du ciel.
BALABOU y seul.
L'homme qui respecte toutes les religions n'en a aucune. C'est dommage que ce voyageur soit hors du bon chemin ! il a un grand esprit. Il court le monde pour chercher des trésors, peut-être par le secours du diable. Après tout, il vaut mieux qu'il en profile qu'un autre : c'est le meilleur homme que je connaisse. Il nous aime, il a toujours quelque chose à nous donner; il ne manque à ce blanc , pour être parfoit, que d'être noir : mais tous les blancs de l'Europe sont plongés dans les ténèbres de l'erreur. Comment notre grand ministre a-t-il pu épouser une femme de leur pays? Elle est bonne et charitable; mais à quoi tout cela lui servii-a-t-il un jour? Si je pouvais la convertir, j'aurais , par son moyen , un grand crédit sur son mari. Elle ferait bientôt ma fortune. Voici le Keu où elle a coutume de venir passer la soirée; il faut que je cherche l'occasion de lui parler pendant l'absence d'Empsael.
ANNIBAL s'approche respectueusement de Balahou , et lui baise le bas de sa robe.
Bonsoir, mon père.
BALABOU.
Bonsoir, mon fils; où vas-tu ainsi?
ANNIBAL
Je viens d'envoyer un détachement de gardes noirs vers la ville; je vais maintenant Cure ma ronde du côté de la mer : ces maudits blancs nous donnent bien du mal !
BALABOU.
Comment! a*t-on vu paraître quelque corsaire européen sur la côte ?
ANNIBAL
Oh! ils ne sont pas si hardis; je ne me plains que de nos esclaves blancs. Ce matin, on nous en a envoyé un de la prise espagnole; on l'a mis surle-champ aux travaux , et il a disparu cette aprèsmidi. Il est suivi d'un noir qui , dit-on , a été son esclave et ne le quitte jamais. J'ai averti de tout cela notre renégat Achmet.
BALABOU.
Rien n'esl aussi trompeur que les fabncs.
ANNIBAL
On dit que cdui-d est gentilhomme. Qu'est-ce qu'un gentilhomme ? On dit que c'est qudqoe diose de grand en Europe.
BALABOU.
Les gentilshommes d'Europe sont des homnei d'une caste qui ne fait aucun travail ni aucun oonmerce.
ANNnAL.
Us doivent donc monrir de flûm dans leor pays?
BALABOU.
Au contraire, ce sont eux qui en ont tontes 1» richesses et toutes les grandes {daœs.
ANNIBAL
Les autres blancs sont donc leurs esdires?
BALABOU.
Oui. Us sont foits aussi pour resdavage. Tu sais, mon fils , que (dius on a de boméponr eux, plulîb en abusent.
ANNIBAL
C'est Zoralde qui est cause des désordres ifâ arrivent parmi les nôtres. Chaque jour, eDe dh tient pour eux quelque nouvelle grâce d'EmpsML Je ne sais pourquoi notre grand gèaéaà a épousé une femme de cette couleur; il fiiut qu'elle Tut séduit par quelque diarme. Nos femmes noires sont plus belles, mieux foites, plus sages, pk» vives, plus fortes, et cependant plus soumisesi leurs maris que les femmes blandies.
BALABOU.
Il ne fout pas mépriser Zoralde parce qu'dk est blandie : Dieu lui a donné une ame oommeà moi et à toi.
ANNIBAL
Je ne la méprise pas pour eela ; 9 snfOt qo'ele soit la femme de notre général. Comment peut-fl avoir eu si peu de goât? On voit bien des blano devenir amoureux de femmes noires, mais bien peu de noirs en aimer de blanches.
BALABOU.
Tu as raison : la couleur noire est la conleurna» tnrelle de l'homme et de la femme; c'est le soleil qui la donne, et elle ne s'effiice jamais. La eonkor blandie , au contraire , est une couleur malade, qd ne se conserve qu'à l'ombre. Tous ces blancs d'Europe ont des visages efféminés.
ANNIBAL
J'ai quelquefois bien ri en les voyant débarquer de leur pays. Il y en avait qui avaient sur leurtMe de grands paquets de cheveux qui n'étaient pai i à eux ; ils les avaient couverts de graisse de pore.
EMPSAEL.
de farine, et d'ane coiffure noire à trois cornes. Un jour , j'en ai dépouillé un dans un vaisseau que nous primes; je trouvai dans son habillement, de la tête aux pieds , vingt-sept pièces différentes, cinquante-deux boutons, six boucles, et dix poches remplies d'une multitude de dioses dont ils ne sauraient se passer. Ils sont obligés, le matin, de se revêtir de tout cet attirail , et de s'en dépouiller le soir. Les noirs , au contraire , avec une pièce d'étoffe autour des reins , une lance à la main et un cimeterre au côté , sont prêts à tout, en paix comme en guerre : en vérité , les blancs sont foits pour les servir.
BALABOU.
Le visage d'un Africain est un visage de guerre; les blessures ne font point peur au noir. Pour l'y accoutumer , dès son enfance on le couvre de balafres ; il va sans crainte au-devant des épées et de la mort.
Nous avons en tout l'avantage sur les blancs : nous montons à cheval sans seUe et sans étriers ; nous sommes plus légers à la course, plus forts à la lutte, plus agiles à la nage, plus adroits à la chasse et à la pêche. Mais comment se fait-U que ce noir, qui s'est enfui avec ce blanc, ait été son esclave? Est-ce qu'U y a quelque pays dans le monde où les noirs sont esclaves des blancs ?
BALABOU.
Oui, mon fils.
ANNIBAL
Et comment se peut-il faire que les blancs résistent aux noirs?
BALABOU.
C'est que les blancs emploient les arts magiques.
ANNIBAL
Est-il possible?
BALABOU.
Oui; ils ont commerce avec le diable.
ANNIBAL
Je l'avais déjà ouï dire à mes compagnons.
BALABOU.
Rien n'est plus vrai. C'est d'abord le diable qui leur a appris l'invention de la pondre à canon. U n'y a point de prise européenne où l'on ne trouve quelque nouvelle invention diabolique : tantôt c'est du feu qui se conserve dans un flacon d'eau , et qui s'enflamme dès qu'il est à l'air; tantôt ce sont des verres qui font descendre le feu du soleil. Pendant que j'étudiais à Fez, on y apporta, au moyen d'une machine prise sur un vaisseau anglais, une boule de verre qui jetait des étincelles et frappait qu'on vit d'où venait le coup; mais ce qu'il y
avait de plus étrange, c'est qu'elle disait descendre la foudre du ciel. Uyeutun ordre de nos docteurs de la jeter à la mer, et d'envoyer bien loin dans le désert l'esclave qui en avait fait l'expérience... Mais tous les moyens des blancs pour avoir du fèu les mèneront un jour au feu de l'enfer. Je crois que s'ils l'entreprenaient, ils monteraient en l'air.
ANNIBAL
Ayant de si grandes liaisons avec le diable, ils devraient exterminer tous les noirs.
BALABOU.
Ils ne peuvent rien sur les fidèles musulmans : c'est un privilège que Dieu a donné aux véritables disciples de son prophète.
ANNIBAL
Comment les blancs apprennent-ils la magie ?
BALABOU.
Avec des livres.
ANNIBAL
Qu'est-ce qu'un livre ?
BALABOU.
Tiens, en voilà un.
Comment, c'est cet assemblage de petits feuillets! Chaque feuillet est rempli de caractères noirs.
BALABOU.
Us renferment précisément le secret de leurs sortilèges. Il n'y a que leurs prêtres qui les entendent , et qui les leur expliquent.
ANNIBAL
Oh! je voudrais bien savoir y lire.
BALABOU.
Comment ! tu voudrais savoir leurs sciences diaboliques ? elles les précipiteront dans l'enfer. Nous avons des livres plus puissans , qui nous mènent en paradis.
a Jacob s'avance au-devant de Zoraide , qui est » suivie de Rosa-Alba , de Marguerite et du père » de la Merd. »
ZORAlDB.
Seigneur Jacob , je vous ai prié de passer ici pour m*aider à soulager des esclaves bien malheureux.
JACOB
Madame , mon plus grand bonheur est de fUre des heureux. C'est moi qui ai vendu dernièrement deux belles Géorgiennes pour le sérail de Fempereor. Elles ont aujourd'hui l'honneur d'être au service de ses femmes noires , et elles n'avaient pa» de pain dans leur pays. Je compte bientôt fkire une tournée dans une partie de l'Europe, et en amener beaucoup d'eiciaves. Je trouverai en Riisne^
enPolo^eetenLivonie, des paysans qoe l'on y mène à coups de bflhm, et qui y sont à bcm marché. DelA, j'irai eu Italie : il y a à Rome et à Napies quantité de paavres gens qui aimeront mieux me vendre leurs enfans que de les mutiler pour en faire des musiciens. Si je pouvais m'inlroduire en Espagne et eu Portugal , je vous amènerais <le U des esclaves, les plus malheureux et les plus soumis qu'il y ait au monde.
zodaIde.
n ne s'agit pas de me procurer de nouveaux esclaves, mais de secourir quelques-unsde ceux qui
JACDB.
Je reconnais bien là, madame, votre grande vertu;jedesire participera voire bonne œnvre.si vous le permettez : je ne prendrai rien pour mes droits. Voulez-vous les racheter ou les échanger? vous n'avez qu'à parler; on fait tout avec de l'argent; il est plus puissant que la beauté mSme; on ne vit que pour en gagner, et on n'en gagne que pour avoir de quoi vivre.
ZOBAiDE.
Vous savez qu'Empsael ne vend aucun de ses
esclaves.
JACOB
Je sais aussi, madame, que personne n'a plus (le pouvoir que vous sur son esprit : vous pouvez lui dire qu'il n'y a point de ttalic plus ridie , plus noble et pins joli que celui des esclaves. Les marchands declievaux, de chameaux, d'éléphans, d'or , d'argent , de pierreries , ne sont rien auprès des marchands d'hommes; car, enfin , il n'y a rien au-dessus de l'espèce humaine.
zoraIde.
C'est un commerce affreux et inhumain. Vendre son semblable ! c'est pécher contre toutes les lais de la nature.
La morale peut être bonne pour des particuliers; mais elle ne vaut rien en politique. Est-ce qne l'Afrique pourrait se soutenir sans esclaves européens? II ^udrait donc qu'Alger, Tunis, Tétuan, Salé, et tant d'antres villes florissantes, mourussent de
ZOHAiDE.
Il s'agit, pour le présent, de donner qudques secours à des malheureux qui viennent d'arriver, et qui n'ont pas encore l'habitude de souffrir. ■ Vous avez la conHance d'Empsael , vous pouvez aller librement dans les prisons des esclaves, et donner à ceux qui en ont le plus besoin quelques niatelat, du linge et un peu d« vin.
JACOB
Ce que vous demandez li est fbrt ditOcik, H coïttera cher .Vous savez qu'Empnd vent que Tordre s'observe dans le bagne : il bat que je gigne d'abord les gardes noirs, et snrtoot que j'évite la jalousie naturelle aux Européens; ce qui est pre»que impassible. Si on donne des rafralchisaeoKnt à quelqu'un d'entre eux, il faut en distribneri tous. Anglais, Français, Portugais, ItaUens, et même entre compatriotes, ib se baissent à la mort, les uns pour la religion, d'antres pour la naiisaiice, pour la province , pour leur métier. Donner qnelque amndne à un esclave au milieu de ses ooo^iagnons , c'est jeter un os an miliea d'une mente de chiens.
ZOBAlDB.
Je voudrais au moins que voos aidandet oa blanc et un noir qui sont inséparables.
JACOB
Ah ! voilà qui est rare , et ce qoe je n'ai jamais TU. Je les aiderai , madame ; combien Tonlei-niu leur donner ?
ZOHAinB.
Je n'ai ^us d'argent; mab voici imelxAe d'or, vendez-la , et distribuez-leur-en le prix.
Je suis un parEiit honnête bomme; je ne voudrais pas avoir im denier à ceux qni n'ont rien; je vais vous dire en conscience ce que pèse voire botte d'or. (/I tirs dis balaneet de m poche et pfsi la boite ; il fa louche eutnile avec une pierre. ) Votre boite pèse trois onces deox gros six grains bien trébuchans; c'est de l'or à vingt-deux carrais ; c'est peu de chose au fond. Vous savez qne, depuis le retour de la caravane de Ttnobat et de Gagot, l'or perd beaucoup ici; il est mùotenaot presque aussi commun qne l'argent : mais voni avez des diamans et des perles que voos ne partez jamais.
coraIde.
Ce sont des présens de mon époux , je n'en peux disposer : ce que je vous doime provient des fnnU de mon travail.
JACOB
De quelle re%ion est ce blanc? S'il est hilbérien , calviniste , anglican , ou de telle antre caatmunion chrétienne, je l'uderai très-vokmtien: mab s'il estcatholique, je n'en ferai rien. Je soti né en Portugal, où l'inquisition, après m'avoirdépouillé de Ions mes biens , m'a mis en prison , d'où j'ai eu bien de la peine A m'édiapper. Je ne donnerais pas une datte pour racheter la vie d'tm catholique; mais pour le noir, il profitera de tc* bien^ti : j'aurai soin qu'on loi donne h oui
ËHPSAEL.
unebonne natte, elle joar deTeau à discrétion.
ZOaAÎDE.
Ajontez-y un peu de vin, aûn que son ancien maître , auquel il est si attaché , n'en manque pas.
JACOB
Vous savez que la loi de Mahomet ne permet pas l'usage du vin.
ZORAlDE.
Le père catholique aidera donc le blanc, et le juif le noir. Cependant je ne suis pas tranquille, j e voudrais faire quelque chose de mieux en faveur de ces deux esclaves infortunés et du malheureux équipage de ce vaisseau espagnol : je veux aller jtrouver moi-même Empsael.
ROSA-ALBA
Comment ! dans la forêt?