ACTE III, SCÈNE IV
JOCASTE
Vous frémissez ! pourquoi ?
ŒDIPE
Bientôt vous le saurez.
Mais, avant, de Laïus dépeignez-moi l'image.
JOCASTE
II n'était point flétri par les rides de l'âge ;
Et, malgré la vieillesse, on voyait dans ses yeux
Etinceler encor le sang des demi-Dieux ;
Sur son front héroïque, en sa démarche altière,
La majesté d'un roi se peignait tout entière :
Le dirai-je?... souvent j'ai cru revoir en vous
Les yeux, le port, les traits de mon premier époux.
ŒDIPE
Ai-je, sans le savoir, prononcé ma sentence?
JOCASTE
Pour vous d'un tel rapport quelle est donc l'importance?
ŒDIPE
Le prophète aurait-il deviné mon destin? Encore un mot: fixez mon esprit incertain.
JOCASTE
Expliquez-vous.
ŒDIPE
Laïus, en quittant ses provinces, Avait-il cet éclat qui distingue les princes? Des soldats devant lui répandaient-ils l'effroi ?
JOCASTE
Cinq guerriers seulement suivaient le char'd» roû
ŒDIPE
C'était lui !
JOCASTE
Quel mystère ! et qu'allez-vous m'apprendre ?
Un témoin vous a dit ce que je viens d'entendre ?
JOCASTE
Un compagnon du roi.
ŒDIPE
Ne fut-il point frappé?
JOCASTE
Blessé légèrement, il est seul échappé.
ŒDIPE
Est-il dans ce palais ?
JOCASTE
Non : quand votre vaillance De Laïus au tombeau vous donna la puissance, Quand Thèbes vous nomma son maître et mon époux , Les yeux baignés de pleurs , Phorbas à mes genoux Me pria de souffrir qu'en un rustique asile Il cachât sa présence à la cour inutile, Se réservant encor, pour ses derniers instans, La garde des troupeaux, soin de ses premiers ans. J'ai rempli les désirs d'un serviteur fidèle: C'est le moindre bienfait que méritait son zèle.
ŒDIPE
Ordonnez qu'au plus tôt il se rende en ces lieux.