‹ uvres posthumesChapitre 85 sur 85 · REALITE · texte numérisé non relu

REALITE

Elle est là, près de lui : sa bouche à demi-close

Murmure encore un mot inachevé :

Le sommeil l'a surprise, en elle tout repose,

Hormis son sein par l'amour soulevé.

Comme elle est belle à voir ! comme elle s'abandonne

Dans ses bras ainsi qu'un enfant Qui se laisse endormir par sa mère et s'étonne

Dès qu'elle s'arrête en berçant !

Mais sa bouche s'agite et s'ouvre, frémissante

Comme un oiseau qui cherche où se poser. Et de ses bras unis l'étreinte caressants Semble implorer un doux baiser.

Dieu ! quels tristes tableaux, apparus dans son rêvr, La font ainsi soupirer et gémir ?

Elle parle et sanglote, et crie et se soulève :

Effrayé, son amant la regarde dormir.

« Elle souffre, dit-il ; il faut que je l'éveille. »

Et pour la ramener à la réalité,

Il dépose en riant sur sa lèvre vermeille

Un long baiser chargé de volupté.

Ses yeux s'ouvrent soudain,..

« Réveillez-vous, ma mie ; « Madeleine, tournez vers moi votre regard. <r Qu'aviez-vous à pleurer ainsi, toute endormie ? « Vous aurais-je causé du chagrin, par hasard? € — Non, mon ami ! Dis-moi? Suis-je toujours jolie? « J'ai rêvé que j'étais laide... — Quelle folie ! « Ce rêve, en vous troublant, vous a même embellie. « — Tant mieux I N'y pensons plus 1 Quel affreux cau-

[chemar! »

riN DES ŒUVRES P09THTJMB8 DE GASTON CREMIEUX.

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