ACTE III, SCÈNE I. a79 Revêtu des habits et du nom de César
AGRIPP1NE.
Pour calmer, pour vous rendre une armée en furie i Est-on coupable encor quand on sert la patrie? De Caïus, de mes fils, les droits sont-ils perdus? Quoi ! le nom de César ne leur appartient plus ! Et qui donc maintenant soutiendra leur enfance? Quelle était, cher époux, ta dernière espérance? Ah! mes tremblantes mains, en de cruels instans, Sur son lit de douleur rassemblaient ses enfans: Il les pressait tous trois dans ses bras héroïques : Tous trois il les baignait de larmes prophétiques r « Si le sort, me dit-il, se déclarait contr'eux, « Et si , comme leur père , ils étaient malheureux , « Dieux, veillez sur mes fils I Dieux, protégez leur mère l a Germanicus expire, et les lègue à Tibère. « Ah ! je l'ai bien servi. Pour me récompenser « Qu'un regard paternel daigne les caresser. « Tendre et fidèle épouse, arme-toi de courage: « Nos enfans, que tes soins vont sauver du naufrage, « Recueillis par César retrouveront en lui « Un père aussi sensible r un plus puissant appui; « Et ton cœur, pénétrant sous le froid mausolée, « Sentira tressaillir mon ombre consolée. »
TIBÈRE
Pourquoi rappelez- vous ces douloureux discours? C'est de votre infortune éterniser le cours. Le malheur n'est vaincu que par la résistance :
*8o TIBÈRE.
Il dompte la faiblesse, il cède à la constance. Obéissez du moins aux conseils d'un époux. Pour ses fils toutefois que me demandez;-vous ? Parlez: qu'espèrent-ils?
agrippine.
Qu'élevée par vous-même, Partageant tout l'éclat qui suit le rang suprême , A côté de Drusus, près de vous réunis...
TIBÈRE
Avez- vous oublié que Drusus est mon fils ?
AGRIPPINE
Non , mais Rome a connu deux enfans de Tibère ; Et souvent mon époux vous appelait son père.
TIBÈRE
Lui! ce rival de gloire à Tibère opposé!
Lui mon fils!... Par Auguste il me fut imposé.
AGRIPPINE
Par Auguste! Et vous-même, au déclin de sa vie, Ne lui fûtes-vous pas imposé par Livie?
TIBÈRE
Il est vrai; mais comment osez-vous le savoir, Me braver dans ma cour, et tenter mon pouvoir?
AGRIPPINE
Dût ce pouvoir un jour accabler Agrippine, Des fils de votre fils voudrait-il la ruine? Quel mal vous ont-ils fait? Des enfahs délaissés, Par le sort infidèle un moment caressés, Vous alarmeraient-ils dans un âge si tendre?