‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentées (volume 2)Chapitre 7 sur 170 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

et peut-être n'avons-iloil£,'dans le même genre, aucun ouvrage aussi bdBvëusement exécuté.

11 y a neuf ans, et quand l'académie française n'existait plus, on a vu paraître une édition nouvelle de son Dictionnaire. A la tête du livre est un discours préliminaire. L'auteur y expose, avec autant de hriéveté que d'élégance , ce que doit être le dictionnaire d'une langue ; ce que fut dans l'origine, et ce que devint successivement le Dictionnaire de l'Académie. Reaucoup d'idées luroi^ lieuses sur la marche progressive de notre langue et même de notre littérature sont rassemblées dans cet excellent discours , où l'on reconnaît M. Garât. Deux années avant cette époque, Rivarol avait donné au public le Prospectus d'un nouveau Dictionnaire de la langue française. On y voit qu'en écartant les étymologies, les racines et les dérivés, l'auteur se débarrassait des recherches les plus difficiles. Du reste , le Diction* naire n'a point paru, et, sans doute, n'a point été fait. Des trois parties qui devaient composer le discours préliminaire , la première , et la seule publiée , tient près d'un volume in-4^. En voulant traiter de la nature du langage en général , Rivaroi parcourt ou plutôt mêle ensemble toutes les questions qu'^embrasse l'analyse de l'entendement. Il s'en faut beaucoup qu'il y répande des lumières nouvelles. A propos du Traité des sensations, il

4o LITTÉRATURE FRANÇAISE.

parle de l'abondance . de Condillac. Est - ce une critique? elle est injuste: Est-ce un éloge? il n'est pas mérité. Condillac est précis , clair et profond; Rivarol est verbeux, obscur et superficiel. Du reste, il écrit avec agrément. Si l'on trouve souvent de la recherche dans son style, on y trouve aussi le mouvement, la couleur et le ton d'une conversation animée. Mais, quand il développe , avec une longueur pénible , la série des sensations , des idées et du langage , on sent un homme de beaucoup d'esprit , qui , par malheur, veut enseigner ce qu'il aurait besoin d'apprendre.

Les grammairiens qui se sont occupés de la science étymologique , se bornant presque tous à déterminer la valeur des racines, ont négligé la valeur précise des prépositions et des désinences. Le président de Brosses lui-même , en expliquant le mécanisme du langage, avait seulement indiqué le travail important qui restait à faire sur ces deux élémens des mots composés. Ce travail a fait l'objet des recherches de M. Butet. Après avoir développé , dans sa Lexicographie , les rapports matériels qui existent entre la langue latine et la langue française , il a cru pouvoir présenter , dans son cours de Lexicologie , une méthode certaine pour décomposer et recomposer les mots de plusieurs syllabes , conformément à l'analyse des

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