MANDANE, MEMNON
M EM NON
0 fille d'Astyage ! est-ce vous que je vois ,
Quand tout sommeille encor dans le palais des rois?
Aux bords de l'Orient quand le mage contemple
Les premiers traits du dieu qu'on adore en ce temple !
Sa fête, après cent ans, plus brillante en ce jour,
Dans les murs d'Ecbatane est enfin de retour;
Fête à jamais auguste, époque fortunée,
Qui renouvelle ensemble et le siècle et l'année.
Son éclat solennel va redoubler encor :
Ici même aujourd'hui cet heureux Elénor
Qui, des mers dHircanie aux monts de la Taurique,
Renversa les remparts dans sa course héroïque,
Doit offrir les drapeaux des Scythes révoltés , Subjugués mille fois et toujours indomptés. Vous , en qui cependant tant de grâce respire , Dont la vertu modeste embellit cet empire, Et que le suppliant nomme aux Dieux protecteurs Dans sa reconnaissance et jamais dans ses pleurs , Seule aux gémissemens vous semblez condamnée! En faisant des heureux, Mandane infortunée, Près du trône éclatant où son père est assis , Lève au ciel des regards de larmes obscurcis.
MANDANE
Je n'aurais point, Memnon, l'infortune en partage, Si j'étais seulement la fille d'Astyage; Mais, veuve deCambyse et mère de Cyrus, Je fatigue le ciel de vœux mal entendus. Qu'est-elle donc pour moi cette pompeuse fête , Quand Cyrus est proscrit, quand je crains pour sa tête ? Que sont-ils ces drapeaux par un autre conquis, Ce héros si vanté , mais qui n'est point mon fils ? Ah! les jours de Cyrus abreuvés d'amertume, C'est là ce qui m'agite et ce qui me consume; C'est là, durant la nuit, ce qui rouvre mes yeux; Et quand l'astre divin qu'on adore en ces lieux Répand ses feux naissans et nous éclaire à peine , Çn son temple aujourd'hui c'est là ce qui m'amène. Interprète sacré de cette auguste loi , Que jadis le prophète et le pontife roi , Zoroastre, apportait aux peuples d'Assyrie,