CHAPITRE V: i
les moei]urs des Germains; soit qu'avec une pieuse éloquence, il transmette à la postérité la vie de son beau-père Agricola ; soit qu'ouvrant l'aime de Tibère il y compte les déchiremens du criràe , et les coups de fouet du remords; soit qu'il peigne le sénat, les chevaliers, tous les Romains se précipitant vers la servitude , esclaves même des d^ateurs , et accusant pour n'être point accusés , l'artificieux Séj^n redouté d'un msutre qu'il craint, les affranchis tout-puissans par leur bassesse, Pallas gouvernant l'imbécile Claude ; Narcisse , l'exécrable Néron , les avides ministres de Galba se hâtant, 'SOUS un vieillard, de saisir une proie qui va bientôt leur échapper ,• les Romains conrbattant jusque dans Rome^ afin qu'entre Othon et Yitellius la victoire nomme le plus coupable , en se déclarant pour lui; soit qu'il représente Germanicus vengeant la perte des légions d'Auguste <^ où puni par le poison de ses triomphes et de l'amour du peuple, l'historien Cremutius Cordus forcé de mourir pour avoir loué Brutus et Cassius, et, suivant un très-juste usage, sa proscription '^i^oiiblant rsa renommée, Britanuicus, Çbçtavie , Agrippine ,\victimes d'un tyran trois ^stp'açrricide, Sénèque se faisant ouvrir les veines'^ conjointenient avec son épouse, les débats héroïques de Servilie et de son père Soranus^ Thrasj^as , aux prises avec la mort ,« offraat une li-*
i64 LITTÉRATURE FRANÇAISE.
bation. de son sang à Jupiter libérateur ^-^"et près* crivant la vie comme un devoir à la mère de ses enfans-, il est tour à tour, ou à la fois, énergique, sublime; variant ses récits autant que le permet la monotome, du despotisme, el toujours également admirable; imitant Thucydide et Salluste, mais surpassant ses modèles , comme il surpasse tous ses autres devanciers, et ne laissant à ses successeurs aucun espoir de l'atteindre. Étudiez l'ensemble de ses ouvrages. : cest le produit d'une vie entière., d;études prolongées, de méditations profonde^. Examinez- les; détails : tout y ressent l'inspiration ; tous les mots sont des traits de génie et les élans d'une grande ame. Incorruptible dispensateur et de la gloire et de* la honte, il représente cette conscience du genre humain que, selon ses énergiques expressions, les tyrans croyaient étouffer au milieu dès flam^ mes, en faisant brûler publiquement les œuvres du talent resté libre, et les éloges de leurs, victimes v dans ces mêmes places où le peuple romain s'assemblait sous la république. Son livre est un tribunal où sont jugés en dernier ressort les opprimés et les oppresseurs: c'est à l'immortalité qu'il les consacre ou les dévoue; et dans cet historien des peuples, par conséquent des princes qui savent régner, chaque ligne est Iç châtiment; des crimes, ou la récompense des vertus, Affir-'