LA RELIGIEUSE
rdeau, en reproduisant avec tant de charme la belle d'Héloîse à Âbeilard, a cru devoir s'interdire quelques IX admirables dans Pope, ceux, peut-être, où domine \ la couleur du sujet. J'ai osé m'emparer de ce qu'il a ï de recueillir.
lut est calmé... tout dort... et le repos me fuit!
voix de ma douleur s'élève dans la nuit, jlas ! durant le jour, Taustère pénitence ma bouche plaintive impose un long silence:
ulement, aux accords de l'orgue gémissant,
mêle cjuçlquefois un lamentable accent ; lis ma prière est faible et n'est pas entendue, ins l'abîme du cloître à jamais descendue, li supplié le ciel d'abréger, mes instants :
eux superflus ! mon sort est de gémir longtemps.
à, par qui j*ai juré l'entier oubli du monde, »ile saint, qui, témoin de ma peine profonde, iveloppes mon front pâle et d'ennuis charge, { funèbre linceul quand seras-tu changé ?
ïureuse mille fois celle dont la pensée
Au delà de ces murs ne s* est point élancée!
Sa prière fervente arrive jusqu'aux cieux :
Son sein ne nourrit point ce feu séditieux Dont l'invisible ardeur lentement me consume, Et ses pleurs pénitents coulent sans amertume. Des songes doux et purs enchantent son sommeil L'ange de la vertu sourit à son réveil...
Et moi, je gémis seule au milieu des ténèbres. Et la triste insomnie, ou des songes funèbres, M'assiégeant tour à tour, se disputent mes nuits. Rêves consolateurs, qu'implorent. mes ennuis, Rendez-moi mon amant... Mais quel espoir m'égar Jusque dans ses faveurs le sommeil est barbare : S'il touche un seul instant mes yeux appesantis, Il me semble nous voir, pâles, anéantis,,; Gravir péniblement de lugubres décombres Où les mornes cyprès épaississent les ombres, Dans la profonde nuit, silencieux, errer; Traverser des forêts, des déserts... et pleurer. Ton image poursuit mon âme épouvantée :
Au sommet d'une tour sauvage, inhabitée, Dont le front sourcilleux commande aux vastes me Tu m'apparais; ta voix retentit dans les airs; J'écoute : l'éclair luit, le vent nocturne gronde, Et la nue orageuse au loin s'étend sur l'onde. Je frissonne, je veux m'élancer, à tes cris.
Vers la tour dont les flots heurtent les noirs débr Vains efforts! un rempart entre nous deux s'élève. Je m'éveille, et soudain s'évanouit mon rêve; Alors je me retrouve en un morne réduit.
Seule avec la douleur, le silence et la nuit.
Oh ! qui me les rendra ces temps si pleins de charmes, Où mes jours innocents coulaient exempts d'alarmes! Vertu céleste! oubli des profanes désirs!
Espoir, fécond espoir, source des vrais plaisirs, Espoir, par qui mon âme à ses liens ravis, Pressent les voluptés de Téternelle vie !
Descendez dans mon cœur, hôtes sacrés et doux I Sur un cercueil glacé, que pressent mes genoux. Je vous attends. — Quel bruit perce la voûte obscure? Est-ce le vent du soir qui sourdement murmure ? ' — C'est la voix du tombeau. Voix terrible I salut. De ma reconnaissance accepte le tribut.
De quel gouffre de maux ton signal me délivre! Voix terrible! salut. Je suis prête à te suivre. Habitants fortunés du céleste séjour, Prenez vos harpes d'or, chantez l'hymne d'amour; Accourez tous, venez m'ombrager de vos ailes; Balancez sur mon front vos palmes immortelles! Et toi, toi que mon cœur n'a cessé d'adorer, Que je te voie encore avant que d'expirer; Viens, par un long adieu, triste et dernier hommage. De la vie au trépas m'adoucir le passage.
Touche ma faible main; prends ce souffle... et reçois Ma vie et mon amour exhalés à la fois.
mort, puissante mort! quelle est ton éloquence! Quelles hautes leçons profère ton silence !
Homme, regarde : un corps livide, inanimé, Une cendre !... et voilà cet objet tant aimé! faiblesse ! ô néant des passions humaines ! Un jour tu me suivras aux ténébreux domaines;
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Puisse un môme cercueil alors nous recevoir ! Peut-être deux amants, égarés quelque soir.
Aux douteuses clartés de l'astre solitaire, S'arrêteront, saisis d'un trouble involontaire. Penchés sur le tombeau, les bras entrelacés.
Ils liront nos revers sur la pierre tancés :
« Ils aimaient comme nous, diront-ils, et peut-être a De la terre comme eux nous allons disparaître... »
Toi-même, saint ministre, à l'instant oti tes mains Offrent le sacrifice au maître des humains.
Si l'un de tes regards tombe sur cette pierre Qui bientôt couvrira notre froide poussière , Ton cœur sera du ciel un moment détourné, Et ce trouble pieux te sera pardonné.
Ahl si dans l'univers quelque enfant de la lyre
A connu de l'amour l'impérieux délire ,
Si d'un chagrin profond son sein fut dévoré,
Si d'un objet chéri la mort Ta séparé,
Lui seul à nous chanter aura droit de prétendre :
Il saura, d'une voix mélancolique et tendre.
Consacrer nos malheurs par un long souvenir.
Et son vers douloureux vivra dans l'avenir.