‹ Œuvres précédées d'une noticeChapitre 111 sur 117 · ODE XLIII. — LA CIGALE · texte numérisé non relu

ODE XLIII. — LA CIGALE

On contestera sans doute à la cigale cette nature presque divine que Tantiquité se plaisait à lui attribuer; mais personne ne pourra contester à son panégyriste le charme qu'il a su répandre sur ces idées fabuleuses, charme toujours affaibli , même dans une traduction fidèle.

Quel heureux et brillant destin,

Cigale aimable , est ton partage !

Sous le dôme d'un vert feuillage.

Tu bois les parfums du matin,

Et ta voix charme le bocage.

Pour toi les trésors des saisons

A Tenvi s'emoressent d'éclore :

Le laboureui t'aime et t'honore,

Car tu respectes ses moissons.

Ton aspect réjouit la vue :

Il chasse les sombres autans ;

La messagère du printemps

En tous lieux est la bienvenue.

Chère à Phébus, chère aux Neuf S^œurs,

De leur divine mélodie

Us t'enseignèrent les douceurs.

Jamais la triste maladie,

Jamais la vieillesse engourdie,

N'oseront approcher de toi ;

Prudente élève de Cybèle,

Dans une jeunesse immortelle Des ans tu sais braver la loi.

Ton corps léger, noble cigale, Semble n'appartenir qu'aux cieux :

Que s'en faut-il, fille des dieux, Que des dieux tu ne sois l'égale ?

Page 1