‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentéesChapitre 17 sur 318 · H AR PAGE · texte numérisé non relu

H AR PAGE

Des vœux ? Eh quoi , Memnon , vous n'avez rien de plus !

Quand des rois indolens déshonorent l'empire,

Contre eux-mêmes bientôt leur faiblesse conspire.

Bélus , aimé des siens et partout respecté ,

Fut puissant par le glaive et grand par l'équité ;

Ninus, Sémiramis, égalant son courage,

De ce roi fondateur ont cimenté l'ouvrage;

ACTE I, SCÈNE II. 29 Mais les fils de Ninus et de Sémiramis , Plus craints de leurs sujets que de leurs ennemis, Dans les bras du sommeil attendaient leur couronne, Et du sein des plaisirs opprimaient Babylone. Leur joug avilissait ce peuple généreux; Il fallait un héros qui vînt régner pour eux, Et qui , purifiant leur puissance flétrie , Rajeunît les destins de l'antique Assyrie. Déjocès eut l'honneur de rétablir nos droits ; Cyaxare après lui nous a soumis des rois; Mais Astyage, enfin, craintif et sanguinaire, Ignoré dans les camps où l'on meurt pour lui plaire , Fatiguant les autels d'un encens odieux, Par un vœu parricide ose outrager les Dieux. Sous leur volonté sainte il est temps qu'il s'abaisse: Oe ces Dieux protecteurs acquittant la promesse , Le héros tant prédit bientôt va se montrer, Et d'un joug oppresseur il vient nous délivrer.

MEMNON

Quels jours sont plus brillans ? quelle époque est plus belle ?

Qu'il vienne; qu'il paraisse; il verra notre zèle:

Des célestes décrets les mages sont garans;

Ils n'ont jamais chéri ces despotes tremblans,

Qui, fermant leurs palais, au peuple inaccessibles,

Régnent sans gouverner, idoles invisibles,

Et, cachés sur un trône, y sommeillent en paix,

Inconnus à la gloire autant qu'à leurs sujets.

Si vous n'écoutez pas une vaine espérance,

3o CYRUS.

Si nous voyons Cyrus, ayez-en l'assurance,

Unis à vos guerriers, tous les mages contens

Éliront le monarque attendu si long-temps.

C'est lui qui, fut promis, lui qu'on doit reconnaître;

Lui : tout autre guerrier, quelque grand qu'il puisse être,

Tentera vainement notre fidélité;

Par le ciel en courroux il sera rejeté.

Qu'Elénor avec vous partage la victoire;

Mais si , pour les grandeurs abandonnant la gloire ,

Il aspirait lui-même au trône de nos rois,

Un revers éclatant flétrirait ses exploits :

Cyrus appartient seul aux destins de l'Asie ,

Et sa tête proscrite est la tête choisie.

HARPAGE.

Voilà les sentimens que j'attendais de vous , Que j'ai toujours gardés, que nous partageons tous. Sur le jeune Elénor soyez sans défiance ; Il n'a pas du pouvoir l'orgueilleuse espérance ; Son âme franche et pure est ouverte à mes yeux ; C'est de gloire, Memnon, qu'il est ambitieux. Suivi de quelques chefs et loin de ses cohortes , Appelé dans ces lieux, lui-même est à nos portes; Tandis qu'au nom du roi je vais le recevoir, Vous, Memnon, remplissant un auguste devoir, Allez vous réunir à la tribu des mages; Réservez à Cyrus d'unanimes hommages :

Puisqu'il lui fut donné de régner à son tour, Qu'il montre aux nations l'équité de retour;

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