‹ Œuvres posthumes, revues, corrigées et augmentéesChapitre 36 sur 318 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Astyage a l'empire , et Cyrus en dispose.

Mais j'aurai des appuis, peut-être des vengeurs.

MANDANL

Et vous ne craignez pqint d'avouer vos fureurs! Armer contre ses jours une main meurtrière ! Vous! Laissez-vous fléchir; rendez-vous: la prière, La prière tremblante est la fille des Dieux. Dédaigne-t-on ses pleurs , ses cris vont jusqu'aux cieux; Elle y monte plaintive, et redescend terrible, Apportant sur ses pas, au mortel inflexible, Quelquefois la vengeance, et toujours le remord, Qui rend la vie affreuse, et prolonge la mort. Il siège sur le trône auprès de sa victime. Ah! chassez loin de vous ce compagnôn du crime, Ou bien laissez-moi fuir un horrible séjour: Ne me contraignez plus d'entendre chaque jour Mon père, de mon fils prononcer la sentence. Le crime de Cyrus est dans son existence: Il me la doit ; lui seul est cependant puni ; Ma patrie est aux lieux où Cyrus est banni. Que fais-je auprès de vous, quand vous n'êtes plus père? Moi, j'ai toujours un fils; moi, je suis toujours mère. J'irai , j'irai , seigneur, l'arracher au trépas, Reconnaître le sol qu'auront touché ses pas ; Suivant, pour le trouver, la trace de ses larmes, De vos soldats vainqueurs j'affronterai les armes ; Des Scythes révoltés j'irai chercher les traits; J'irai fléchir pour, lui les monstres des forêts.

Ah! dans ces noirs déserts, si la faim dévorante Nous atteint lentement d'une mort déchirante, En expirant du moins nous serons réunis; Il connaîtra sa mère, et j aurai vu mon fils; Je pourrai rappeler de oe nom cher et tendre, Et, lorsque les humains cesseront de m'en tendre, Des Dieux, par un regard, solliciter l'appui, Le serrer dans mes bras , et mourir avant lui.

ASTYAGE

Je voudrais de Cy rua vous accorder la grâce;

Votre douleur m'émeut, et non votre menace.

Contre un ambitieux j'assure mes Etats;

Je le dois : les remords ne m'en puniront pas.

Memnon paraît. Adieu. Que sa voix vous console ;

Qu'il vous berce à loisir d'un oracle frivole.

Mais s'il pense, abusant de nos solennités,

Enflammer des esprits déjà trop agités;

Par de rebelles vœux s'il ose encor me nuire,

Bientôt, en vous quittant, je veux bien l'en instruire,

Bientôt j'irai frapper, jusque sur son autel ,

Un pontife imposteur, qui ment au nom du ciel.

(flsort.)

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