‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentéesChapitre 176 sur 318 · ACTE IV, SCÈNE V. 3u Prépara, présenta le breuvage homicide · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V. 3u Prépara, présenta le breuvage homicide

CNÉIUS

Mon père, eh! c'est alors que vous deviez parler; C'est lui qu'avant son crime il fallait immoler.

PISON

Il fallait conserver l'espérance de Rome,

Lutter contre Tibère en faveur d'un grand homme,

A l'appui des soldats hautement recourir,

Avertir le héros , le sauver et mourir.

Et je pourrais , chargé d'une honte éternelle ,

Rendre de mon forfait sa veuve criminelle !

D'Agrippine abusée évitant le courroux,

Je pourrais la couvrir du sang de son époux !

Ah! je dois bien plutôt provoquer ma sentence >

Maudissant l'Empereur, abhorrant l'existence,

Abandonné de Rome et des Dieux ennemis,

De la nature entière, et même de mon fils.

CNEIUS.

Non ; le crime entre nous n'a point mis de barrière Non; je vous tiendrai lieu de la nature entière. Hélas! plus de pardon, plus d'avenir pour nous; Mais vous aviez un fils ; il est toujours à vpus. J'ai juré de vous suivre, et je le jure encore Par ces Dieux outragés que ma douleur implore. Ah! si de* la vertu, premier de leurs bienfaits, Un précipice affreux sépare les forfaits , Le remords, franchissant cet intervalle immense,

3i2 TIBÈRE.

Devant ces Dieux peut-être est encor l'innocence.

PISON

Laisse là mes remords; parle de mes complots : Trop souvent un coupable est le fils d'un héros : Mais un espoir me luit dans l'horreur qui m'accable; Un héros quelquefois est le fils d'un coupable. Si ton père est flétri , rappelle tes aïeux. Moi, faisant éclater ma honte à tous les yeux, Rejetant le pardon , n'aspirant qu'au supplice , Demain, je veux dans Rome accuser mon complice y Déclarer en public et son crime et le mien , Entendre mon arrêt et prononcer le sien.

CNJÉIUS.

Vous pourriez...

PISON

Je lirai les ordres de Tibère.

Il connaît mon dessein. Va , ton malheureux père , Ayant perdu sa gloire, ose encor la chérir, Et du mo insen mourant veut la reconquérir.

CN3SJUS.

Ah! c'est elle qui parle, elle qui vous anime, Qui peut seule inspirer cet abandon sublime. Du crime tout puissant quittant l'affreux séjour, Demain, quand le sommeil ramènera le jour, Dévoilez tout, mon père; et que Rome s'explique. Et vous , Dieux , citoyens , qui , sous la république , Des Catons , des Brutus entendiez les sermens ;

ACTE IV, SCÈNE V. 3i Puisque les lois , les mœurs , les nobles sentimens Ne peuvent respirer l'air souillé par un maître, Puisse , puisse à jamais la liberté renaître Sur les sanglans débris des tyrans abattus, Pour que le genre humain conserve des vertus !

TIBÈRE

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