ACTE V, SCÈNE III. 38g
ŒDIPE
Pour prix de vos bienfaits , ayez: an règne heureux. Oh! oui. Je les entends. Mais, hélas! où sont -elles? Mes filles, approchez de ces mains paternelles; Pressez, baisez ces mains, ces mains qui m'ont puni : Je ne puis plus vous voir, ô filles d'un banni! Je pleure... et de mes yeux c'est Je dernier usage; Je pleure, mais sur vous, mais sur vôtre héritage. Si dans les jeux publics vous traînez vo& malheurs, Seules dans vos maisons vous reviendrez en pleurs. Où seront vos époux? quelle famille amie Osera, par l'hymen, s'unir à l'infamie?
Du meurtre de son père un père ensanglanté Vous fit sortir des flancs qui l'avaient enfanté: Vous entendrez les mots d'inceste et d'adultère; Jamais les noms si doux et d'épouse et de mère. Créon , vous remplacez et votre soeur et moi : Aimez-les , ô Créon , donnez-m'en votre foi ; Qu'elles ne portent point la peine de mes crimes : Désormais, d'un coupable innocentes victimes, Pauvres, dans l'abandon, sans appui, sans époux, Songez qu'elles n'ont rien, rien que le ciel et vous. Oh! recueillez encor, vous, mes filles si chères, Non des conseils perdus, mais des vœux, des prières: Que vos paisibles jours soient bénis par les Dieux ! Thébains, de votre roi recevez les adieux.
( Il sort avec ses deux filles et Créon. )
39o ŒDIPE-ROI.