SÉNATEURS, PONTIFES , MAGISTRATS, GUERRIERS, LICTEURS
TIBÈRE
Il sort ; et sa douleur n'est que trop véritable. Est-ce un remords tardif? ou n'est-il point coupable ? Aurait-il seulement haï Germanicus?
Près de moi, sénateurs, je ne l'admettrai plus: Mais d'un plus grand délit la preuve est nécessaire, Quand il faut condamner un vieillard consulaire. Pison, quoi qu'il en soit, trouve un accusateur: Demain Fulcinius, comme vous sénateur, Devant le tribunal se dispose à paraître.
AGRIPPINE
Fulcinius ! Séjan s'apprête aussi peut-être ? Eh quoi ! Fulcinius ose être mon appui !
*7o TIBÈRE.
Tes exploits, cher époux , seront vantés par lui!
Eh! sait-il seulement quelle est ta renommée?
Nos guerriers l'ont-ils vu? Connaît-il une aimée?
A la cour de Séjan que pouvait-il savoir?
D'où lui vient ce grand zèle? et quel est son espoir?
Sa fortune a besoin de nouvelles bassesses :
C'est Pison que j'accuse, et non pas ses richesses.
Écoutez les récits de tous ces vieux soldats :
Eux seuls de mon époux vous diront les combats;
Combien de fois son sang coula pour la patrie
Sur les bords du Danube, aux vallons de Syrie;
Ses vertus , ses dangers , les complots des pervers ;
Ses pleurs qu'ils ont taris, ses maux qu'ils ont soufferts.
Ou que devant le peuple on garde le silence :
L'aspect seul de cette urrie aura plus d'éloquence;
Les débris et le nom du vainqueur des Germains
Parleront assez haut dans l'âme des Romains.
TIBÈRE
Fulcinius a-t-il mérité cette injure?
C'est lui qui se présente; aucun ne peut l'exclure:
Tout citoyen romain doit librement user
Et du droit de défendre et du droit d'accuser.
La loi le veut ainsi ; maintenons les lois sages.
Surtout de la tribune évitons les orages.
Les sénateurs, fuyant ce scandaleux éclat,
Doivent juger eux-même un membre du sénat.
Mais qui sera chargé du soin de le défendre ?
Eh bien , pères conscrits , vous venez de m'entendre :