CHAPITRE V
inveatée pour rendre un même ouvrage agréable à deux classes différentes de lecteurs? Quoi qu'il en soit, le traducteur d'Hérodote occupe depuis long-temps une place éminente parmi nos érudits actuels. La prose française de ce savant helléniste sera-t-elle surpassée par quelque nouvel interprète, qui, non cohtent de rendre avec fidélité le texte d'Hérodote, voudra donner au moins une idée de son harmonieuse élégance? C'est ce que nous penchons a croire possible , afin de ne décourager personne; mais. M. Larcher n'en conservera pas moins Thonneur d'avoir aj3lani le premier des difficultés de plus d'un genre ; car les gothiques versions qui existaient déjà n'ont pu lui être d'aucun secours : lui seul a frayé ces chemins pénibles; et, même en fait de traductions, ceux qui ouvrent la route méritent beaucoup de reconnaissance.
On nous reprocherait d'oublier un petit ouvrage qui a pour titre : Supplément à V Hérodote de Larcher. Ce Mémoire , où beaucoup de. choses sont rassemblées en quatre-vingts pages , est important par son objet et parle mérite d'une excellente rédaction. La voix publique l'attribue à un voyageur qui s'est rendu célèbre, en décrivant de nos jours cette antique Égjrpte qu'Hérodote avait décrite, il y a deux mille ans, lorsqu'elle était florissante, et qu'elle intruisait encore les hommes les plus
i5o LITTÉRATURE FRAi^CAISE.
iùstruits parmi les Grecs. A l'aide des tables astronomiqùes, Eûtes par Pingre, en faveur de l'Académie des Inscriptions, pour dix siècles de l'histoire ancienne , l'auteur fixe avec une précision rigoureuse, à l'an 6^5 avïtnt notre ère, Téclipse centrale de soleil, qui, selon le récit d'Hérodote, fut prédite autrefois par Thaïes, et, conformément à cette prédiction, fit cesser une bataille, et termina la guerre entre Cyaxares , roi des Mèdes, et Alyathes, roi des Lydiens. L'analyse exacte et rapide de quelques passages d'Hérodote, habilement rapprochés entre eux, suffit au critique pour désigner avec une égale certitude l'an 557 avant notre ère, comme date précise de la prise de Sardes, époque où la monarchie lydienne devint une province du vaste empire deCyrus. De ces deux dates bien constatées découle aisément toute la chronologie des rois mèdes et des rois lydiens, par conséquent xlu jM*emier livre d'Hérodote. La démonstration paraît sans réplique , à en juger par la réplique même qu'elle a occasionée. Forcé de défendre un grand historien contre son commentateur, c'est en y regardant de près que l'auteur du Supplément nous fait voir une extrême clarté dans cette même série chronologique, où M. Larcher n'avait aperçu , apporté et laissé -que des ténèbres. On espère que ce travail ^ sera continué sur l'ouvrage entier d'Hérodote. C'est ainsi qu'à