CHAPITRE VIL
clairement tout le système de la théologie païenne ! Que de génie, ou plutôt, que de sortes de génie dans le poète ! Tantôt il décrit le palais du Soleil avec la magnificence d'Homère ; tantôt il raconte avec une gaieté maligne les aventurées galantes, * les ruses, les larcins même des habitans de l'Olympe : ce qui a fait soupçonner, à Leibnitz que le but constant du poète était de tourner en ridicule le paganisme et ses dieux passionnés, faits à l'imitation > des hommes. Sans cesse en concurrence avec Vii^ile,; Ovide ne lui est pas toujours inférieur^ et lui oppose asses^ iréquemment des beautés plutôt^ différentes qu'inégales. Moins austère et plus harmonieux que Lucrèce , il expose aussi fidèlement que lui les principes des écoles philosophiques. Enfin, dans la fable de Myrrha, dans les plaintes d'Hécube, dans la dispute des armes d'Achille, on lui tirouye le mouvement, le pathétique, l'éloquence des tragiques grecs, dont il avait suivi les traces dans sa Médée, si belle au témoignage de Quintilien, mais qui par malheur n'est point arrivée jusqu'à nous. M. de Saint- Ange a rempli la tâche pénible qu'il s'était imposée. Or, il fallait , ppur la remplii:, imiter la souplesse d'Ovide, et prendre cqmme lui tous les tons que permet la poésie noble ; il fallait encore se tenir en garde contre Ovide lui-ynême ; car il est séduisant jusque dans ses défauts; et les or-
nemens qu'il prodigue ne seraient pas tous admis par un goût sévère. Ce n'est pourtant pas de la recherche que l'on serait en droit de reprocher à M. de Saint-Ange : ce serait peut-être l'excès contraire. Mais , si des mots , des tours familiers déparent quelquefois l'élégance de sa diction, si même il lui arrivé de corriger des abus d'esprit par un naturel trop facile et trop simple, on doit , suivant le conseil d'Horace , excuser des fautes peu nombreuses dans un long ouvrage où d'ailleurs les beautés abondent. C'est ainsi qu'à pensé le public : aussi la traduction des Métamorphoses d'Ovide a-t-elle obtenu par degrés un succès qui s'accroît chaque jour, et que le temps doit augmenter encore. Elle vient immédiatement après les belles traductions de M. Delille : elle en approche, et restera dans notre langue comme un des bons ouvrages poétiques de la fin du dix-huitième siècle. C'est le fruit de trente ans d'étude; c'est le produit d'un talent aussi laborieux qu'estimable , et qui mérite à la fois des éloges et des récompenses.
Ici nous nous garderons bien de négliger une remarque importante : voilà trois célèbres traductions en vers de trois grands poètes; c'est plus que n'en présenterait toute autre époque de la littérature française, plus même que n'en pourraient oflfrir toutes les époques prises ensemble.