ACTE II, SCÈNE IL
Des deux parts nulle preuve et constante et réelle.
Tradition partout qu'on croit partout fidèle.
(Ce qu'à l'historien nous ajoutons de foi
Est pour nous certitude , et devient notre loi.
Mes parens n'ont pas cru ce qu'ont cru tes ancêtres.
Faut-il, pour nos rabbins, abandonner tes prêtres?
Ou bien dois-je abjurer la foi de mes aïeux,
Parce que les sultans n'ont point pensé comme eux?
On peut persécuter, mais non forcer à croire.
Le cœur est toujours libre.
SALADIN
Achève ton histoire.
NATHAN
Chacun des trois, nommant ses frères imposteurs, Jurait de les punir, d'employer des vengeurs, Poignard-, flamme, poison , tout ce qui peut détruire ; Car il est plus aisé d'égorger que dUktruire.
SALADIPT, après un silence.
Mais le juge?
NATHAN
Le juge! il leur dit : « Écoutez; Ici, devant mes yeux i si vous ne présentez Ce père, seul arbitre et témoin nécessaire, Je ne puis débrouiller ce pénible mystère. Pensez- vous que la bague à l'instant va parler? Mais que dis-je? un seul fait peut tout me révéler: . La bague paternelle est facile à connaître , Par le sublime don de faire aimer son maître ; %
OEuvres Posthumes. I.
Vous en convenez tous. Reste donc à savoir Quelle bague a reçu ce merveilleux pouvoir; Quel frère dans vos cœurs obtient la préférence. Vous n'en aimez aucun ; j'entends votre silence; De vos seuls intérêts je vous vois occupés ; Vous êtes donc tous trois et trompeurs et trompés. Par trois bagues en vain vous étonnez ma vue ; La bague primitive est sans doute perdue : Alors, voulant cacher la perte à ses enfans, Le bon père aura fait tailler trois diamans. »
SALADIN
Bien, fort bien, à merveille.
NATHAN
« Ayez plus de prudence:
Recevez mon avis et non pas ma sentence. Du sang qui vous unit respectez mieux les droits. Une bague est éihue à chacun de vous trois; Chacun de vous la tient d'un père respectable. Croyez tous trois avoir la bague véritable. Se peut-il qu'un vieillard qui vous a tous chéris Ait, en faveur d'un seul, deshérité deux fils? D'un brillant exclusif, par un choix sacrilège, A-t-il voulu fonder l'éternel privilège ? Imitez envers vous son tendre attachement; Aimez -vous comme il fit, tous trois également, Et prouvez cet amour par votre bienfaisance. Consolez la douleur; secourez l'indigence, Dans son asile obscur cherchez l'adversité ,