DE L'ÉDITEUR
cours de littérature La Harpe, beaucoup plus partial que Chénier.
Il est à regretter que la Bataviade n'ait point été achevée : ce serait un poème épique de plus dans notre littérature, mais un poème épique du troisième ordre. Il est frappé du même défaut que la Henriade, à laquelle on ne doit point le comparer; et, en effet, de même que Voltaire ', Ghénier a trop dédaigné l'emploi du merveilleux, et encore plus respecté la vérité historique, qui nécessairement rend glaciale toute composition épique. L épopée ne se soutient que par les fictions. Cest la principale raison pour laquelle la Pharsale est si prodigieusement loin de l'Enéide. Du reste, il y a de beaux morceaux dans la Bataviade; et, en la lisant, on sent qu'elle ne peut être que l'œuvre d'un esprit supérieur.
L'Essai sur les principes des Arts est un des bons poèmes de Chénier : il atteste ses grandes connaissances en littérature, son goût exquis et son talent éminemment classique.
Son Discours sur F intérêt personnel n'eût pas été désavoué par Voltaire : on y reconnaît la touche d'un dis» ciple de ce grand homme; et il abonde en idées philosophiques, profondes, . en réflexions ingénieuses, en pensées fortes.
Sa traduction de Y Art poétique d'Horace est un modèle d'élégance et de simplicité de style. Il a rendu le poète latin avec fidélité, précision et énergie. La versification en est harmonieuse et facile. En général , Chénier est un de nos littérateurs qui ont le mieux entendu la facture du vers dans presque tous les rhythmes; et , malgré
4 AVERTISSEMENT
l'arrogance avec laquelle en parlent aujourd'hui beaucoup de petits écrivains qui ne l'atteindront jamais, Chénier brillera toujours au premier rang parmi nos poêles modernes.
Au surplus, nous ne prétendons point ici le défendre contre les attaques auxquelles il a pu être en butte depuis qu'il n'est plus. Elles ne sont pas dangereuses , et l'opinion en a déjà fait justice. Le nombre des ennemis de Chénier a considérablement diminué ; et l'Envie, qui a bien assez d'occupation ailleurs , a renoncé à se tenir près de sa tombe.
Patcitur in vivis liyor : post fata quîescit.
OVIDX.
Pour nous , qui n'avons rien négligé de tout ce qui peut honorer et perpétuer sa mémoire, nous avons recueilli religieusement les moindres productions 'littéraires sorties de sa plume. Les lecteurs en trouveront dans notre édition beaucoup qui sont inédites. Celles de ses poésies qui avaient été imprimées dans l'étranger, ou publiées par MM. Maradan , Baudouin et Foulon , à Paris , se trouvent ici avec des corrections et des changemens inconnus à ces éditeurs , et en outre oollationnées , d'après un texte plus pur, sur les manuscrits rectifiés de la main de Chénier lui-même.