‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentéesChapitre 262 sur 318 · ELECTRE, LE CHOEUR · texte numérisé non relu

ELECTRE, LE CHOEUR

LE CHOEUR

Fille innocente, hélas! d'une coupable mère, Esclave en ce palais où régnait votre père, Votre courroux, Electre, est un juste courroux: Mais de ces vains transports quel fruit espérez-vous ? Quand vos cris perceraient au fond du sombre abîme, Pensez-vous qu'à des pleurs il rende sa victime? En sa douleur timide imitez votre sœur ; Voyez Chrysosthémis souffrir avec douceur; Voyez .Oreste, enfin, gémissant en silence, Préparer loin de nous et mûrir sa vengeance.

ELECTRE

Oreste! ah! que fait-il? qui peut le retenir?

Ses lettres m'annonçaient un plus doux avenir.

Près des plaisirs d'un trône, aux champs de la Phocide,

Aurait-il oublié cette cour homicide,

Du grand Agamemnon les mânes en courroux ,

ACTE I, SCÈNE IL 447 Èlectre dans les fers, sans amis, sans époux, Seule, et, sous les lambeaux de l'obscure misère, Mangeant le pain sanglant des bourreaux de son père ?

LE CHOEUR

Non; de votre destin ne désespérez pas: Non ; Strophius admit Oreste en ses États. Aux remparts de Crissa ce roi sage et fidèle Se garde pour Electre, et veille encor sur elle. Jupiter à vos maux ne ferme point ses yeux.

ÉLECTRE

Tu vois, tu règles tout, Roi du monde et des cieux: Rends Oreste à mes pleurs, Oreste à ma tendresse. L'assassin règne encor ; que le vengeur paraisse: Il est temps de frapper. Cet astre qui nous luit Pour la troisième fois a dissipé la nuit, Depuis que du tyran la présence abhorrée Ne souille point Mycène, un moment délivrée. Mais les fêtes du crime appellent son retour : Il revient célébrer cet exécrable jour Où le sang le plus pur scellait des nœuds impies, Où les flambeaux d'hymen étaient ceux des furies. Ah! c'était peu de voir Agamemnon périr, Sans pouvoir le défendre, et sans pouvoir mourir: O honte! 6 désespoir d'Electre consternée ! Malheureuse! il me faut contempler, chaque année, Ces jeux du parricide et de la trahison , Qu'Égisthe ose appeler festins d' Agamemnon. Huit ans, l'usurpateur défia son supplice;

Ma mère.... est-ce bien là le nom de sa complice?

Bravant d'un peuple ému les yeux accusateurs.

Ma mère sacrifie aux dieux libérateurs;

Elle offre, au lieu d'encens, le souvenir «du crime,

Dans le fond du tombeau ressaisit sa victime,

Courbe un front parricide au pied des immortels,

Et d'un vœu sacrilège insulte à leurs autels.

Et je pourrais subir un joug aussi funeste !

Écouter l'oppresseur jurant la mort d'Oreste!

Entendre d'un air calme, en étouffant mes cris,

Ma mère m'accuser d'avoir sauvé son fils!

Si devant les forfaits la vertu doit se taire,

Honorer l'assassin, respecter l'adultère,

Des mânes paternels méconnaître la voix,

Désormais la nature a donc perdu ses droits!

On verra s'éclipser la pudeur immortelle,

Et les temples des Dieux périront avec elle.

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