LES MÊMES, SAINT-JUST, MARCEAU
SAINT-JUST
Amis, grande victoire 1 Fleurus, nom illustré déjà par cent combats !
DILLAUD-VARENNE8.
Vive la République !
CARNOT
Et gloire à nos soldats !
(Tons ripètent e«s cris; ils entourent Saint-Just et Marceau et let félicitent, excepté Tallien, Fnuché et CoUot-d'Berbois.)
CARNOT
Charleroi?
8AINT-JD8T.
S'est rendu.
CARNOT
Cobourg ?
8AINT-JUST.
Il fuit I
BU.LAUD-VARENNES
Journée
Glorieuse
CARNOT
Oui, du coup la guerre est terminée !
SAINT-JUST
Nous détestons la guerre et ne la craignons pas.
Si les coalisés demandent chapeau bas
La paix, notre victoire à leurs vœux la propose.
BILLAUD-VÂRENNES.
Saint-Just, raconle-nous ce combat grandiose.
SAINT-JUST
Au delà de la Sambre et maîtres de ses bords, Nous avions divisé notre armée en trois corps, Postés en demi-cercle ainsi qu'une barrière Dont les extrémités pesaient sur la rivière. A la gauche, Kléber, Daurier et Montaigu Dans leurs retranchements formés en angle aigu Envisagaient Latour et le prince d'Orange. A la droite, Marceau, qui commande, se range Contre l'archiduc Charle et Beaulieu réunis; Notre centre fait face au comte de Kaunitz. Là se tiennent Jourdan, Dubois, Duhem, Lefebvre, Bernadotte, Morlot, Championnet qu'enfièvre L'amour de la patrie et de la liberté. L'aube jetait sur nous sa rougeàtre clarté. Soudain des trois côtés à la fois se déchaîne Un ouragan de fer sur la mêlée humaine; Montaigu se dérobe aussi ferme qu'un roc ; Daurier qui l'attendait a soutenu le choc. C'est en vain que Latour appelle sa réserve : Kléber qui jusqu'alors immobile l'observe Le laisse s'engager, puis s'élance en avant, Et de ses escadrons aussi prompts que le vent Il écrase, il culbute, il disperse, il mitraille L'ennemi rejeté hors du champ de balaille. A la droite, Marceau toujours sacrifié, Au poste de péril qui lui fut confié Se maintient, héroïque, opposant son courage
Au nombre et lutte encor sans perdre l'avantage; Mais sa cavalerie un instant a faibli : 11 recule ! mettant sa prudence en oubli, Baulieu charge à son tour avec tant de furie Qu'il pousse jusqu'au front de notre infanterie. Nos jeunes fantassins, sans reculer d'un pas, A ce terrible choc qui ne les émeut pas, Baïonnette en avant, reçoivent et renversent Les cavaliers hongrois que leurs balles dispersent, Tandis que nos hussards, par Mayer ralliés, Les poursuivent au loin, sabrés et mitraillés. Ainsi des deux côtés nos ailes se maintiennent ; Mais Kaunitz et Beaulieu sur le centre reviennent : C'est là que l'ennemi réunit ses efforts. Il aborde en jonchant la terre de ses morts Notre camp retranché de Fleurus. Il l'assaille Malgré mousqueterie et boulets et mitraille ; Mais trois fois il s'élance et recule trois fois. Soudain surgit du camp, des blés mûrs et des bois, Sous les cieux embrasés un large jet de flammes Ajoutant l'incendie à la fureur des âmes, On se tue, on se bat dans une plaine en feu ; Et dans cette mêlée où la mort est un jeu. Où les bois flamboyants, les gerbes enflammées Environnent d'éclairs le choc des deux armées. Où le bruit des canons et le crépitement Des flammes confondus luttent d'acharnement, On entend s'élever du sein de la fournaise Des cris : Vive la France I un chant: La Marseillaise. Le combat se prolonge. Enfin, quand vient la nuit, La victoire nous reste et l'ennemi s'enfuit. Telle est cette bataille où notre République
S'ouvre un passage en Flandre, en Hollande, en Belgique,
Qu'elle peut conquérir, afin de les doter
Des droits que nous avons appris à respecter.
0 France ! ô liberté ! Dualité féconde !
Vous avez entrepris d'émanciper le monde !
Malgré tant d'ennemis nous frappant à la fois,
Vous vivrez ! vous vaincrez ! Les peuples seront rois.
CARNOT
Ainsi, plus d'ennemis sur notre territoire ?