‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentées (volume 2)Chapitre 80 sur 170 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

donner. Massillon eût senti combien il était inconvenant à un prélat de paraître si fort initié dans les secrets du prince; à un vieillard, d'entretenir un jeune roi d'aneolotes aussi scandaleuses qu'in* certaines, et de les lui conter dans un pareil langage : Massillon n'eût point accusé le respectable abbé de Saint-Pierre d'avoir composé la Polysynodie par un esprit d'adulation : car il est odieux et ridicule de compter parmi les flatteurs le plus indépendant des hommes de lettres, et à l'occa*sion du livre même qui l'avait fait exclure de l'Académie française, par un esprit d'adulation pour l'ombre d'un roi. En jetant des soupçons sur la conduite de l'abbesse de Chelles , Massillon n'eût pas dit : Elle était file de M. le Régent; et c'en est assez. Ce n'est pas ainsi qu'il se fût exprimé sur le neveu de Louis XIV, en s'adressant à Louis XV; et , dans tout son livre , il eût jugé avec moins de rigueur un prince distingué à beaucoup d'égardis, à qui d'ailleurs il devait de la reconnaissance , qui avait apprécié son mérite , et par qui seul il était évéque, lui qui dès long^tempa aurait dû l'être, puisqu'à la mort de Louis XIV il avait déjà cinquante-trois ans. Après tant de preuves, et il nous serait facile de les multiplier bien davantage , nous osons affirmer que de tels Mémoires ne sont pas de l'éloquent évêque de Clermont. Mais de qui sont-ils? Nous l'ignorons.

iQo LITTÉRATURE FRANÇAISE.

L'éditeur cite avec éloge; soit dans sa préface, soit dans ses notes , les Mémoires de Richelieu , qu'a rédigés M. Soulavie : il annonce même une Histoire de là révolution , que doit rédiger M. Soulavie.

De tout cela, il ne résulte aucune conséquence nécessaire; et, sans vouloir accuser personne, il nous suffit d'avoir disculpé Massillon. Ceux qui ne voient en littérature que des affaires •de librairie se permettent , sinon des fraudes pieuses., au moins des fraudes lucratives. Il est vrai qu!en usurpant le nom d'un écrivain célèbre ils ont soin de conserver leur propre style ; mais il est un public assez nombreux qui n'y regarde pas de si près : les simples se laissent tromper. Tous les jours encore les prétendus Mémoires de Massillon sont cités avec complaisance , et dans les journaux, et même dans les livres. Ainsi, des faits hasardés, des opinions plus hasardées encore , se fortifient d'une autorité qui n'existe pas ; et si, faute de réclamations suffisantes, l'ouvrage est une fois admis comme authentique, il finit par compromettre le nom même dont on a dérobé l'appui. La gloire des grands écrivains fait une partie essentielle de la gloire nationale , et doit être défendue contre toute espèce d'outrages. Les calomnies volontaires et directes ne sauraient leur miire: beaucoup d'exemples le démontrent. C'est sans le vouloir, mais plus sûrement, qu'un entre-

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