‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentéesChapitre 158 sur 318 · ACTE IH, SCÈNE I. a8i · texte numérisé non relu

ACTE IH, SCÈNE I. a8i

Et que m'annonce encor ce que je viens d'entendre? Est-ce aujourd'hui Pison que vous voulez venger? Est-ce Germanicus qu'on s'apprête à juger?

TIBÈRE

J'ai souffert la demande; écoutez la réponse:

Ce n'est point l'Empereur, c'est la loi qui prononce:

Mais la loi ne punit que des crimes prouvés;

Et ce sont des décrets au sénat réservés.

Il n'est pas un vengeur, mais un juge équitable.

Moi-même, partageant son emploi redoutable,

Je serai sans colère, au-dessus du soupçon,

Et sévère, mais juste, à l'égard de Pison.

AGRIPPINE

A l'égard de mes fils serez-vous donc moins juste? Et les punirez- vous du choix fait par Auguste?

TIBÈRE

Je connais mon devoir, et respecte ce choix. Des Césars, vos enfans, j'affermirai les droits. Donnez-leur vos vertus : mais dans ces jeunes âmes D'un orgueil dangereux n'attisez point les flammes. Un jour, peut-être, un jour, ils pourront seconder Et Tibère, et Drusus né pour lui succéder. Dites-leur de briller aux champs de la victoire, D'espérer les honneurs, de mériter la gloire, D'obtenir le triomphe au sein de nos remparts , De grossir les lauriers cueillis par les Césars, De prétendre au respect qu'un nom fameux inspire, D'aspirer aux grandeurs, mais jamais ^ l'empire.

AGRIPPINE

Je vois que ma prière aigrit votre courroux : Cet entretien vous pèse; et Séjan vient à nous. Je vais trouver mes fils. Déjà privés d'un père, Ah! doivent-ils long-temps conserver une mère? Si régner était l'art qu'il faut leur enseigner, L'exemple est devant eux : Tibère sait régner. Je leur conseillerais d'imiter sa prudence, La sagesse d'Auguste et surtout sa clémence, D'écouter les amis, d'éloigner les flatteurs, De ne point accueillir les cris des délateurs, Et de faciliter l'accès du rang suprême Au malheur, à la plainte, à la liberté même. Pour un sort moins brillant j'élèverai mes fils : Ils ne seront pas craints , mais ils seront chéris. La faveur, les trésors ne sont point mon partage: Je pourrai leur laisser, du moins, pour héritage, Une fierté tranquille en leur adversité , Un cœur paisible et pur, un courage indompté: Leur nom sera béni par la reconnaissance : Ils sauront de César révérer la puissance ; Ils pourront quelque jour obéir à Drusus ; Mais ils seront encor fils de Germanicus.

(Elle sort.)

Page 1