COLLOT-DHERBOIS, BILLAUD-VARENNES, CARNOT
BILLAUD-VARENNES
Nos collègues sont-ils convoqués ?
collot-d'herbois.
Je le pense.
BILLAUD-VARENNES
Robespierre? ~~r
collot-d'herbois,
11 nous faut compter sur son absence.
CARNOT
Qu'il se démette alors, s'il ne doit plus venir.
Nous a-t-il prévenus?
CARNOT
Non!
collot-d'herbois.
Il faut en finir.
BILLAUD-VARENNES
Que dis-tu ?
collot-d'herbois.
Robespierre à d'autres soins s'occupe Dont notre comité ne peut plus être dupe.
BILLAUD-VARENNES
Notre pouvoir s'accroît sans lui.
collot-d'iierbois.
C'est une erreur.
Malgré nous il voudrait arrêter la terreur, Pour qu'un nouveau régime à nos dépens commence, Et qu'on lui sache gré de sa molle clémence.
BILLAUD-VARENNES
N'exagères-tu pas ?
collot-d'herbois.
Je vous ouvre les yeux ; J'aurai la preuve en main de ses plans odieux.
La loi de prairial n'en serait pas la preuve.
collot-d'herbois.
A moins que contre nous il n'en fasse l'épreuve.
BILLAUD-VARENNES
C'est une loi terrible, arme à double tranchant, Et quiconque s'en sert se blesse en la touchant. Explique-toi, Collot
collot-d'herbois.
Il faut que je m'explique Quand je sens sous mes pieds crouler la République, Quand je vois de mes yeux, sous son masque menteur, A l'ombre d'un complot surgir le dictateur !
BIÏ^LAUD-VARENKES .
Pour lui, comme pour toi, j'eus toujours grande estime , Mais je voudrais tenir la preuve de son crime.
collot-d'herbois.
Il a de sa police établi le bureau Où de ses familiers il case le troupeau ; Du club des Jacobins il régit les séances, Mène le tribunal, règle ses audiences, Dirige la commune et le département ; Excepté parmi nous, il est partout, vraiment! Sur la Convention tu connais son empire?
BILLAUD-VÂRBK NES.
Son éloquence!
collot-d'herbois.
Oui, mais par elle il conspire.
Il suspend dans son cours la Révolution; Il livre la patrie à la réaction. N'est-ce pas la Terreur qui sauva la patrie? De\Tait-il désarmer sa poitrine meurtrie, Après tant de malheurs, de périls surmontés. Et la rendre aux tyrans que nous avons domptés?
BILLAUD-VARENNES
Tu dis vrai ! La Terreur, instrument populaire, Forgé par la justice et non par la colère, Au dedans, au dehors, conjurant le danger, D'un formidable choc expulsa Tétranger, Et cette arme de mort achèvera sa tâche Avant que de nos mains la pitié ne l'arrache. Quand on commence l'œuvre, il la faut accomplir. Moi-même que de fois je me sentis faibhr! Mais puisque l'ennemi revient sur la frontière, La Terreur doit poursuivre et demeurer entière. Sur ce point Robespierre aura pu s'abuser ; Pourquoi ne pas l'entendre avant de l'accuser?
collot-d'herbois .
Parce qu'en condamnant nos mesures extrêmes,
Sans nous entendre, lui, nous accuse nous-mêmes,
Et qu'en s'attribuant la gloire des succès.
Il rejette sur nous la honte des excès.
Depuis trois ans son nom croît et nous enveloppe.
Par sa froideur correcte il rassure l'Europe.
Il a pris le clergé sous sa protection,
Les femmes ont pour lui grande dévotion,
Et la Convention tombera désarmée,
Le jour oii par Saint- Just il gagnera l'armée.
GARNOT, avec éclat.
C'est trop fort !
BILLAUD-VARENNES
Qu'est-ce donc?
CARNOT
Saint-Just désobéit A notre Comité !
collot-d'herbois.
Dis plutôt qu'il trahit.
BILLAUD-VARENNES
Parle! Tu sais qu'en toi j'ai mis ma confiance.
CARNOT
Saint-Just ouvre aux Anglais les portes de la France.
collot-d'herbois.
Courons- nous un danger?
CARNOT
Nous saurons y pourvoir.
La machine allemande est lourde à se mouvoir, Et tant que l'unité germaine n'est pas faite, La France aux bords du Rhin ne craint pas de défaite. C'est l'Anglais qu'il faut vaincre, et nous voulions d'abord D'un coup de main surprendre Ostende, Anvers, Nieuport, Anvers surtout, pour mettre au cœur de l'Angleterre Un pistolet vivant et lui fermer la terre, La menaçant au nord par l'Escaut, et plus tard La frappant au midi dans Malte et Gibraltar. Que m'importe qu'on passe et repasse la Sambre, Quand la paix autrichienne attend dans l'antichambre? Quinze cents cavaliers, vingt mille fantassins, Dirigés sur la Flandre, entamaient nos desseins ;
J'ordonne leur départ ; Saint-Just l'ose suspendre Sans daigner m'avertir et sans rien entreprendre, Tandis que son armée, inerte comme un mur, Contemple à l'horizon Bruxelles et Namur. Sottise ou perfidie!
collot-d'herbois.
Ah ! la preuve est notoire
CARNOT
Il ne s'en lavera que par une victoire.
collot-d'herbois.
Otons-lui ses pouvoirs.
BILLAUD-VARENNES
attendons à demain.
(n aperçoit Fouché qui parait tenant à la main un écrit.)
Que fait ici Fouché? Que tient-il à la main?