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LIVRE SECOND

Le nom du suppliant, son âge et sa misère.

De Lycus, qui déjà s'arme d'un front sévère,

E s'approche, et, fidèle au signe accoutumé,

Baise humblement les bords du manteau parfumé :

« Lycus! l'homme heureux, tel qu'un dieu sur la terre,

Des biens de l'indigence est le dépositaire;

Un favorable sort m'amène vers ces lieux :

L'étranger, tu le sais, vient de la part des dieux;

Ne me dédaigne pas. La Prière, éplorée.

Du puissant Jupiter est la fille sacrée.

Ne me dédaigne pas, Lycus; mon seul trésor,

Cette lyre envers toi peut m'acquitter encor.

J'ai visité du Nil les campagnes fécondes ;

J'ai traversé la mer et parcouru les ondes :

Les peuples m'entouraient ; et les trjépieds dorés

Furent souvent le prix de mes vers inspirés.

£n écoutant mes vers, la docte Méonie

Croyait d'Apollon môme entendre l'harmonie;

Et les vieillards charmés se levaient devant moi.

J'ai chanté pour les dieux, je chanterai pour toi.

Puisse ma voix monter à la voûte étoilée!

Puisse de Jupiter la faveur signalée

De jours délicieux composer tes destins !

Que l'ambre le plus pur s'exhale à tes festins ;

Que les Plaisirs, fixés dans tes belles demeures,

Précipitent pour toi les pas légers des Heures;

Que le char des moissons fatigue tes taureaux;

De tes saules nombreux que les souples rameaux

Ne sufiSsent qu'à peine à tresser les corbeilles

Qui rompent sous le poids des vendanges vermeilles!

Et moi, je reviendrai sous ces toits éclatants,

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02 ÉLÊOIBS.

Aînsi que Thirondelle au souffle du printemps, Saluer de nouveau tes sonores portiques, (

Et consacrer un hymne à tes dieux domestiques. »

« — Étranger, dit Lycus, porte ailleurs tes accords : Fais entendre ton hymne au sombre dieu des morts; Il t'attend. Aussi bien ta plainte m'importune; J'eus toujours en horreur l'aspect de l'infortune. » Triste, le cœur navré, le sublime vieillard Au ciel qu'il ne voit plus lève encor son regard ; n sort; mais près du seuil un instant il s'arrête : « Que mes maux, à Lycus ! retombent sur ta tête I Puissent les immortels, justement irrités.

Borner enfm le cours de tes prospérités I Puisse ta dernière heure amener à ta porte D'héritiers à l'œil sec une avide cohorte Qui , dévorant tes biens, semble te reprocher L'obole que la mort paye au fatal nocher 1 Toi, ville sans pitié, sourde aux chants du poëte, Que pour tes murs ingrats la lyre soit muette! Et qu'elle-même un jour la sévère Junon Abandonne à l'oubli ta poussière sans nom 1 » Aussitôt de l'enfant la main compatissante Le guida vers les bords de la mer blanchissante ; Et, sur la grève assis, le vieillard en ces mots Chanta son dernier chant, au bruit mourant des flots : a fleuve paternel I beau Mélès ! doux rivage Où Crithéis, ma mère, éleva mon jeune âge.

Quand Jupiter encor permettait à mes yeux De voir les traits de ThommB et la clarté des cieux! Fiais vallons I bois sacrés! verdoyantes prairies 1

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