ACTE III, SCÈNE III. i3i
ELISABETH
Il est parti.
CARLOS
Lisons : Indépendance.
Les membres des Etats...
Elisabeth.
O ciel! quelle imprudence!
CARLOS
Bruxelle! Anvers! Namur! Tout un peuple indigné! Horo et d'Egmont, Nassau; Nassau même a signé! Pour publier cet acte on m'attend à Bruxelle ! D'Egmont m'avait dit vrai, la noblesse m'appelle. Le Brabant soulevé me réclame à grands cris. Proscrit moi-même, allons m'unir à des proscrits. Le duc est mon fléau ; le Roi n'est plus mon père : L'Espagne, grâce à lui, îpe devient étrangère. Loin du duc... loin du Roi... loin de l'Espagne...
ELISABETH
Infant!
CARLOS
L'infant n'est plus. Lisez : je suis duc de Brabant Elisabeth.
Quels périls !
Que de gloire!
ELISABETH
Elle est mal assurée.
CARLOS
Cet acte , monument d'une cause sacrée,
i3a PHILIPPE IL
Restera sur mon cœur. Vous sortez?
ELISABETH
Je le dois.
CARLOS
Restez.
ELISABETH
C'est à l'infant que s'adressait ma voix.
CARLOS
Eh bien, parlez.
ELISABETH
L'infant peut-il encor m'entendre?
CARLOS
Oui.
Songez à Philippe.
CARLOS
Il n'a rien à prétendre.
ELISABETH
Votre père !
CARLOS
Avant d'être un père sans pitié , Il fat un fils ingrat : l'avez-vous oublié ? Rassasié du trône, au fond d'un monastère, Charles-Quint recueillit sa grandeur solitaire. Quand Philippe étalait la pompe et la terreur, Tout manquait, hors la gloire, à ce grand empereur. A mes regards encor son image est présente : Enfant, je visitai sa retraite imposante, Ce temple où, tous les jours, le héros prosterné
ACTE III, SCÈNE III. i33 Courbait avec grandeur son front découronné; Ce cloître où quarante ans de gloire et de puissance Devant l'éternité s'effaçaient en silence; Cette cellule, obscur et vénérable lieu, Où semblait se cacher la majesté d'un Dieu. Il me tendit les bras, me prédit la victoire; Mes regards dans les siens parcouraient son histoire : Je vivais de son nom, lui de mon avenir: Que nous étions heureux de nous appartenir! Mais un nœud plus étroit nous était nécessaire: H lui fallait un fils , j'avais besoin d'un père. L'un vers l'autre élancés, l'un par l'autre attendris, Je l'appelai mon père, il me nomma son fils. Sa voix, ses mains tremblaient; sa grande âme agitée De mes destins futurs paraissait tourmentée. Il prononçait Philippe , et me baignait de pleurs. Philippe ! ce nom seul disait tous mes malheurs.
ELISABETH
Eh quoi! si jeune encor, de funestes présages Venaient troubler... Ah! prince, éloignez ces images; Mais surtout bannissez d'ambitieux projets.
CARLOS
Ainsi <fue sa famille il traite ses sujets. ' Philippe a mis au rang des droits de sa couronne De rendre infortuné tout ce qui l'environne.
ELISABETH
Respectéz-*moi.
î34 PHILIPPE IL
CARLOS
Ces droits d'un -despote jaloux, Ne les a-t-il jamais étendus jusqu'à vous ?
ELISABETH
Jusqu'à moi!
CARLOS
Vainement vous voulez vous contraindre
ELISABETH
Quand jene me plains pas , pourquoi m'osez-vous plaindi Prince? et qui vous a dit que j'accusais mon sort?
CARLOS
Qui me l'a dit? grand Dieu! tout, jusques à l'effort Que fait pour le cacher votre vertu sublime; Tout; ce calme touchant, cet esprit magnanime Dont l'éclat doux et pur semble un rayon des.cieux Ce voile de langueur étendu sur vos yeux; Dans vos traits adorés ces traces indiscrètes, Infaillibles garans de vos larmes secrètes; Ce cœur qui m'apportait, qui me devait sa foi, Et qui, j'ose le croire, était formé pour moi.
Je vois avec douleur que votre âme enivrée Se nourrit du poison dont elle est déchirée. Vous aimez vos tourmens et vous les prolongez : Si vous vouliez, Carlos, ils seraient soulagés: A vos brillans destins la carrière est ouverte ; . Tout un peuple est victime; on conspire sa perte; Il n'espère qu'en vous ; vous lui tendez les brfts :