‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentées (volume 2)Chapitre 6 sur 170 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

étendue. L'auteur y soumet à un nouvel examen les principes de la grammaire. Il cherche dans la nature même des idées les élémens du langage, leur dénomination, leur classification méthodi* que , leurs combinaisons diverses. Il commence toujours par recueillir et classer les faits; il remonte ensuite aux sources étymologiques; il oppose les analogies et les différences. Ce n'est jamais qu'après de nombreux détails et des analyses sévères qu'il s'élève à des généralités , et qu'il établit des règles fixes. Il fait surtout un emploi très-heureux des tableaux synoptiques et scientifiques. L'art de ces tableaux, comme l'observe Condorcet, est d'unir beaucoup d'objets sous une disposition systématique , qui permette d'en voir d'un coupii'œil les rapports , d'en saisir rapidement les combinaisons, et de former bientôt des combinaisons nouvelles. Peut-être, quand ils sont multipliés, nuisent- ils au plaisir que peut procurer la lecture d'un ouvrage ; mais , du moins , ils facilitent l'enseignement : c'est ce qu'a senti M. Lemare. Après lui avoir rendu justice, nous sommes contraints de lui faire un reproche assez grave : on est fâché qu'il se permette des expressions dures et des plaisanteries pn peu lourdes, lorsqu'il croit devoir combattre ou des grammairiens accrédités, ou des corps littéraires qui ne sont pas infaillibles, mais qui sont au moins respectables. Il aurait tort

en ce points fut-il infaillible lui-même; ce que sans doute il est loin de croire. Qu'il laisse à rignorance les formes grossières et tranchantes : ce n'est point à lui d'admettre ce que rejettent la décence et le goût ; car il fait preuve d'un mérite réel , et joint une saine littérature à l'étude approfondie de notre langue.

Dans les Leçons d'un Père à ses Ënfans, outrage posthume de Marmontel , la première partie porte la dénomination de grammaire. Ce n'est pourtant pas une grammaire générale : les théories universelles du langage n'y sont point exposées. Ce n'est pas«méme une grammaire^française proprement dite : on n'y trouvejpas l'analyse complète et méthodique des divers élémens de notre langue. C'est une sirite d'observations fines ou profondes sur plusieurs de ces élémens. De nombreux exemples éclaircissent de nombreuses questions ; ils forment en même temps un recueil de pensées judicieuses, et toujours exprimées avec le talent qui les grave dans la mémoire. Ces exemples , habilement choisis dans nos classiques, donnent le goût du beau, sous le point de vue moral comme sous le point de vue littéraire; et l'on voit que l'auteur , selon son expression , veut enseigner à ses enfans autre chose que de la grammaire. Son livre est d'ailleurs très-bien écrit ;

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