‹ Œuvres précédées d'une noticeChapitre 46 sur 117 · LE MANCENILLIER · texte numérisé non relu

LE MANCENILLIER

a Qu'il serait doux le baiser de ta bouche, Zarinal... Je t*aime, et je suis roi. »

Ainsi parlait le chef au cœur farouche A Zarina qui pâlissait d'effroi.

« — Fier Nélusko ! Zarina te révère; Mais Zéphaldi lui seul est tout pour moi. »

Jetiint sur elle un regard de colère , Il répéta : « Je t'aime, et je suis roi. »

Puis affectant un visage tranquille :

« Zarinal ce soir je t'a tendrai

Dans le bocage, au couchant de notre lie. »

Et Zarina répondit : « J'y serai. »

Il s'éloigna. L'jnsulaire tremblante Alla s'asseoir sous le mancenillier, Et commença, d'une voix faible et lente, Ce chant lugubre, et qui fut le dernier:

ff Viens, Nélusko I La feuille balancée <r Frémit au loin sous les vents en courroux.

* Le mancenillier, arbre des Antilles, faisait, dit-oa, passer da sommeil à la mort quiconque reposait sous son ombre. On ajoute , Je ne sais sur quel témoignage , que ce genre de mort était précédé de sensations délicieuses.

CHANTS BLÉQIAQUBS. 117

Ta nuit d*amour sera triste et glacée, « Et mon sommeil sera paisible et doux.

charme pur ! ô voluptés nouvelles î « Esprit de Tair, est-ce toi que j'entends ?

« Viens-tu déjà m*emporter sur tes ailes « Vers les bosquets de Tétemel printemps?

« Je t'ai gardé le baiser de ma bouche, Mon jeune ami ! viens te rejoindre à moi « Dans ce séjour où le maître farouche « Ne dira plus : Je t*aime, et je suis roi. »

Elle disait. Déjà sur sa paupière Le long sommeil descendait lentement ; Lorsqu'à grands pas, traversant la bruyère.

Soudain parut Zéphaldi, son amant.

Il la cherchait. terreur ! sous l'ombrage

A peine il vit sa belle Zarina,

Qu'il reconnut le funeste feuillage

Et que d'horreur tout son cœur frissonna.

n la saisit sous l'arbre solitaire, Et dans ses bras l'emportant plein d'effroi : « Zarina! Parle, qu'allais-tu faire?

— Me dérober aux poursuites d'un roi. »

Le lendemain la pierre accoutumée Avait reçu le serment nuptial; Et l'humble toit de la hutte enfumée Faisait envie au pavillon royal.

 leur passage en tumulte on s'élance:

Et Zéphaldi répétait en chemin :

' a J'ai la zagaie, et la flèche et la lance, Et tout rival périra de ma main. »

Le roi présent dévore la menace;

Son âme altière est contrainte à fléchir :

Tel un torrent frémit, écume et passe

Au pied d'un mont qu'il ne saurait franchir.

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