‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentéesChapitre 104 sur 318 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

CAKLOS, SPINOLA, UN SOLDAT, gardes/

SPINOLA

En vain conduit aux pied» du tribunal sévère Qu'avec un saint effroi tout Castillan révère , Vous avez répondu par un silence altierr , Et sans daigner descendre à vous justifier. U pardonne à l'infant cette orgueilleuse audace; Mais à l'infant coupable il ne peut faire grâce; Et les lois de l'Église ont réglé votre sort : Un arrêt vous condamne.

A la mort ?

SPINOLA

A la mort.

CARLOS

Eh bien ! jouissez donc de cette horrible fête. Qu'attendent les bourreaux quand la victime est prête? Qu'elle tombe aujourd'hui dans ces mêmes remparts Où du vainqueur hier flottaient les étendards.

i74 PHILIPPE IL

D'Albe triomphera près du roi des deux mondes,

Près du Roi tourmenté de ses terreurs profondes ,

Du meurtrier d'un peuple osant toucher la main,

Et condamnant son fils convaincu d'être humain.

Au sein du deuil public , parmi les chants des prêtres» -

Tranquille, paraîtra l'héritier de vos maîtres,

Carlos allant braver la honte et le trépas,

Marchant du même front qu'il marchait aux combats—

On vit Charles vivant couronner sa famille :

Il fit monter Philippe au trône de Castille.

Philippe à mes exploits réserve un autre prix :

On verra sur quel trône il fait monter son fils.

SPINOLA

Le poison , le secret : telle est notre sentence.

Mon père approuve-t-il cet excès de clémence?

SPINOLA

Philippe approuve tout.

CARLOS

Faites votre devoir.

SPINOLA

Philippe entre nos mains a remis son pouvoir. Le nôtre vient de Dieu, qui rend tout légitime.

CARLOS

Dieu vous méprise bien , s'il vous condamne au crime-

UN SOLDAT, portant le vase de poison.

Prince, de vos malheurs je me sens déchirer.

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