‹ uvres posthumesChapitre 13 sur 85 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

TALLIEN, YSABEAU, un pistolet à la mata. YSABEAU.

Sais-tu qu'auprès de toi l'accès est difOcile, Et sans cet argument aussi puissant qu'iiabile, Je demeurais dehors !

TALXIEN.

Ami, je suis navré.

Depuis bientôt trois mois je n'avais plus serré Une poitrine amie, une main cordiale...

Il l'embrasse, YSABEAU.

Tu n'es plus libre ! au moins ta prison est royale. Quel luxe !

TALUEN.

Épargne-moi.

TSABEAU.

Du lion amoureux C'est la cage dorée...

TALLIEN

Ah ! je suis malheureux.

YSABEAU

Je le crois bien ! tu meurs étouffé sous les roses, Et tandis qu'on se bat partout, tu te reposes.

TALLIEN

Partons ! rien maintenant ne peut me retenir Dans ces Heux où jamais je n'aurais dCi venir.

YSABEAU

Expliquons-nous d'abord. J'arrive de Libourne :

Quelques mots à le dire, et ce soir j'y retourne.

Quand la Convention jeta sur nous les yeux

Pour gouverner Bordeaux, jeunes, purs tous les deux,

Nous partîmes ensemble. Une seule pensée,

Une même espérance, à bon droit caressée,

Unissait nos efforts et nous poussait au but.

Sous notre main de fer la Gironde se tut.

Bordeaux qui murmurait frissonna d'épouvante.

Salutaires rigueurs dont ma vertu se vante!

C'est toi qui me guidais alors ; je te suivais ;

Tu montrais l'échafaud et moi je l'élevais.

Les riches gorgés d'or, les couvents, les églises,

Par l'accaparement les fortunes acquises,

Tu parlais, j'en faisais justice ; et la prison

Mettant les Bordelais traîtres à la raison,

La guillotine allait son train. C'était splendide !

Je te quitte un instant, je reviens intrépide

Reprendre notre ouvrage oiî nous l'avions laissé,

El le patriotisme à Bordeaux s'est glacé I

Et la réaction se dresse frémissante !

Et la Vendée en feu, la Loire menaçante,

Nobles, prêtres, chouans, tous s'armant à la fois,

Arborent la cocarde et les couleurs des rois !

Et toi, tu dors! Quelle est la femme dont les charmes

Couvrent sous les baisers le sombre appel aux armes,

Te rendent insensible aux dangers du pays.

Te font fouler aux pieds tous tes serments trahis ?

Par quels enchantements dans ses bras le tient-elle

Captif, dompté, mourant? Cette femme est bien belle

Pour que le beau Tallien, proconsul subjugué.

De ses trois mois d'amour ne soit pas fatigué !

Jamais Paris, jamais ni Corinthe ni Rome

N'eurent grâce pareille aussi funeste à l'homme.

Comme si Dieu, jaloux de notre hberté.

Contre la RépubUqiie eût armé sa beauté.

Française par l'esprit, par l'intrigue Espagnole,

Elle pétrit les cœurs comme une cire molle.

Ses yeux noirs veloutés, sa lèvre de carmin,

Son front clair, son sourire ému, sa blanche main.

Ses cheveux bruns bouclés et lustrés dont le fleuve

Inonde son corps svelte où le désir s'abreuve.

Le cristal de sa voix, sa joue au teint vermeil,

Rayonnante d'amour, de joie et de soleil.

Tout en elle rehausse une chaude nature

Que le caprice emporte et pousse à l'aventure.

Elle est jeune ; elle est riche. Ah ! quel triste hasard

Livra l'ardent tribun à son ardent regard !

On l'avait arrêtée. Elle demandait grâce

Pour son mari, pour elle, et je restais de glace.

Je la vois, je l'écoute : elle touche mes mains ;

Le frisson précurseur des grands amours humains

Me pénètre, m'enivre, et je tombe, ô misère !

Fou d'amour, aux genoux de cette prisonnière.

Monsieur de Fontenay s'éloigna, grand seigneur,

Pour vivre, me laissant sa femme et son honneur I

Nous nous sommes aimés! Ami, tu sais le reste.

Ce matin, je sortais de ma torpeur funeste,

Épouvanté de voir là, dans cette maison,

Sous mes yeux, sans pudeur, s'ourdir la trahison.

Il se peut que le crime aujourd'hui s'accomplisse !

Quelques heures de plus, j'en deviens le complice.

Royaliste, elle veut relever son parti :

Depuis ces trois longs mois que je ne suis sorti,

Lui laissant gouverner la Gironde à sa guise,

Je vois aller, venir, autour de la marquise.

Cent visages nouveaux d'intrigants, d'espions ;

Un grand coup se prép.ire. Il faut que nous frappions.

Et moi, n'ayant besoin que d'un ami pour guide,

Guéri par toi, je sors do ces jardins d'Armide.

Allons aux comités !

YSABEAU

Mais tu les as dissous!

TALLIEN

Alors courons aux clubs.

YSABEAU

Tu lésas fermés tousl

TALLIEN, accabU.

C'est elle, ô Cabarrus ! indigne créature. Qui m'a volé l'honneur avec ma signature !

LE NEUF THERMIDOR. fô

Je l'aimais, je signais tout ce qu'elle voulait : Pouvais-je voir le piège alors qu'elle parlait Avec son doux langage et son sourire d'ange? M'avoir, comme à plaisir, promené dans la fange. Et m'y laisser tomber, moi conventionnel, Traître à la République et lâche criminel ! Mais je veux me venger. Assiste à ma vengeance.

TSA.BEAU.

Non ! réparons le mal en toute diligence. Si je ne t'aimais pas je t'abandonnerais : Mais je connais ton cœur et je te défendrais...

TALLIEN

Ainsi, ton amitié pardonne à ma jeunesse ?

YSABEAU

Va ! je sais compatir à l'humaine faiblesse ;

Je t'attends dans une heure au club des Jacobins,

TALUEN.

J'y serai I

TSABEÀU, r>în>ent

Ne va pas retourner aux jardins.

Ils se serrent la muin. Tallien sort par la porte latérale à gaodi*.

On sent dans cet hôtel une odeur d'antiquaille : J'y suis depuis une heure à peine et je défaille. Pouah I

U aperçoit Téréna qui parait à la porte A droite, n la salue..,.

Bonjour, citoyenne.

u Mtl.

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