‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentéesChapitre 298 sur 318 · ACTE II, SCÈNE III. 5o5 Mais le Ciel vous donna cette douce éloquence · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III. 5o5 Mais le Ciel vous donna cette douce éloquence

NATHAN

Il mit dans votre cœur la sensibilité; Et, si Brigite en vain vous a sollicité, La vertu la plus pure a fait votre rudesse ; Vous avez craint ma fille et sa tendre jeunesse, L'éloignement d'un père et jusqu'à vos bienfaits.

MONTFORT

Ainsi devrait penser un chevalier français.

NATHAN

Un chevalier français, et non pas tous les hommes? Ah! la bonté du cœur nous fait ce que nous sommes. Il est des gens de bien sous différens climats; Pourriez- vous en. douter?

MONTFORT

Non, je n'en doute pas; Mais les signes divers marqués par la nature Les distinguent entr'eux.

NATHAN

La couleur, la figure?

MONTFORT

Il est certains pays dont le sol généreux En grands hommes fertile...

NATHAN

En sont-ils plus heureux?

Songez donc qu'au grand homme il faut beaucoup de place. Des cèdres rassemblés dans un petit espace Se nuisent l'un à l'autre et gênent leurs rameaux.

5o6 NATHAN LE SAGE.

Les grands hommes souvent furent de grands fléaux: Mais, quant aux gens de bien, la nature féconde, Pour s'aider, pour s'unir, les sema dans le monde. Ah! l'orgueil est à plaindre; il ne sait point aimer. Dans l'homme son égal l'homme doit s'estimer. Voyez au mont Thabor si la branche hautaine Qui s'élève et grandit sur la cime du chêne Pour la branche d'en bas affecte des mépris : Nés sous un même ciel, d'un même suc nourris, Le tronc et les rameaux sont enfans de la terre.

MOWTFORT.

Mais quel peuple, Nathan, sanctifia la guerre? Quel peuple le preniier, dans son orgueil cruel, Se nomma peuple élu , peuple chéri du ciel ; Et toujours asservi , mais dominant ses maîtres , Voulut leur imposer le dieu de ses ancêtres ? C'est le juif qui, trompant musulman et chrétien, Osa dire avant eux : Le seul Dieu, c'est le mien. J'ai droit de mépriser ce peuple et sa croyance. Au pied de ses autels naquit l'intolérance. Ainsi, par les humains les humains sont proscrits; Par le glaive sanglant les dogmes sont écrits; Au nom du meilleur Dieu, l'Occident sacriîS^ Vint des temples chrétiens venger le privilège. Ici même, aujourd'hui, c'est pour le meilleur Dieu... Moi je suis templier; vous êtes juif; adieu. Je vous laisse : oubliez ce que je viens de dire.

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