‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentéesChapitre 281 sur 318 · ACTE I, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL

Il s'élança pour moi des champs du firmament, Traversa tous les cieux, descendit dans Solime, Et sur son aile blanche enleva la victime.

BRIGITE.

L'ange est un Templier ; l'aile blanche...

NATHAN

Un manteau.

Brigite en mon absence a brouillé son cerveau.

BRIGITE.

Grâce à vous, votre fille a fort peu de croyance. Laissez en paix son ange : il est, sans conséquence, Admis du musulman , du juif et du chrétien.

NATHAN

Non, l'imposture nuit; l'erreur n'est bonne à rien. De l'oubli des bienfaits pourquoi faire une étude? Pourquoi sanctifier jusqu'à l'ingratitude ? Supposons -le, ma fille; un ange est ton appui: Eh bien, tu lui dois tout; tu ne peux rien pour lui. Va, ne renonce point à la reconnaissance; Va, le prix du bienfait est en notre puissance: Offrons tous mes trésors à ton libérateur; Mais ce n'est point assez : conserve-lui ton cœur. Zoé, c'est un jeune homme avec l'ame d'un ange. Jusque-là tout est simple; et tu veux de l'étrange, Du miracle? Eh bien, soit. Peux-tu donc oublier Qu'il est Européen , Français et Templier ? Dieu ne l'a-t-il donc pas tiré de sa patrie Pour qu'i^vînj: te sauver au fond de la Syrie?

48o NATHAN LE SAGE.

Ne l'a-t-il point conduit sur les bords du Jourdain? N'a-t-il pas désarmé le bras de Saladin ? Quand vit-on devant Dieu s'abaisser plus d'obstacles? Quel miracle est plus grand, s'il vous faut des miracles? zoé.

Souvent, sous les palmiers, il s'offrait à nos yeux; Mais il a disparu.

NATHAN

Pour remonter aux cieux?

BRIGITE. y

Eh! laissez-lui son ange.

NATHAN

Eh! laisse-là ton zèle.

Viens, Zoé; par erreur ne deviens pas cruelle. Écoute : si cet ange à qui tu dois tes jours , Était abandonné, malade, sans secours?

ZOÉ

Malade ! lui ! mon sang s'est glacé dans mes veines.

NATHAN

Les veilles , les besoins , le poids secret des peines , La chaleur du climat, tout l'aura consumé. Au ciel de l'Occident il est accoutumé : Sur la terre étendu, sans un ami...

ZOÉ

Mou père !

NATHAN

Sans or pour acheter l'amitié mercenaire, Il ne possède rien dans son état cruel ,

ACTE I, SCÈNE IL 481 Rien que sa conscience et les regards du Ciel, zoi.

Que je sauve à mon tour celui qui m'a sauvée.

îflTHAN.

Àh ! d'un si noir tableau ton arae est soulevée ! Ton bienfaiteur souffrir! non, Zoé, non, jamais, Si tu sens le besoin de payer ses bienfaits; C'est Dieu qui les inspire et qui les récompense.

ZOÉ

Oui, consolez mon cœur, soyez ma providence.

Déjà l'événement répond à votre espoir;

Cet appui, ce sauveur, je viens de le revoir;

C'est lui; tenez, c'est lui, debout sur la colline,

Les regards étendus sur la plaine voisine.

Un palmier me le cache. Àh! s'il tournait les yeux!

C'est que je pense à lui ; mais lui !

BRI GITE

Vraiment, tant mieux.

Car, s'il nous aperçoit, il va prendre la fuite. zoé.

Il descend.

NATHAN

Viens, rentrons. Va le trouver, Brigite; A ce brave jeune homme annonce mon retour. Va, dis-lui que Nathan veut le voir en ce jour; Dis-lui bien de presser l'heure douce et prospère Où nous lui rendrons grâce , où la fille et le père

Œuvres posthumes. I. 3 1

48a NATHAN LE SAGE.

Jouiront du bonheur de tomber à ses pieds.

( Ils sortent.)

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