ROBESPIERRE, TALLIEN
TALLIEN, arae embarras.
Je viens te demander la grâce de deux femmes.
ROBESPIERRE
J'ai si peu de pouvoir... Mais si tu le réclames... Comment les nommes- tu?
TALUEN.
L'une, de Beauharnai, Joséphine.
ROBESPrSRRB
Fort bien ! L'autre ?
TALLIEN
De Fontenay, Térézia.
ROBESPIEllRE.
Je sais! La dernière, il me semble.
Conspirait à Bordeaux, où vous viviez ensemble.
TALLIEN, arec effort.
Oui!
ROBESPIERRE
Nous en parlerons demain au Comité.
La première obtiendra, je crois, sa liberté ; Quant à la Cabarrus, elle est trop coriipromise ; Le tribunal attend cette belle marquise.
TALLIEN
Est-ce toi qui donnas l'ordre de l'arrêter î
ROBESPIERRE
Qu'importe l
TALLIKir.
On aurait pu d'abord me consulte^.
ROBESPIERRE
Si nous avions voulu favoriser sa fuite...
De Bordeaux à Paris, c'est toi qui l'as conduite!
TALLIEN
Mais si je te priais, par estime pour moi, De la sauver !
ROBESPIERRE
Eh bien I par estime pour toi, Je la condamnerais au châtiment suprême.
TALLIEN, à part.
0 rage !... (Haut.) Faut-il donc t'avouer que je l'aime
ROBESPIERRE
Je le sais.
TALLIEN
De sa mort, sais- tu que je mourrai ?
ROBESPIERRE
Tallien ! reviens à toi.
TALLIEN, avec éclat.
Je la veux, je l'aurai!
(Ils se lèvent.)
Mon amitié pour toi va se changer en haine.
ROBESPIERRE
De l'un à l'autre excès la passion t'entraîne. Si tu peux exiger, pourquoi demandes-tu?
TALLIEN, arec amertume.
Parce que je croyais encore à la vertu, Parce que j'espérais qu'entre tant d'infortunes Nous serions indulgents pour nos fautes communes.
ROBESPIEIIRE, surpris.
Je ne te comprends pas ! Mais tu dois le savoir, La vertu ne met rien au-dessus du devoir. Laisse cette coupable au sort qu'elle mérite.
TALLIEN
En lui donnant mon nom je la réhabilite.
ROBESPIERRE
Pour elle non content de t'étre compromis, Tu choisis celte épouse entre nos ennemis ! Pour le mieux effacer, tu partages son crime. Et tu te fais complice, étant déjà victime ! Tu te perds avec elle ! Un conventionnel. S'il n'est justifié, demeure criminel.
De terribles soupçons ont pesé sur ta tête ; Et pourtant nous avons iuterrompu l'enquête. La patrie a besoin de notre austérité.
Celui qui, comme nous, aime la liberté, Surmonte, sans effort, ces indignes faiblesses I
TALLIEN, arec une colère lonrde*
Quand il a, comme toi, les deux sœurs pour maîtresses.
ROBESPmRRS.
Infâme !
Je te hais.
ROBESPIERRE, avec édaU
Sors de cette maison ; Elle est pure, et ta bave y verse le poison. La Cabarrus mourra.
TALLIEN
Tu connaîtras ma haine.
ROBESPIERRE, calme.
Tu connais mon mépris.
TALLIEN
Va, ta perte est certaine.
(Éléonore accourt. Tallien sort. Robespierre Ta rivemeot au devant d'elle.