TIBÈRE, AGRIPPINE
A6RIPPINE.
J'ai suivi mon époux jusqu'aux tombes sacrées Où dorment des Césars les ombres révérées. Je ne viens plus, Tibère, au nom de tout l'État, Contre un lâche ennemi provoquer le sénat. J'aspire à des bienfaits; c'est vous seul que j'implore. Hélas! je fus épouse, et je suis mère encore. Gardant quelque espérance en mes calamités, J'ose pour mes enfans implorer vos bontés. Des hauteurs de Livie ils souffriront peut-être; Mais, nés du sang d'Auguste, ils ont assez d'un maître: Les Romains de César reconnaissent la loi; C'est à lui qu'est l'empire.
TIBÈRE
Elle règne avec moi.
Ce discours vous surprend. J'ai, durant huit années,
a7<> TIBÈRE.
Parmi les Rhodiens caché mes destinées,
Loin du palais d'Auguste et plus loin de son cœur.
Seule, d'un sort jaloux fléchissant la rigueur,
Quand je n'espérais plus les faisceaux consulaires,
Elle étendait sur moi ses bontés tutélaires;
Et, par elle, un empire attendu quarante ans
De ses lauriers tardifs couvrit mes cheveux blancs.
Sous le règne d'Auguste on adorait Livie :
Celle à qui je dois tout, mon empire et ma vie,
Peut bien, ainsi que moi, sans blesser les Romains,
Gouverner l'Univers que m'ont donné ses mains;
Et puisse encor long-temps ma pieuse tendresse
Des rayons du pouvoir couronner sa vieillesse!
Vous-même, à vos destins plus soumise aujourd'hui,
Pour vous, pour vos enfans, ménagez son. appui,
Loin de vouloir aigrir par un orgueil injuste
La mère de Tibère et la veuve d'Auguste.
AGRIPPINE
Dans l'état où je suis vous m'accuse* d'orgueil !
TIBÈRE
Oui, jusque dans vos pleurs, jusque, dans votre deuil, Jusqu'en cet appareil de douleur fastueuse. D'un héros, je le sais, épouse vertueuse, Vous partagiez l'éclat de ses jours fortunés, Qu'un sort inexorable a trop tôt moUsounés. Mais enfin ce héros dans la Syrie expire; Et, sqn. urne à la main, vous traversez l'empire; Vous traînez sur vos pas des peuples, des cités!