ACTE I, SCÈNE III. /45i
Dans ce moment terrible où le vainqueur de Troie
En implorant le Ciel achevait de mourir,
Près de son jeune fils l'instinct m'a fait courir;
Aux longs gémissemens de son malheureux père,
Il voulait se sauver sur le sein de sa mère;
Ses cris, ses faibles cris demandaient, dans mes bras,
Sa mère... qui peut-être ordonnait son trépas.
Mais tous les dieux d'Argos veillaient pour sa défense;
Au fidèle Isménor je remis son enfance,
Et ce glaive royal , autrefois redouté ,
Que des mains de mon père on avait écarté,
Qui le rendit vainqueur aux rives du Scamandre,
Et qui doit le venger, n'ayant pu le défendre.
Rivage de Crissa, m'as -tu donc envié
Le dépôt précieux que je t'ai confié? .
Héritier des héros, ta jeunesse est oisive,
Quand Électre est aux fers, quand Mycène est captive;
Tes aïeux du berceau s'élançaient aux combats :
Leur glaive est-il encor trop pesant pour ton bras!
CHRYSOSTHÉMIS.
Ses périls sont plus grands quand Electre l'appelle. Puisse-t-il les dompter! qu'une douleur nouvelle Ne couvre point de deuil et vous et votre sœur! Vous savez quHélénus, ce fils de l'oppresseur, Hélénus, digne sang d'Egisthe et de Thyeste, Dans les champs phocéens poursuit les jours d'Oreste. Que le destin propice exauce votre espoir! Adieu. Je vais remplir un funèbre devoir.
45a ÉLECTRE.
Electre.
Où portez-vous ces dons ?
CHRYSOSTHÉMIS.
Au tombeau de mon père.
Ces dons viennent de vous!
CHRYSOSTHÉMIS.
Non.
ÉLECTRE
De qui ?
CHRYSOSTHÉMIS.
D'une mère.
ÉLECTRE
Qu'entends-je ! Âgamemnon par elle est honore ! Agamemnon! grands Dieifx! lui qu'elle a massacré!
CHRYSOSTHÉMIS.
Elle craint.
ÉLECTRE
Savez-vous le dessein qui l'anime ?
CHRYSOSTHÉMIS.
Elle aspire sans doute à fléchir sa victime.
ÉLECTRE
Qui peut causer sa crainte ?
CHRYSOSTHÉMIS.
Un songe de la nuit.
C'est tout ce que je sais.
ÉLECTRE
Un songe la poursuit ?