‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentéesChapitre 11 sur 318 · ANALYSE · texte numérisé non relu

ANALYSE

Élénor contre Cyrus, demande au jeune héros la tête du petit-fils qu'il proscrit; Élénor frémit, ne promet que de désobéir, et conjure Harpage de l'arracher à une odieuse cour.

Au troisième acte , Mandane interroge Élénor sur le sort de Cyrus : aux lieux qu'il a parcourus en vainqueur, n'en a-t-il eu aucune nouvelle? Ce nom n'est -il jamais parvenu à son oreille? Malheureux lui-même, orphelin, et sans appui, Élénor avoue que les malheui% de Cyrus et de Mandane sont parvenus jusqu'à lui; que son père, un pasteur... ^ ces mots, Mandane s'émeut, mais le pasteur se nommait Arbacès, et Mitradate n'est, comme Cyrus, connu d'Élénor, que d^e nom seulement; Mandane est donc forcée à im«r plorer seulement la protection d'Élénor. Ce guerrier lui engage sa foi, et, en sa présence, déclare à Astyage qu'il est prêt à remplir ses ordres, mais alors seulement que ses ordres seront dignes de lui. * /

Sûre d'Harpage, de Memnon et d'Élénor, la mère de Cyrus tente un dernier effort sur Astyage; ses pleurs touchent enfin son père; Astyage pardonne , et consent que Cyrus le représente aux murs de Babylone , lorsqu'un vieillard paraît : c'est Mitradate, qui, long -temps compagnon de Cyrus, et veillant sur lui, s'est tout- à -coup vu délaissé par le jeune héros, et qui, citant le té-

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moignage du $cythe et de l'armée, prétend que Cyrus est tombé sous les coups d'Élénor lui-même, et qu'Élénor a ravi l'armure que Cyrus avait reçue de Gambyse. Astyage abandonne le meurtrier à la vengeance d'une mère.

Au bruit de la déclaration de Mitradate, Élénor accusé se présente, et s'étonne que le soupçon puisse s'élever contre lui : par l'ordre même d'Harpage, il a combattu un Scythe meurtrier de Gambyse; ce Scythe pouvait-il être Cyrus? Mais Mandane, poursuivant à regret sa vengeance contre un guerrier dont les traits lui rappellent son époux, cite le témoignage de Mitradate lui-même. A ces mots , Élénor confondu ne peut plus qu'accuser le destin, et proteste de son innocence; il demande la mort due à son erreur; il l'attend de Maudane elle-même; il la supplie de frapper, lorsque Mitradate paraît, reconnaît Cyrus, et le fait reconnaître à sa mère. Astyage interrompt cette scène, en venaht insister sur le supplice d'Élénor. Harpage se déclare pour le guerrier, et, sans quitter le voile mystérieux dont il s'enveloppe, obtient qu'Élénor sera jugé devant le peuple , les grands et les mages , sur le témoignage de Mitradate lui-même.

Au cinquième acte , Harpage rassure Mandane tremblante sur le sort de son fils, sous quelque nom qu'il paraisse devant Astyage : il lui fait- le

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détail de sa conduite et de son artifice, de ses desseins ; il lui avoue que lui-même a séparé Cyrus de Mitradate, pour déconcerter Astyage dans ses recherches, et former la vaillance du jeune héros; que lui-même a fait courir le bruit de son trépas, et qu'il a mandé au même jour Élénor et Mitradate , pour faire reconnaître Cyrus. Ainsi s'expliquent le double changement de nom du vieillard et de Cyrus, la fuite de ce prince, ses exploits et son apparition à Ecbatane. Harpage promet d'accomplir son ouvrage, de sauver et de couronner Cyrus. De son côté , Memnon promet à Mandane la voix des oracles et l'appui du Ciel, lorsque des cris élancés de la place publique se font entendre. Mitradate accourt et les explique : en présence du peuple assemblé, Harpage, élevant la voix pour Élénor, a déclaré qu'il était Cyrus; il a invoqué les témoignages et les sermens de Mitradate, et surtout les larmes de Mandane ; à ces mots , deux partis furieux prêts à en venir aux mains, allaient faire parler les Dieux pour Astyage ou son fils, lorsque Cyrus, s'élançant lui-même au-devant de ses ennemis, les a fait pâlir à l'aspect de son dévouement, et, à force de générosité, a désarmé la colère d'Astyage.

Bientôt , en effet , l'aïeul de Cyrus s'avance avec son fils : cédant à la voix du destin et aux vœux

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de l'empire , il dépose sur la téte du jeune héros une couronne trop chancelante sur la sienne.

On voit par cette analyse ce que Fauteur a pris dans l'histoire , quel historien il a suivi, et quelle fable tragique déjà connue il a imitée; on voit qu'au merveilleux répandu par- Hérodote sur les premières années de Cyrus, à l'histoire de sa proscription et des terreurs d'Astyage , l'auteur a cru devoir lier la situation de Mérope presque entière , et que cette imitation, s'étendant jusqu'au changement du nom du héros ét du pasteur, jusqu'à la supposition du meurtre dont le héros est accusé, jusqu'aux moyens de reconnaissance entre Mérope et son fils, nons dirons même jusqu'aux détails de quelques parties du dialogue , n'a pu permettre au spectateur d'accorder au poète le mérite de l'invention dans le sujet qu'il a traité.

Ce même spectateur a pu trouver aussi l'exposition un peu longue, quoique, chose à remarquer, le premier acte n'ait que deux scènes; il a pu s'étonner de voir cette exposition nécessairement reproduite à la fin du quatrième acte, et encore au commencement du cinquième, et accuser dès-lors l'ouvrage entier de manquer de clarté et d'une sage distribution. Ajouterons-nous qu'en imitant le sujet si intéressant de Mérope l'auteur ne nous semble pas lui avoir donné tout Tiatérêt qu'il pouvait comporter. Il n'y a d'inté-

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rêt que là où il y £ un péril certain, évident, imminent; il n'y a d'action intéressante que là où se trouve un nœud fortement conçu , un obstacle que le spectateur doit croire invincible : or, dans Cyrus, où est l'imminence du p4ril, où est la force du nœud dramatique? Ce péril, ce nœud, existent dâns Mérope et dans Athalie; ils résultent du caractère de Polyphonte et d' Athalie, de l'isolement d'Égiste , de la faiblesse des défenseurs de Joas. Ici Cyrus a pour lui la voix des Dieux , sa mère, le géhéraërde l'empire, le peuple et l'armée; contre lui, un monarque faible, irrésolu, qui conspire lui-même à sa perte, qui, dès le troisième acte, accordait le pardon de Cyrus. Le péril n'est donc qu'imaginaire, et il l'est d'autant plus que celui qui a fait mouvoir tous les fils de l'intrigue, qu'Harpage, qui abuse Astyage sur sa situation, sans éclairer Cyrus sur la sienne, et qui tient en effet dans sa main les destinées de l'empire, n'a d'autre dessein que de détrôner Astyage, et de couronner le petit-fils de ce prince.

Ce caractère d'Harpage cépand de l'obscurité sur l'ouvrage, et son ton mystérieux n'intéresse point. Astyage lui avait pardonné son artifice ; on n'aime point à voir le même guerrier abuser encore le monarque, et lui peindre comme un banni le successeur qu'il tient prêt à paraître. Cette dissimulation tient de la perfidie. Les Dieux appellent

Cynis, mais est-ce du vivant d'Astyage? A cet égard, les oracles sont muets, et Memnon est sans voix. Tout serait justifié peut-être , si l'auteur eût donné au caractère d'Astyage la couleur décidée que lûitjÉrèt semblait commander, si Astyage eût été inflexible dans sa sévérité, dans sa haine, s'il n'eût point pardonné. Cela est si vrai, que Mandane, au cinquième acte, dit que ses larmes auraient pu tout réconcilier, et le dit au grand-prêtre , qui lui tient à-peu-près le discours par lequel Joad ranime le courage de Josabeth.

Cet ouvrage peut donc être reprochable sous le rapport du plan, de la conduite, et du défaut de liaison de quelques scènes; mais on en aurait une idée bien fausse, si l'on croyait que l'on n'y trouve pas l'empreinte d'un grand talent et le cachet d'un génie tragique. Le style est partout remarquable par son élévation, son abondance, sa pompe et sa couleur locale. Cet ouvrage compte une foule de vers et de nombreuses tirades qui ne seraient point désavouées par les maîtres de l'art; seulement la nature du sujet et le lieu de la scène ont entraîné l'auteur à quelques répétitions, à l'emploi des mêmes figures, et à quelque prodigalité de sentences et de préceptes : le rôle de Mandane, écrit avec force, tombe quelquefois dans la déclamation, et fait languir des scènes que l'amour maternel devrait seul animer. Le rôle de Cyrus

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