‹ uvres posthumesChapitre 39 sur 85 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

COLLOT-D'HERBOIS, BILLAUD-VARENNES, BARRÈRE, LES Invités.

BARRERE.

Mes amis...

Soutiens-toi !

BARRÈRK.

Je meurs!

collot-d'herbois.

Quoi !

barrère.

Moi, Barrère, M'attaquer ! le monstre ! Ah !

BILLAOD-VARENNES.

Quel monstre?

BÂRRÈRK.

Ehl Robespierre!

Je sors des Jacobins ? je défaille.

BILLAUD-VARENNES

Veux-tu Parler enfin !

BARRÈRK.

Amis, je me sens abattu ; Je ne reconnais plus que Dieu, que la nature ; Je suis soûl des humains.

(On lui présente h boire. Il boit.)

Si j'avais, je vous jure,

Un pistolet sur moi, mon stylet, mon poignard,

(Billaud-Varennei lui offre son pistolet.)

Tiens ! il est tout chargé .

BÂRRÈRB, avec calme.

J'en userai plus tard.

(Il le met dans sa poche.)

collot-d'herbois.

Ainsi donc ! Robespierre aux Jacobins...

Le traître !

L'un après l'autre, tous, il veut nous compromettre. 11 avait demandé la parole — il parlait; J'entendais vaguement son discours qui coulait A travers ce nuage oii flotte sa pensée, Dans ce balancement de sa voix cadencée; D'une oreille distraite, et sans m'aitendre à rien. J'écoutais les grands mots, dont il se sert si bien, La haine des tyrans, sa vertu, son courage, Le peuple, le bonheur du peuple, son ouvrage, Les ennemis du peuple et de l'humanité Et les conspirateurs contre la liberté.

Je le trouvais ce soir plus ennuyeux qu'habile. Tout à coup un accès de colère ou de bile Coupe en deux son discours, le jette hors des gonds. Le voilà qui s'élance et par vaux et par monts, Terrible, et sa fureur éclate sur ma tète. Ma chaise en un instant se transforme en se lette; Je ne peux me fâcher, je n'ose pas sortir; Je m'entends accuser, confondre, anéantir,

Ignorant les forfaits dont il me rend coupable; Je ne lui réponds rien, mon silence m'accable. Je sors enfin, suivi par mille poings fermés Et par mille regards de colère enflammés.

Mais n'a-t-il rien trouvé de précis à te dire?

BARRÈRE

Je complote sa mort, contre lui je conspire!

BILLAUD-VARENNES

Mais a-t-il prononcé dans son discours ton nom ?

BARRÈR£.

Non I

BILLADD-VARENNBS

Ta-t-il désigné par quelque geste?

BARRÈRE

Non.

xMais il me regardait et d'une telle sorte...

BILLAUD-VARENNKS.

Tu sais qu'il est myope et qu'il voit mal.

BARRÈRK.

N'importe !

Les menaces, les cris qui m'ont accompagné, A cet affront mortel m'ont assez désigné.

140 ŒUVRES POSTHUMES DE GASTON CREMIEUX. D'ailleurs, d'autres que moi, présents à la séance, Pourront auprès de toi trouver plus de créance.

coi.lot-d'herbois.

Nous abuserait-il par un récit trompeur?

Barrère quelquefois est sujet à la peur.

(Entrent précipitamment Fréron, Carrier, Bourdon, suivis d'autres députés.)

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