CHAPITRE V. i5i
rekeaiple de Fréret les savans.jcle choses rendent utile cette érudition, qui, dans les gros livres des sttvans de mots, n'est qu'une tourde futilité.
Il y a quatorze ans que M. Lévesque a publié sa traduction de Thucydide, la seule qui jusqu'à présent soit digne de quelque attention. Seyssel, historien de Louis XII, en fit une au commencement du seizième siècle, par l'ordre et pour Kinstruction de cet excellent prince. Elle est aujourd'hui complètement oubliée, sans l'être toutefois davantage que celle de Perrot-d'Ablancourt, plus moderne, mais plus inexacte, moins complète, et d'ailleurs écrite dans un style toutrà-fait contraire au génie de l'original. Thucydide, au moins égal à Hérodote, offre avec lui, parmi les Grecs, lé point le plus élevé des progrès de l'histoire : elle ne commença point, comme l'épopée, par atteindre la perfection. Six siècles avant notre ère, Cadmus de Milet, laissant le rhythme à la poésie, employa le premier la prose dans le récit des événemens. 11 écarta les fables mythologiques^ pour s'en tenir uniquement aux véritables traditions des peuples. Entre les nombreux historiens qui lui succédèrenf durant deux siècles, Hécatée, son compatriote, se distingua par la puret^ de son langage et par la douceur du dialecte ionique. Après lui, vint Hérodote', le plus ancien des historiens qui nous sont restés. Les critiques grecs et latins s'accordent à
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dire qu'il surpassa tous ses prédécesseurs. Les forrties de sa composition , l'abondance et les grâces de son style, l'ont fait surnommer par eux le chantre et l'Homère de l'histoire. Il lut son briflant ouvrage devant la Grèce assemblée aux jeux olympiques. Thucydide, âgé de quinze ans, assistait à cette lecture solennelle: il pleura d^admiration ; et,* parmi les applaudissemens d'un peuple entier, lé vainqueur , sans rival encore , distingua ces jeuries et nobles larmes, qui lui promettaient un éniule. En vain Denys d'Halicarnasse , né dans la même ville, mais non avec le même génie qu'Hérodote, se fait-il un devoir de rabaisser Thucydide : le judicieux Quintilien ne partage pas cette injustice. Outre qu'il jugeait sans passion , Quintilien n'était pas de ces critiques à vue courte qui, dans chaque genre, n'aperçoivent qu'une manière, et ne peuvent louer qu'un seul homme. A la vérité, ce n'est point l'éclat des événemèns qui soutient l'histoire de la guerre du Péloponèse; il n'y a plus là ni Marathon, ni Salamine : échecs, succès, tout est désastreux; qu'Athènes l'emporte, ou que Sparte soit victorieuse , l'historien est grec ; et partout des Gr^cs gémissent. De là, cette teinte mélancolique si remarquée dans ses récits; mais toutes les passions politiques y parlent, y agissent : oii y voit avec douleur une nation généreuse user son énergie contre elle-même; et, si l'ouvrage