ACTE II, SCÈNE II
Et de votre manleau couvrez sa nudité.
Quand des trois diamans la céleste puissance Aura de père en fils versé son influence, Un juge plus habile, après mille et mille ans, Devant ce tribunal citera vos enfan^. » Ainsi parla le juge équitable et modeste.
SALADIN
Sage ! ils t'ont bien nommé, chaque mot me l'atteste.
Si le sultan croyait pouvoir juger enfin? Si ce mortel promis se trouvait Saladin ?
SALADIN
Moi , grand Dieu! moi , Nathan ? les mille et mille années
De bien long-temps encor ne seront terminées.
Saladin n'aura pas l'audace de juger:
Et sur le tribunal Un autre doit sié^r.
Cet utile entretien m'a plu, je le confesse;
Je goûte ton esprit; j'estime ta sagesse.
Que de gens, par la haine et l'orgueil séparés,
Vivraient fort bons amis , s'ils s'étaient rencontrés !
Sans croire à ton messie , à sa terre promise,
Puisque ton cœur est bon , je suis de ton église.
NATHAN
Sans être convaincu que l'ange Gabriel Ait apporté jadis une plume du ciel, Sans compter avec toi par les #ns de l'hégire, Je révère ton ame, et bénis ton empire.
5oo NATHAN LE SAGE.
SALADIN
Nathan , sois mon ami. Viens , donne-moi ta main.
NATHAN
Oui , j'aimerai toujours l'ami du genre humain.
Je. ne m'étonne plus si, depuis son enfance, Tu n'as pas à ta fille enseigné de croyance.
NATHAN
Un autre dans la suite exercera ces droits.
SALADIN
Qui?
NATHAN
Peut-être un époux.
SALADIN
A-t-elle fait un choix?
NATHAN
En faveur d'un chrétien je là crois décidée.
SALADIN
D'un chrétien, me dis-tu? d'où lui vient cette idée?
NATHAN
Va, ce jeune chrétien ne t'est point odieux : C'est celui qui trouva grâce devant tes yeux ; La grâce a rejailli sur moi , sur ma famille : Tu conservas ses jours ; il a sauvé ma fille.
SALADIN
Lui!
NATHAN
Dans un incendie.