DUPLAY
Et moi je te bénis !
(On entraîne Duplay. La foule suit les charrettes.) MADAME TALLIEN seule
Je suis vengée. 0 ciel ! Gomme je me sens fière De mon œuvre !
LA FOULR an loin.
Malheur, malheur à Robespierre !
(Au moment où Téréria, déguisée en mégère, ya s'éloijjn'er de la rue devenue déserte, Éléonore qui la guette, se présente devant elle, l'arrête «u passage et la ramène sur le premier plan.)
ÉLÉONORE vétae de noir.
Sans m'avoir entendue, vous ne pourrez partir I Madame, vous venez d'insulter un martyr. Ah ! vous croyez qu'on peut, sans péril, au passage D'un martyr, lui cracher bassement au visage ? Qu'il ne se trouvera personne pour oser
LE NEUF THFRMIDOR. 129
Ramasser votre insulte et vous en écraser ? Et si je te tuais !...
(Elle lère un poignard <nr Térétia qai s'affaisse, snppliante.)
Que m'importe la vie A moi, quand cette mort me l'a déjà ravie ? Mais non ! 11 te faut vivre, et c'est ton châtiment. Je veux sous mon poignard te tenir un moment ; Je veux d'un nom maudit marquer ton front infâme : Cabarrus, Fontenay, Tallien ! Non ! Notre-Dame De thermidor ! Je veux que ce nom flétrissant Que j'ai pétri pour toi dans la boue et le sjug Brûle, comme un fer chaud, ta chair prostituée. On ne meurt pas de honle! Elle l'aurait tuée ! Je me venge ! Je veux, en regardant ton front, Voir la trace que peut y laisser un affront ! Découvre-toi.
TÉRÉZIA.
J'ai peur !
KLÉONORK.
Ou j'arrache ta manfe !
(Térézia jette conTolsiTement ta mante et pamlt en hibit de tnaiiét;.)
Il faut donc jusqu'au bout que celte femme mente !
La mégère cachait une robe de bal !
0 mon Dieu ! tu permets qu'à mon deuil virginal
Celte robe impudique ajoute encor l'outrage ?
Tu devais aujourd'hui bénir mon mariage ;
Et celle qui tua mon bonheur de sa main,
Sous tes yeux, près de moi, se mariera demain I
Épouse le bourreau, j'épouse la victime ;
Ta joie est adultère et mon deuil légitime ;
Mais tu ne seras pas heureuse ! Entre tes bras Le crime a trop de place, et l'amour n'en a pas ; Va, ton hymen n'est pas de ceux que l'on jalouse ; Dieu fil la Cabarrus pour Tallien ; qu'il l'épouse ! Entre vous, et mêlant les remords au baiser, Vos souvenirs sanglants reviendront se poser. Spectre de thermidor et spectre de septembre, Ils rempliront d'horreur tes boudoirs et ta chambre; Thermidor est à toi ; septembre est à Tallien ! Vous allez marier vos deux spectres. C'est bien. Pour lui, les massacreurs, pour toi les intrigantes! Vous charmerez Paris de vos grâces fringantes ; Quand vous l'aurez assez pourri de vos tripots, La royauté pourra revenir à propos ; Dans tes salons dorés, hideux comme des bouges, Où l'on ne dansera que sur des talons rouges Teints du sang de septembre et du neuf thermidor, Intrigante, va-t'en te vendre au poids de l'or, Les seins nus, et régner sur les prostituées. Va-t'en !
(Térézia se relèye et s'enfuit effare. On entend un roulement de tambours, un bruit sourd et des cris.)
Quel est ce bruit sinistre ? Ces huées ! Oh ! ma mère ! il est mort!
(Éléonore tombe évanouie.) TÉRÉZIA reparaît arec TALLIEN, FOUCHÉ, BARRAS et HÉDA. TÉRÉZIA.
Vengez-moi ! Tuez-là I Cette femme a voulu m'égorger ! La voilà I
BARRAS
Mais quelle est cette femme ?
LE NEUr THERMIDOR. 2SI
TÉRÉZIA.
Eh ! c'est une furie Qui s'attache à mes pas, et partout m'injurie.
(Ils entourent Éiéonore qui peu à peu revient A elle et promène autour d'elle des regards effarés.)
ÉLÉONORE
Dites ! N'avez vous pas rencontré mon époux ? Rendez-le moi ! Je vous en prie à deux genoux !
FOUCHÉ
Elle est folle 1
ÉLÉONORB.
Qui ? moi ! Je suis la pauvre morte ; Ils ont souillé de sang ma maison et ma porte. Regardez-le ce sang, rien ne peut désormais L'effacer ! C'est le sang du tribun que j'aimais; J'avais à Robespierre uni ma destinée.
(Elle se Uvc.)
J'étais la République 1 Us m'ont assassinée.
(Elle retomb*.)