‹ Œuvres précédées d'une noticeChapitre 45 sur 117 · L'ARABE AU TOMBEAU DE SON COURSIER · texte numérisé non relu

L'ARABE AU TOMBEAU DE SON COURSIER

Ce noble ami, plus léger que les vents, n dort couché sous les sables mouvants.

voyageur I partage ma tristesse ; Môle tes cris à mes cris superflus.

H est tombé le roi de la vitesse !

L*air des combats ne le réveille plus, n est tombé dans Téclat de sa course .

Le trait fatal a tremblé sur son flanc; Et les flots noirs de son généreux sang Ont altéré le cristal de la source.

Ce noble iami , plus léger que les vents, n dort couché sous les sables mouvants.

Du meurtrier j'ai puni l'insolence ; Sa tète horrible aussitôt a roulé :

J'ai de son sang abreuvé cette lance, Et sous mes pieds je Tai longtemps foulé.

Puis , contemplant mon coursier sans haleine. Morne et pensif, je rappelai trois fois ; En vain, hélas!... il fut sourd à ma voix; Et j'élevai sa tombe dans la plaine.

Ce noble ami, plus léger que les vents, n dort couché sous les sables mouvants.

114 CHANTS ÉLÉGIAQUBS.

Depuis ce jour, tourment de ma mémoire, Nul doux soleil sur ma tète n'a lui :

Mort au plaisir, insensible à la gloire, Dans le désert je traîne un long ennui.

Cette Arabie, autrefois tant aimée.

N'est plus pour moi qu'un immense tombeau; On me voit fuir le sentier du chameau, L'arbre d'encens et la plaine embaumée.

Ce noble ami, plus léger que les vents, n dort couché sous les sables mouvants.

Quand du midi le rayon nous dévore.

Il me guidait vers l'arbre hospitalier ; A mes côtés il combattait le More, Et sa poitrine était mon bouclier.

De mes travaux compagnon intrépide !

Fier, et debout dès le réveil du jour.

Au rendez-vous et de guerre et d'amour Tu m'emportais comme l'éclair rapide.

Mais, noble ami, plus léger que les vents, Tu dors couché sous les sables mouvants.

Tu vis souvent cette jeune Azéide, Trésor d'ambur, miracle de beauté ; Tu fus vanté de sa bouche perfide ; Ton cou nerveux de sa main fut flatté.

Moins douce était la timide gazelle ; Des verts palmiers elle avait la fraîcheur...

Un beau Persan me déroba son cœur; Elle partit!... tu me restas fidèle.

Mais, noble ami, plus léger que les vents, Tu dors couché sous les sables mouvants.

NOTE

On connaît rattachement des ^^*abes pour leurs chevaux^ et les services que leur rendent ces sobres et rapides compagnons d'une vie errante et belliqueuse.

C'est le cheval arabe qui est représenté dans ce passage sublime du livre de Job t

Numquid prœbebis equo fortitudinem , aut circumdabis collo ejw hinnitum?

Numquid suscitatis eum qua^ locustas? Gloria narium ^us terror,

Terram ungula fodit ^ exultât uudacter * in occursum pergit armatis,

Contemnit pàvorem, nec cedit gladia.

Super ipsum sonabit pharetrcL, vibrabit hasta et clypeus*

Fervens et f remens , sorbet terram, nec reputat tubœ sonare clangorem,

Ubi audierit buccinam, didt vàhî Procul odoraturbellum, exhortatûmem ducum et ululatum exercitus.

Dans la tragédie ôiAbufar, où le respectable Ducis a si bien peint les mœurs du désert, Pharan parle ainsi de son coursier iidèle :

J'ai nourri de ma main ce coursier généreux Qui devance les vents, on qui vole avec eax; Que pour l'Arabe exprès la Nature a fait naître; L'ami, le compagnon, la gloire de son maître, En tout temps, en tout lieu loi prêtant son appui; Qui couche sons sa tente et combat avec lui.

Page 1