CHAPITRE V. . i
mer que Dureau de la Malle ait rendu toutes les beautés d*un tel historien serait exagérer la louange. Il eh est que ses plus grands efforts ne peuvent dompter, pour ainsi dire. Quelquefois même on sent la peine qu'il éprouve. 11 craint un génie qui soutient souvent, mais qui accable lorsqu'il ne soutient pas. On doit cependant beaucoup d'éloges à ce laborieux littérateur. Ce n'est point à demi qu'il avait étudié l'art de traduire; et, jusqu'à présent, parmi nous, aucune version de Tacite ne peut être mise avec avantage en parallèle avec la sienne. Lorsqu'il fut enlevé à sa famille , à ses amis , et à llnstitut , il ajchevait une traduction de Tite-Live. Elle tiendra, dit -on, le premier rang parmi ses ouvrages. On nou^ promet qu'elle sera bientôt rendue publique; et nous le désirons pour sa mémoire. Ce n'est pas un honneur vulgaire que d'avoir été le meilleur traducteur français des trois plus grands historiens que nous ait laissés l'antique Italie.
Suétone est loin d'approcher de son contemporain Tacite, et ne peut même trouver place entre les grands historiens de l'antiquité. A l'exception de quelques traits épars à de longues distances, son style manque de nerf et de chaleur: il ne peint ni les hommes ni les'choses; il ne raconte même pas les événéniens; il les énonce: mais il est curieux à lire par la nature et la muU
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tilude des faits qu'il rasséinl:)le; et, quoiqu'il les accumule sans méthode, quoiqu'il ne sache point faire ressortir les petits détails dont il abonde, sa véracité, froide , impassible , souvent portée jusqu'au cynisme , donne une physionomie particulière et de l'autorité à son histoire. Sans pou-^ voir d'ailleurs suppléer aux lacunes d'un écrivain tel que Tacite, il présents, au moins, dans un abrégé complet le règne des douze premiers empereurs romains. On doit donc savoir gré à M. Maulûoe liévesque d'avoir publié récemment une traductipn de Suétone. Déjà nous en avions plus d'une; et celle de La Harpe est digne d'éloges: mais La . Harpe , se croyant supérieur à l'historien qu'il traduit, prend avec lui d'étranges libertés. Tantôt il corrige ou plutôt il altère le sens des phrases latines ; tantôt il supprime d'assez longs passages. Le nouveau traducteur l'emporte sur lui pour l'exactitude, et lui cède rarement pour la correction. Si l'on peut reprocher à M. Maurice Lévesque quelques expressions hasardées , quelques tournures inélégantes, quelques périodes péniblement construites, ces fautes, en petit nombre, aisées d'ailleurs à faire disparaître, ne diipinuent point le mérite et l'utilité de son estimable travail.
Un autre M. Lévèque , le traducteur de Thucydide , vient de donner au, public une Histoire