PAR M. SAUVO
10 décembre 1804.
Lia. tragédie de Çyrus était depuis long- temps attendue, et tout concourait à faire désirer la représentation de cet ouvrage annoncé comme l'un des mieux écrits de son auteur, M. Chénier. La première représentation a eu lieu hier; le concours qu'elle avait attiré était prodigieux. Les deux premiers actes ont excité de vifs applaudissemens. Les belles scènes des troisième et quatrième actes n'ont pu dissimuler les vices que nous avons cru reconnaître dans la disposition du plan , et peutêtre aussi dans le choix du sujet. Le spectacle imposant du cinquième acte a reconquis les suffrages; mais, au total, l'ouvrage n'a pas obtenu un succès complet. En voici une analyse aussi exacte qu'a pu le permettre une seule représentation d'une pièce dont l'intrigue ne laisse pas que d'être compliquée.
io ANALYSE
Astyage occupe le trône ; il règne sur les Mèdes. Mandane , sa fille , vient de perdre dans les combats Cambyse , son époux , roi de Perse. Elle ne le pleure pas seul: elle déplore aussi la perte, ou du moins l'absence et l'exil de son fils, de Cyrus proscrit même avant d'être né, et condamné par son aïeul , redoutant , sur la foi d'un songe , que Cyrus, appelé au trône par les destinées, ne vienne s'y asseoir à sa place.
Harpage, général de l'Empire, a été chargé du soin odieux de faire périr Cyrus : un trône lui a été promis pour prix de sa complicité. Mais, fidèle à l'honneur, à Cambyse et à Mandane , Harpage a sauvé le jeune rejeton , espoir de l'Orient. Par son ordre, Mitradate, un pasteur, a laissé dans les forêts, et sans sépulture , son propre fils, mort en naissant, et l'a revêtu des langes de Cyrus. L'enfant du pasteur est descendu dans les tombeaux des rois ; et Cyrus , échappé à la mort, ignorant son nom, son rang, sa destinée future, a été élevé secrètement par Harpage. Il est devenu fameux sous le nom d'Élénor; il a été instruit dans l'art de vaincre, par Harpage lui-même; et, lorsque sa mère le pleure , le jour de la fête du soleil doit éclairer, à Ecbatane, les honneurs rendus à son courage.
Harpage, dans ce jour solennel, s'ouvre au grand prêtre Memnon sur ses dispositions et
DE CYRUS. ii
celles des mages à l'égard de Cyrus. Le grand prêtre parle du jeune héros , comme du souverain promis par les Dieux éternels, et jure qu'au moment où il paraîtra les mages obéiront aux oracles qui l'ont annoncé ; c'est sous ces auspices que la fête séculaire du soleil et le triomphe d'Élénor vont être à-la-fois célébrés.
Élénor paraît devant le roi, les mages, les grands, et devant Mandane; il ordonne à ses guerriers la remise dès dépouilles des ennemis vaincus; mais, pour prix de sa victoire, il demande de conserver l'armure d'un héros qu'il a vengé, l'armure de Cambyse , qu'il a arrachée au Scythe gui venait de tuer le prince. A la vue de ce glaive, Mandane éperdue se plaint qu'il ne soit pas entre les mains de son fils; mais elle-même le remet à Élénor, en recevant les sermens de sa fidélité, et les vœux qu'il fait pour le bonheur de l'Empire.
Memnon saisit cette occasion pour prononcer de nouveau le nom de Cyrus, pour le promettre au nom des Dieux, pour proclamer les hautes destinées qui l'attendent. Astyage se trouble, et la fin de la cérémonie le laisse en proie à une agitation violente. Demeuré seul avec Élénor, il lui avoue ses terreurs , il a connu l'artifice d'Harpage, et ne s'en est point vengé; il sait que Cyrus existe, et le redoute plus que jamais. Il invoque