ACTE II, SCÈNE IV. 4i
Qu'entends-je ? On le disait, seigneur, et votre gloire M'avait, jusqu'à ce jour, interdit de le croire.
ASTYAGE
ITai-je donc pas le droit d'arrêter dans son cours Un destin qui menace et mon trône et mes jours? Nuisible en sa naissance, il est temps qu'il finisse.
ELENOR.
Les Dieux même n'ont pas le droit de l'injustice: ' De verser des bienfaits se faisant un devoir, Us ont, par leur bonté, limité leur pouvoir.
ASTYAGE
Leur bonté ne va point jusqu'à souffrir l'outrage : L'autorité des rois est aussi leur ouvrage : Lorsqu'au nom de ces Dieux on oseWa braver, Le devoir des sujets est de la conserver : C'est le vôtre, Elénor; un maître vous confie Le soin de son empire et même de sa vie. Chez les Scythes caché, Cyrus est leur soutien ; Vous fûtes leur vainqueur, soyez encor le sien. U est temps; prévenez son dessein parricide ; Entre Elénor et Unique le glaive décide: Allez, courez, servez un trop juste courroux.
ELÉNOR.
Qui? moi! contre Cyrus! cjue me proposez- vous?
ASTYAGE
De la gloire, un combat, quelques dangers peut-être, L'honneur de garantir les jours de votre maître.
4a CYRUS.
Écoutez. De ce trône affermi par vos mains Cyrus, en succombant, vous ouvre les chemins; Et, pour un tel service, une telle assurance Peut d'un soldat fidèle étonner l'espérance.
Dans vos offres, seigneur, rien ne peut m'étonner, Hormis l'indigne emploi que vous m osez donner. Un soldat, votre aïeul, régénéra l'empire: Si ce n'est pas un trône où ma valeur aspire, J'ose au moins me flatter de l'espoir glorieux Qu'un jour mes dëscendans nommeront leurs aïeux. Laissez-leur, puisqu'enfin mskgloire est leur partage, Recueillir tout entier cet unique héritage. Cyrus vous appartient , vous l'avez délaissé : Permettez-lui ofe vivre en un désert glacé. Même hors des confins de cet empire immense, N'est-il pas un asile où le pardon commence? Que dis-je? espërëz-vous un plus grand héritier? Ah! mon devoir serait de me sacrifier, De vous garder Cyrus, en mourant sa victime. Oui, périsse Èlénor, mais non souillé d'un crime ! Mon nom, par cent héros quelquefois prononcé, Serait chéri par eux, et par eux surpassé. Mais, jetés sur la terre à de longs intervalles, Où sont-ils ces mortels dont les âmes royales Aiment les sages lois, en respectent le frein, Et se fotit pardonner le pouvoir souverain ?