‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentéesChapitre 121 sur 318 · BRUTUS, PORCIE, FULVIE · texte numérisé non relu

BRUTUS, PORCIE, FULVIE

BRUTUS

Ces cris que tout le camp jusques au ciel envoie, Et notre étonnement, et nos transports de joie, Après tant de douleur ne te surprendront pas : On avait répandu le bruit de ton trépas. Épouse de Brutus, compagne de ma vie, Je te revois encor! tu ne m'es point ravie; Décimus m'annonçait que tu ne vivais plus.

PORCIE

Des récits indiscrets ont trompé Décimus. Des tyrans, disait-on, la cruauté jalouse Persécutait Brutils jusque dans son épouse. D'une main mercenaire empruntant le secours, On croyait que leur rage avait tranché mes jours. Voulant cacher à tous mes projets , mon absence , Je n'ai pas étouffé ces bruits dans leur naissance. Un affranchi, fidèle à nos grands intérêts,

*i6 BRUTUS ET CASSIUS.

IVfa conduite en ces lieux par des chemins secrets;

Et son zèle partout, partout notre silence

A trompé des tyrans la sombre vigilance.

J'arrive, je jouis de tes embrassemens, .

Et je dois oublier en de si doux momens

Tous ces cruels chagrins, qui, depuis cinq années,

Des amis de Brutus troublent les destinées.

Les vengeurs des Romains vont-ils tenter le sort?

BRUTUS

Oui , ce jour est marqué pour un si noble effort !

PORCIE

Ce jour même !

BRUTUS

Ce jour, et les Romains peut-être S'en vont revivre encore et n'auront plus de maître.

PORCIE

C'est se hâter beaucoup. Vous auriez pu du moins Ménager du sénat la prudence et les soins.

Nous!

PORCIE

Vaincus cette Fois, rien ne peut vous défendre.

BRUTUS

Rome est vendue au joug; que pouvais-je en attendre? Plébéiens, sénateurs, tout est glacé.

PORCIE

Non, non;

La vertu leur est chère.

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