TOUS, EXCEPTÉ LES MEMBRES DO COMITÉ DE SALUT PUBLIC
Oui, qu'il meure!
BOUnUON.
Et Coulhon? Et Saint- Just?
FOUCHÉ
Nous les enveloppons Dans sa chute et tous trois du coup nous les frappons.
BOURDON, i Collot-d'Herbois.
Bravo! nous sommes tous avec toi, ce me semble. Soyons victorieux ou périssons ensemble.
COLLOT-d'herbOIS, à Barrêre.
Barrère, j'ai compté sur ta voix, ai-je ton?
BAKRÈRB, l'ealralDant à l'écart.
Compte sur moi, pourvu que tu sois le plus fort.
COLLOT-d'uERBOIS, à Caraob
Et toi, Carnot!
CARNOT
Je veux avec Billaud-Varenne Me consulter. La chose en vaut, je crois, la peine.
BILLAUD-VARENNES
Je ne m'attendais pas à ce déchaînement; Je demande à mon tour la parole un moment.
(Tons les penonnages reprennent la place qu'ils occupaient pendant que Collotd'Herbois parlait.)
Moi, qui ne fus jamais l'ami de Robespierre,
Dont j'admire les mœurs et la parole austère,
Mais dont je hais la sombre irascibilité,
Moi qui ne l'ai jamais ni trahi ni flatté,
Sans désirer sa mort, ni défendre sa vie,
Moi qui vous parle enfin sans crainte et sans envie,
Je vous dis que votre œuvre est un assassinat,
Qu'au lieu de le sauver, elle perd le sénat
Et que, si quelque jour un danger nous menace,
Il faut sortir de l'ombre et le combattre en face,
Et non vous conjurer contre un conspirateur.
Qui du moins au grand jour conspire en orateur.
Quand de sa destinée elle reste maîtresse,
De la Convention craignez-vous la faiblesse?
N'a-t-elle pas brisé d'un geste souverain
Les rois fortifiés dans le marbre et l'airain ?
Et quand leur pied vainqueur foule encor leur poussière,
7ous voulez qu'elle fasse un roi de Robespierre ?
Lors même qu'il voudrait l'être, le pourrait-il ?
Pourquoi donc comme un spectre agiter ce péril ?
Pourquoi de l'Assemblée amoindrir le prestige?
N'a-t-elle pas assez de vaincre le vertige
Qui la pousse à grandir sa domination
Pour concentrer en soi toute la nation ?
Qu'importe, si la France en doit être accablée,
De ployer sous un homme ou sous une assemblée 7
A cette force énorme il faut un contrepoids ;
Il est passé le temps où nous en avions trois :
Robespierre, Danton, Marat, parole, audace,
Soupçon ! chacun gardait et son rôle et sa place,
Et quand un de ceux-là se levait pour parler,
Sur sa base on sentait le vieux monde trembler.
Tantôt l'enthousiasme et tantôt l'épouvante
Transformait, grandissait la tribune émouvante
Et leur souffle chassait des bancs républicains
Les intérêts subtils et les soucis mesquins.
Deux de ces grands lutteurs sont couchés dans la tombe,
Le troisième est au bord, un seul pas, il y tombe.
Quand tous nos bras unis devraient l'en écarter,
Nous unissons nos bras pour l'y précipiter.
Que ce soit par esprit de justice ou d'intrigue,
Sachez quels éléments entrent dans cette ligue.
Ceux que leur imprudence a parfois compromis
Contre la République aident nos ennemis;
Ils ne s'en doutent point encor ; le royalisme
Souffle la passion sur leur patriotisme
Et les aveugle. Ils sont pourtant des instruments ;
Ils servent à saper jusqu'en ses fondements
De notre liberté l'imposant édifice ;
Et nous qui de l'intrigue, et du crime et du vice
Aurons favorisé la coalition,
Nous périrons avec la Révolution !
Notre allié bientôt se dira notre maître ;
Affaiblis, div:iâés^ contraints à nous soumettre.
Invoquant le passé trop longtemps renié,
Nous chercherons des yeux le grand calomnié ;
Trop tard I nous n'entendrons que la voix de l'abîme;
Ce qui fut notre orgueil deviendra notre crime ;
Nous disparaîtrons tous, nous l'aurons mérité,
Tous, pour n'avoir pas su fonder la liberté,
Pour n'avoir respecté, ni vertu, ni génie !
Dans sa silencieuse et sanglante agonie,
La France reverra ce qu'elle a vu toujours :
Le sabre du soldat passer sur les discours.
Dans Robespierre, on tue ainsi la République.
(Dilloud-Yarennei »e rassied. Une longuo agitation parcourt les groupes Carnot et Barrère lui serrent la ulain.^
collot-d'herbois.
Je ne réponds qu'un mot à titre de réplique.
Le sabre du soldat sur nous est suspendu ;
Ce soir même à Paris Saint-Just est attendu ;
Je doute qu'il revienne en vainqueur, pour sa gloire.
UN DOMESTIQUE, accourant.
Le citoyen Saint-Just.