ACTE II, SCÈNE III. aa
Je sais votre vaillance, et mon cœur vous honore;
Rome vous chérissait et vous estime encore.
Mais le Parthe insolent, tranquille en ses déserts,
Ose nous disputer un coin de l'Univers ,
Et, le cœur enivré de sa gloire frivole,
Sur nos débris sanglans insulte au Capitole.
Allez venger Crassus, courez exécuter
Ce que notre César avait voulu tenter;
Et, des bords de llndus faisant votre conquête,
Que bientôt sous vos lois tout l'Orient..
CASSIUS
Arrête.
Si Rome était tranquille, et si de la venger Son ordre souverain nous eût daigné charger; Ah! si nous entendions la voix de la patrie, Sois sûr que nos efforts, à cette voix chérie, Iraient des mains du Parthe arracher ses lauriers , En lui redemandant le sang de nos guerriers. Mais nous, des triumvirs suivre la politique! Mais conquérir pour nous, non pour la république! Cesse de nous porter à de tels attentats; Nous n'avons pas besoin de sceptre ni d'États. Pour des cœurs vertueux régner n'a point de charmes; Si malgré nous enfin nous avons pris les armes, Tu feins de l'ignorer, mais voici notre but : Des Romains opprimés conquérir le salut, Abattre les tyrans et le pouvoir suprême ; Et tu viens nous offrir d'être tyrans nous-même !
a*4 BftUTUS ET CASSIUS.
A61IPPA.
Songez-vous...
BRUTUS
Agrippa, c'est trop uous insulter.
Nous voulons les punir, et non les imiter. Mais tout ce que je vois a droit de me confondre; Agrippa, c'est à toi qu'il nous fallait répondre! As-tu pu te charger d'un si honteux emploi ? Ce paisible esclavage est-il donc fait pour toi ? Triumvirs, dans nos cœurs ils n'ont rien à prétendre; Nous devons les haïr : nous pourrons les entendre, S'ils veulent aujourd'hui rentrer dans le devoir, Et vivre désormais sans maître et sans pouvoir. Oui, parmi Leurs égaux je consens qu'on me nomme; Et je suis leur ami, s'ils sont amis de Rome. agrippa.
Mais vous qui vous croyez ses bons, ses vrais amis, Les Parthes., les Gaulois sont moins ses ennemis. Que prétend, dite$-uioi, ce langage héroïque, Cet inflexible orgueil d'une vertu stoïque? Oui, si tous les Romains savent vous imiter, La forme de l'État peut encor subsister. Mais tout est bien changé. Fiers de leur opulence, De tous vos magistrats contemple* l'insolence; Contemplez un État accablé de laagueur, Les vices triomphant et les lois sans vigueur, Par des tyrans obscurs vos dignités flétries , Vos nobles marchandant les voix des centuries,