ACTE II, SCÈNE IV
ASTTAGE.
Il doit être chéri quand il est légitime , Et jamais excusé s'il appartient au crime. Mais, où peut parvenir, en respectant les lois, Ce roi, ce conquérant sans trône et sans exploits, Ou plutôt ce banni, privé même d'un père, Et qui n'a d'autre bien que les pleurs de sa mère?
ÉLÉNOR.
Cyrus est agrandi par son adversité;
Et, fut-il orphelin, les Dieux l'ont adopté.
ASTTAGE.
Qui le sait? qui dira si le fils de Cambyse Est Cyrus * dont la gloire à l'Asie est promise?
ÉLÉNOR.
S'il ne l'est pas , des Dieux il n'aura point l'appui : S'il l'est, que pc/uvez-vous contre les Dieux et lui?
ASTTAGE.
C'est ainsi qu'outrageant les droits du diadème, Vous pesez devant moi ma volonté suprême! Seul, je dois commander; c'est à vous d'obéir, D'exécuter mes lois, de vaincre et de punir.
ÉLÉNOR.
Vos ennemis.
ASTTAGE.
Cyrus.
ÉLÉNOR.
Eh quoi! votre famille?
Votre héritier?
ASTYAGE
Jamais.
Le fil9 de votre fille?
ASTYAGE
Lui-même. '
^ ÉIÉJXOR.
Avec ce fer, qu'illustra son époux, Qu'après l'avoir conquis je tiens d'elle et de vous ?
ASTYAGE
D'elle, mais par mon ordre, et de moi pour défendre Un trône où quelque jour vous auriez pu prétendre. Avant vous , renommé dans le champ des combats , Cambyse avec honneur y reçut le trépas. Sa fortune sous moi fut toujours florissante, Utile à mon empire et non pas mehaçante; Et ce fer, redoutable à tous mes ennemis, Par Cambyse illustré , peut combattre son fils. Allez, et, rassurant ma puissance alarmée...
Le combattre! eh! seigneur, où donc est son armée? Où donc est-il? Du glaive implorant le secours, Tout son camp révolté menace-t-il vos jours ? Vous régnez; et Cyrus malheureux, mais fidèle, Caché loin de ce trône, où son destin l'appelle, Espérant des Dieux seuls un avenir plus doux, Fait des vœux pour sa mère et peut-être pour vous. Et moi, vous trahissant par mon obéissance,