‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentées (volume 2)Chapitre 81 sur 170 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

preneur les calomnie, en leur imputant ses ouvrages.

Marmontel, en qualité d'historiographe, avait composé une Histoire de la Régence. On l'a publiée depuis sa mort. Dire qu'elle est supérieure à l'ouvrage d'Anquetil , et aux Mémoires du faux Mâssillon, serait lui rendre une justice incomplète : moins piquante que les Mémoires secrets de Duclos, elle est écrite d'un style plus noble et plus grave. Marmontel ne court point après les anecdotes , comme faisait son prédécesseur : il en est sobre, et les choisit avec circonspection. Ainsi que Duclos, il consulte beaucoup les Mémoires de Saint-Simon; il en copie même d'assez longs passages : ce que n'avait point fait Duclos. Tous deux professent une égale défiance pour cet écrivain passionné, non moins connu par ses opinions féodales et ses haines ardentes que par son élo* quence naturelle et l'extrême inégalité de son style. Tous deux pourtant le suivent pas à pas dans les détails secrets des événemens ; ce qui est peut-être une inconséquence; car ses opinions et ses haines n'ont pas médiocrement influé sur la manière dont il a vu les objets. Duclos, ne s'attachant qu'à peindre les mœurs , comme il en convient lui-même, avait trop négligé ce qui concerne les finances. Marmontel y consacre deux longs chapitres. Dans le premier, remontant jusqu'à

Colbert, il explique fort nettement les opérations de ses successeurs, Pont-Chartrain, Chamillard, Desmarets. Dans le second, sous le Régent, il examine avec plus de détail encore l'administration du conseil de finance, ensuite celle de Law,et enfin celle de LepeUetier,<iui le remplaça* En traitant des affaires politiques, l'auteur répand beaucoup de clarté sur les intrigues du cardinal Albéroni. Pour les affaires intérieures, la partie relative au jansénisme et aux querelles ecclésiastiques est celle où il déploie le plus de talent. Il raconte aussi très-bien quelques événemens particuliers : la description de la peste de Marseille est d'une vérité sombre et terrible. Un défaut de l'ouvrage , à notre avis , c'est qu'à chaque chapitre on est obligé de rétrograder, de parcourir de nouveau des époques déjà parcourues, et de s'enfoncer très-loin dans le règne précédent. Ce n'est pas ainsi qu'est distribué le Siècle de Louis XI F^ chef-d'œuvre dont Marmontel a cru peut-être imiter le plan. Là, les vingt-quatre premiers chapitres contiennent, selon l'ordre des temps, toute l'histoire politique et militaire du règne. C'est dans les quinze derniers que Voltaire examine mcoessivement les divers objets qui auraient ralenti ^ marche; et de l'ensemble il résulte autant d'instruction aue d'intérêt. D'ailleurs les réflexions que Voltaire entremêle à ses écrits , sont courtes

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