LES SCALDES
«f Périsse Alfred, s'il est vivant encore I « Et, rassemblés près du chêne brûlant, a Puissions-nous tous à la troisième aurore « Nous abreuver dans son crâne sanglant !
« Scaldes, chantez 1 Et toi, saisis le glaive, « Car de tes mains l'aigle peut s'échapper ; « Il est tombé : tremble, s'il se relève!.- « Plus redoutable, il viendra te frapper.
LES SGALDES.
« Périsse Alfred , s'il est vivant encore I « Et, rassemblés près du chêne brûlant, « Puissions-nous tous à la* troisième auroro a Nous abreuver dans son crâne sanglant ! »
Du chant de mort telle était l'harmonie; Et, poursuivant sa tranquille ironie,
233 ÂLFUIBD.
Au son du luth Alfred, le front serein, compagnait leur atroce refrain.
NOTES
n croyait voir, d'avance retracé, Ce monument de gloire et de sagesse, Savant gymnase, où l'ardente jeunesse Doit s'abreuver aux sources du passé.
tion de l'université d'Oxford et de sa bibliothèque.
J^a grands soumis, par leurs égaux jugés, Sont tour à tour et vengeurs et vengés; Bt, contenu par un pouvoir suprême.
Le peuple, fier de ses droits protégés , Trouve son juge au sein du peuple môme.
k la sagesse d'Alfred la belle institution du Jury, vinrent les lois d'Edouard. Ce fut lui qui, le prea pour Juges aux citoyens des citoyens du même nx, afin que les accusés n'eussent pas à craindre le ceux qu'ils pouvaient Juger à leur tour. Le gen- Stait cité devant douze de ses pairs, et le roturier e bourgeois, jsous la direction d'un gentilhomme.
« N'en doutez pas, c'est lui, c'est lui, mon père! J'ai de son luth reconnu la douceur.
C'était sa voix : cette voix toujours chère A retenti jusqu'au fond de mon cœur.
— Y songes-tu, ma fille? Quel prodige L'eût amené dans ce séjour d'effroi ?
— C'est lui, mon père! — Il maudissait son roi ; Le pourrait-il? Détrompe-toi, te dis-je. »
Dans une tour, sur le tertre voisin ,
Ainsi parlait à sa fille éperdue ^^*' Le vieux Saxon dont la mort suspendue.. - C'était Olgard, et l'amante d'Edvin.
Mais la nuit règne, et les autans mugissent; Au camp danois cependant retentissent Les jeux bruyants, les ris désordonnés, L'aigre dispute et les cris forcenés.
L'affreuse Orgie et la Débauche immonde, La coupe en main, circulent à la ronde.
Le frêne antique et les chênes altiers Sont dévorés par la, flamme éclatante , Fournaise immense, où des bœufs tout ent 3rs Tombe à grand bruit la masse palpitante.
yGooQle
le à peine a coloré leurs flancs, lambeaux leur chair est arrachée, mrs os dont la terre est jonchée festin roulent, noirs et brûlants, ïôtés les coupes étincellent ; ^tés les breuvages ruissellent ; Idats, près-dès foyers ardents, m chœur des refrains discordants.
î chefs assemblés sous sa tente, •e Ivar, de moment en moment, distrait verse et boit froidement omel et la bière écumante.
: Recner il songeait, et son œil ; le barde assis non loin du seuil :
;he, EdvinI parle-moi de mon père; à moi sa mémoire t'est chère , lui : remplis la coupe d'or, a pour la remplir encor I »
d'après, frémissant de colère, ve, et, déjà chancelant :
pe, EdvinI Bois au trépas sanglant trier qui m'a privé d'un frère, j, Ivarl... Le luth mélodieux point à la coupe d'ivresse ; austère a besoin de sagesse :
-bas, je boirai chez les dieux. »
nsif le front alors s'abaisse ; ix sombre il prononce ces mots :
Ubba, l'ami de ma jeunesse,
Qui partageais mes plaisirs et mes maux 1
Tu n'es plus là. Dans l'amère tristesse,
Le cœur d'Ivar lentement se flétrit;
Le plus doux miel sur mes lèvres s'aigrit. »
Et sa fureur tout à coup se ranime :
a Ouvre la tour, impétueux Rismar I
Amène-moi l'une et l'autre victime ;
Je veux les voir. — Que vas-tu faire, Ivar f
S'écrie Edvin. Songe à la foi jurée.
— Oui. Ma parole en tout temps fut sacrée :
Songe à la tienne, Edvin. — Rassure-toi.
A sa promesse Edvin sera fidèle.
Demain, aux feux de l'aurore nouvelle, Alfred ici doit paraître avec moi. »
Il dit. Rismar, sous la tente guerrière.
Au chef danois amène brusquement Le vieux captif, la jeune prisonnière...
Edvin recule. Un cri d'étonnement Va le trahir; mais la fille et le père, Déguisant mieux leur trouble et leur effroi , Gardent tous deux un visage sévère.
« Où t*ai-je vu, jeune barde? et pourquoi Celte surprise... — Hélas! pardonnez-moi, Noble vieillard, et vous, belle étrangère.
Un doux prestige avait trompé mon cœur ; J'ai cru revoir et mon père et ma sœur.
— Jusqu'à demain sous la prochaine tente Vous resterez, gardés par mes soldats.
Captifs! Demain, la vie ou le trépas.
Malheur à vous, s'il trahit mon attente!
— Malheur à moi Dlutôt!... reprend Edvin
Infortunés, comptez sur moi ; j'espère Qu'en vous ici je n'aurai pas en vain Revu ma sœur et retrouvé mon père.
' — Prends, dit Ivar, prends ton luth inspiré: Les fiers accords plaisent au Scandinave; Va, dans ce camp au tumulte livré, A mes guerriers chanter Thymne du brave ; Tu me réponds d'eux tous. — Sois sûr de moi.
Je te l'ai dit, Ivar, tu peux m'en croire :
Je sais un chant qui donne la victoire, Je sais un chant qui dissipe l'effroi. »
Soudain il part ; dans sa marche discrète Observant tout, les passages ouverts.
Les feux éteints, et les postes déserts.
Là, dérobant son approche secrète, 11 entrera par des chemins couverts ; Là, des Danois prévenant la retraite, Il leur destine ou la mort ou les fers.
Tout est prévu, tout est dans sa pensée, Et sa victoire est déjà commencée.
Prudent, il chante; et les Danois ravis Prêtent l'oreille à ces trompeurs avis :
ce Buvez, buvez, en attendant l'aurore 1 «c Qu'elle vous trouve au milieu des festins, a Buvez, buvez ! Le jour est loin encore, (( Et les brasiers ne se sont pas éteints.
K Chantez, chantez! Que votre voix sonore
« Frappe l'écho des rivages lointains.
« Chantez, chantez I Le jour est loin encore,
yGooQle
« Et les brasiers ne se sont pas éteints.
a Dormez, dormez! En attendant Taurore, « Rêvez la gloire et les futurs destins I a Dormez, dormez! Le jour est loin encore, c( Et les brasiers ne se sont pas éteints. »
Mais un Danois Tobservait en silence :
a Pourquoi ce luth? il sied mal à ta main, Barde; et mes yeux t^ont vu porter la lance. » Il dit , se lève ; Alfred suit son chemin.
a Ivar ! Ivar ! sais-tu qui tout à Theure
Dans notre camp chantait Fhymne au guerrier?
— Sans doute. Eh bien?— Ou qu'à l'instant je meure, Ou c'est d'Ubba le fatal meurtrier.
— De tes discours la raison est bannie.
Quoi! sous les coups d'un chanteur de Scanie, De qui la main n'a point touché le fer, Ubba, l'honneur de la Scandinavie,
Le fier Ubba, le fils du grand Recner, Aurait perdu sa généreuse vie!
Pour sa mémoire as-tu tant de mépris?
Trop de breuvage a troublé tes esprits :
Va sommeiller. — Je vis périr ton frère ; J'ai reconnu... — Cesse, ou crains ma colère I » Le Scandinave, à cet ordre soumis.
S'éloigne; Edvin , dans la nuit tenebreu.se, Passe au milieu des gardes endormis , Et librement poursuit sa marche heureuse Vers la forêt où veillent ses amis.
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Dévoa alors redoublait Ténergie De ses soldats autour de lui rangés.
Ce n'était point la turbulente orgie.
Les chants impurs et les cris prolongés De ces Danois dans Tivresse plongés ; Mais une troupe aux combats toujours prèle, Qui, repoussant les douceurs du sommeil, Debout se plaint de la nuit qui l'arrête, Et, tout armée, appelle le soleil.
Au vaste sein de la forêt obscure S'ouvre et s'étend un cirque sans mesure, Désert sauvage, et dont les pas humains Ont rarement fréquenté les chemins.
Inébranlable, un majestueux chêne.
Seul , se balance au milieu de la plaine.
En vain battu des tempêtes du Nord.
Tel un héros, seul avec son courage, Résiste seul aux efforts de l'orage.
Et sans plier soutient les coups du sort. -Sur ce rameau le grand Alfred lui-même, Partant, hélas! incertain du retour.
Vint tristement poser son diadème.
Et s'enfonça dans les bois d'alentour.
Dévon, au pied de l'arbre solitaire, A la clarté des flambeaux pétillants.
Avait conduit les chefs les plus vaillants.
Il leur disait : « Soutiens de l'Angleterre ! De vous dépend le destin de la guerre.
Jadis Alfred vous guidait aux exploits; Vengez Alfred, ou du moins sa mémoire.
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Et que son nom, gage de la victoire, Porte la mort dans Je camp du Danois!
Ces feux épars, cette nuit, ce silence, Ce chêne altier qui dans l'air se balance, Ces ornements suspendus sur nos fronts, Et qui d'Alfred rappellent les affronts^ Tout semble ici nous parler de vengeance.
Vengeons Alfred 1 Eh! que diriez-vous tous Si du tombeau sa grande ombre échappée.
Sous ce feuillage, aux lueurs de l'épée, Apparaissait pour combattre avec nous ? »
A cette image, au saint nom de leur maître, Tous répétaient : « Puisse-t-il apparaître !
— Braves amis ! Alfred est devant vous , »
Dit le Héros : et la troupe étonnée Tressaille et tombe à ses pieds prosternée, En s'écriant : « Mânes chers et proscrits I Dans la nuit sombre entendiez-vous nos cris?
— Alfred vous parle, et non son vain fantôme; Je suis vivant : sur les brigands du Nord J'aurai demain reconquis mon royaume.
Je suis vivant : le Danois seul est mort. »
Tandis qu'Alfred embrasse avec tendresse Le digne ami qui protégea son sort, Autour du chêne une foule s'empresse; Et, sous vingt bras courbé non sans effort, Un vert rameau de la tige robuste Au front royal rend la couronne auguste.
En même temps éclatent dans les airs Les glaives nus, les enseignes dorées;
loucliers, les lances acérées ïonfondu leur briyt et leurs éclairs, ris joyeux et les chansons de gloiro te fête invitent la victoire; ^ viendra ; pour elle est déployé eux drapeau si longtemps oublié, les replis enferment l'épouvante.
B tissu respire un coursier blanc, l'œil en feu, la crinière mouvante, le la guerre et provoque le sang.
ert bientôt d'une armure nouvelle, •and Alfred a gardé toutefois >ble écharpe et Tlnstrument fidèle les accords se mêlaient à sa ^^ix :
ir ses pas Timpétueuse élite amp danois vole et se précipite.
Qt sa route il compte les moments :
eux bûcher, la hache suspendue, >lent présents à son âme éperdue, lignez-vous, tristes pressentiments!
sait-il; le lien des serments, sacré pour la Scandinavie , nt d'Ivar la fureur asservie ; lui-môme, à Faspect de la mort, îs captifs abandonnant le sort, )ngera qu'à défendre sa vie.
)n exil toi qui vins m'arracher, protecteur ! que ta bonté suprême le glaive, éteigne le bûcher!
îr sur eux, c'est veiller sur moi-même...
Mais SOUS sa tente Ivar préoccupé D'un trouble extrême est tout à coup frappé : « Le jeune barde est lent à reparaître !
S'il m'abusait!... Si le guerrier danois.».
Cet inconnu ne serait-il qu'un traître?...
Et ces captifs qu'il semblait reconnaître?
Et son maintien, et ses yeux, et sa voix?...
Serait-il vrai qu'en un perfide piège?...
Éclaircissons le doute qui m'assiège. »
Et s'élançant vers les deux prisonniers :
a Répondez-moi ; parlez sans imposture , Et prévenez reffi*oyable torture Qui vous attend sur les ardents brasiers I
— La vérité sur mes lèvres réside, Répond Olgard; je la dis sans trembler.
Un seul instant j'ai pu dissimuler,
Et j'en rougis. — Tu connais le perfide Qui dans ces lieux est venu sur tes pas?
Dis. — A ce nom je ne le connais pas.
— Ce jeune barde, est-ce Edvin qu'il s'appelle?
— Oui. — D'où vient-il? — De mon humble séjour* Hier pour lui , dès le lever du jour.
Nous cheminions vers l'antique chapelle; Au bord lointain, pour lui notre ferveur Allait du ciel implorer la faveur.
Quand un ramas de brigands Scandinaves Vint nous surprendre et nous fit tes esclaves.
— Et cet Edvin, quand doit-il revenir?
— Demain , cruel , armé pour te punir.
— Qu'oses-tu dire, étranger téméraire?
Quoi ! ce chanteur... — 11 a tué ton frère,
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lOrls il va vous réunir. »
a rage le consume :
dats! que le bûcher s'allume; mt ces captifs abhorrés eux expirent dévorés !
p parcourez l'étendue ; ; soit saisi!... Malheureux, ens, et la mort qui t'est due n désespoir affreux. »
•lait, un bruit confus s'élève; ombre étinceler le glaive, ont, et crie à ses soldats :
i; mais frémisse le traître!
3tifs ne vous éloignez pas ; )\ez les feux ; bientôt peut-être jouir de leur trépas. »
'éjà, sur son passage, M)r ses Danois réveillés j avec des cris de rage, et d'armes dépouillés.
)ris de l'orgie infernale 5 pas la terre encore étale i : les hideux ossements, bœufs l'armure menaçante, rme et les tisons fumants , ;laive à leur main frémissante»
Tremnor, Usdal, Rismar, in l'audacieux Ivar; court à travers la plaine; , il renverse, il entraîne, gs, abat les étendards;
Du large glaive et de la double hache Il perce, il tranche, il brise, et sans relâche Au même instant frappe de toutes parts.
De toutes parts les hordes Scandinaves, Parmi les rangs des Saxons étonnés Ont répandu leurs flots désordonnés ; Tel un volcan précipite ses laves Du haut des monts par ses feux sillonnés.
A leurs efforts, un moment redoutables, A leur audace et sans règle et sans frein.
Bientôt Alfred oppose un mur d'airain.
Ses bataillons, serrés, impénétrables.
Autour de lui viennent se rallier; Et des Danois l'attaque repoussée Faiblit, pareille à la flèche émoussée , Qui d'un vain bruit frappa le bouclier.
Devant ses pas, Alfred voit sur la terre Morts et mourants au loin s'amonceler, Et frémissant des horreurs de la guerre :
« Le sang d'un seul, dit-il, pouvait couler.
Superbe Ivar, où donc est ton audace?
A t' appeler j'ai fatigué ma voix.
De te chercher une dernière fois Je daignerai te faire encor la grâce. »
Et dans la foule il court se replonger.
Dévon le suit, et bientôt le devance :
A son monarque épargner un danger, Combattre Ivar, telle est son espérance. Tandis qu'Alfred, du haut d'un roc voisin, A son appel entend répondre enfin,
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;s le Danois intrépide « Qui m'appelle? —C'est moi.
- Dé von. Arrête, et défends-toi. »
ups un échange rapide ant fait scintiller dans Pair ['étincelant éclair, i la pointe luisante, ichants récemment aiguisés, es efforts épuisés ; 3a hache pesante :
Par Dévon assailli, i Fatteinte de l'épée ; son sang a rejailli , en est toute trempée.
;e ouvert avec effort de la cuirasse épaisse, [ espère avec adresse ible et le fer et la mort :
trompe son attente; ipt sur Tarmure éclatante, omphe... Alfred paraît, [ue, et lui dit : a Es-tu prêt? »
[jue pourtant il déguise, à ce port de héros , I est saisi de surprise.
i d'un instant de repos ?
, je te raccorde. — Guerre !
lu pied frappant la terre, ts se croyant offensé :
ups partent d'un bras lassé. »
rfl^TR w*
En même temps, plus prompt que la tempête,
D'Alfred tranquille en fureur s'approchant,
Sur le cimier qui décore sa tête
Il fait tomber le rapide tranchant.
Le haut cimier à la crête dorée.
Brisé sans peine , a tournoyé dans Tair :
Mais le tranchant, repoussé par le fer.
Glisse en sifflant sur l'épaule effleurée.
Alfred échappe à l'effort meurtrier ;
Il y répond d'un coup épouvantable,
Que, sans l'airain de l'épais baudrier,
Aurait suivi la mort inévitable.
Le chef danois vomit des flots de sang^.
Et fuit... Alfred s'attache à sa poursuite.
Tremnor d'Ivar veut protéger la fuite ,
Mais de Tremnor Alfred ouvre le flanc.
Rismar frappé tombe. Levant la lance,
Usdal en vain leur promet la vengeance;
Et tous les trois atteints du même fer...
Pleurez, pleurez, ô filles de Recner I
Dieu! les voici. La tête échevelée^
Le front livide, au fort de la mêlée.
De trois coursiers plus blancs que les frimas
Leurs cris aigus précipitent les pas,
Les pas sanglants... Hélas I que faisaient-elles?
Sans le savoir ces amantes cruelles
Ont, sous les pieds de leurs coursiers fumants,
Foulé le corps de leurs pâles amants.
De ces trois sœurs l'approche inattendue, ^icurs noirs cheveux , leurs cris, leur main tendue ,
Leurs blancs coursiers aussi prompts que Féclair
Jettent l'effroi dans la foule éperdue;
Les fils d'Odin, laissant tomber le fer,
Poussent des cris et détournent la vue.
Ils croyaient voir les trois Parques du Nord,
Quittant pour eux la demeure éternelle,
Paraître ensemble, et du signe de mort
Les désigner pour leur moisson cruelle,
Alfred accourt, Alfred habilement
Sait profiter de leur saisissement ;
Autour de lui la mort se multiplie ;
Rapide, il fond sur la troupe qui plie,
L'enfonce, et seul, d'ennemis entouré,
Prend de ses mains leur étendard sacré.
Pour lui dès lors la victoire est certaine ;
Les sœurs d'Ivar, en frissonnant d'horreur,
Ont regagné leur caverne lointaine ;
Et les Danois, vaincus par la terreur.
D'un dernier cri font retentir la plaine.
Le fier Ivar, à la fuite réduit.
Rugit de rage et vomit le blasphème.
De sa défaite il accuse et la nuit, Et les Danois, et ses sœurs, et lui-môme:
« Oui, disait-il, j'ai mérité mon sort, Apaise-toi , fantôme de mon frère I Il brûle encor, le bûcher funéraire 1 Apaise-toi , je vais venger ta mort. »
Alors il court vers la tente voisine Que le bûcher de sa flamme illumine ; Ses fortes mains saisissent à la fois
Et le vieillard et sa fille tremblante ;
Et les traînant vers la roche brûlante :
\ « Sors de la tombe, ô mon frère! et reçois
! Ce sacrifice à ton ombre sanglante.
— Edvin î Edvin ! mon père va mourir ; j Ah ! si jamais sa fille te fut chère,
•' Laisseras-tu sacrifier mon père?
— Non, crie Edvin, je viens vous secourir.
Parjure lyarl tombe devant toi) maître. »
Et sous ses pieds, renversé sans combat, Ivar .confus vainement se débat.
ce Du barde Edvin il te souvient peut-être?
Pour te payer de l'hospitalité, De son serment Edvin est acquité.
Il t'a promis de te faire apparaître Alfred vivant... Sois satisfait; c'est moi :
Reçois de moi la vie, et lève-toi. »
En même temps il détourne son glaive, Et lentement le Danois se relève.
Au nom d'Alfred , le vieil Olgard surpris Croit qu'un vain songe a troublé ses esprits. II veut parler, et sa parole expire.
A ses côtés son Edvitha soupire.
Elle compare (et non pas sans effroi ) Le nom de prince et le nom de bergère, Et dans Edvin, qu'elle appelait son frère.
Gémit tout bas de retrouver son roi.
Tandis qu'Alfred les contemple en silence, Ivar lui dit : a Perce-moi de ta lance ; Délivre-moi du jour. — Moi, t'immolerl Non, tu vivras; je veux tè consoler.
yGooQle
ns ALFRED.
Je te rendrai le glaive , la puissance,
Le bonheur même. — Hélas ! me rendra-t-on
De mes travaux le brave compagnon ?
J'ai tout perdu, tout jusqu'à la vengeance.
Mais dis : mon frère est-il mort sous tes yeux?
— Oui, sous mes yeux.— Comment ? — Calme et farouche .
— Est-ce là tout î — Le rire sur la bouche.
— Je suis content : mon frère est chez les dieux. » La sombre joie a passé dans son âme ; .
Son front est calme et son sourire amer :
Au sein des feux il s'élance, et la flamme Ensevelit l'héritier de Recner.
De cette scène imprévue et cruelle Alfred ému se détourne; ses yeux Cherchent Dévon : « Ami brave et fidèle > Viens recevoir ce fer victorieux.
Trop faible prix de ton généreux zèle. »
Il ajouta : « Je vous délivre tous, Danois ! Vos fils béniront ma mémoire ; Votre vainqueur entre son peuple et vous Partagera son vaste territoire.
Pour le vrai Dieu , l'unique Dieu , le mien, Vous quitterez l'aveugle idolâtrie ; Et sur vos fronts le signe du chrétien Vous ouvrira la céleste patrie.
Londres bientôt reconnaîtra son roi :
Vous m'y suivrez , et les Danois fidèles.
Soumis sans honte, et libres sous ma loi, A mes sujets serviront de modèles. »
U parle encor; leur cri de liberté
y'Googk
Frappe déjà la plaine et le rivage ; Et de leurs mains sur un tertre sauvage Le grand Alfred en triomphe est porté.
Le vieil Olgard tombe aux pieds de son maître. « Vous à mes pieds ! Ah ! venez sur mon cœur. Je suis Edvin, et je veux toujours l'être; Soyez mon père, Olgard I A mon bonheur Il manque un bien dont mon âme est jalouse :
Sous la chaumière Edvitiia fut ma sœur, Que sur le trône elle soit mon épouse ! »
Le front d'Olgard de rougeur s'est couvert.
Tant le confond une faveur si grande !
Alfred alors : a Sais-tu, soldat d'Ecbert, Que par ma voix Ecbert te la demande?
Sais-tu, vieillard, qu'un soldat tel que toi Peut honorer la famille d'un roi ? »
L'heureux Olgard s'incline ; et de son père Alfred obtient la main de la bergère ; Et, la guidant vers le tertre isolé.
Il la présente à ce peuple assemblé :
« Dignes Saxons 1 valeureux Scandinaves !
Leur a-t-il dit, reconnaissez-la tous, C'est votre reine ; elle est digne de vous, Et la beauté doit régner sur les braves. »
A ces accents qui font battre son cœur, La jeune reine, encor simple et timide, Ne répond rien, mais lève avec lenteur Son doux regard et sa paupière humide, Pour contempler ce roi qui fut pasteur.
Alfred, assis au trône d'Angleterre,
yGooQle
Songeait souvent à Tile solitaire.
De chaque année il consacrait dix jours
A visiter cette modeste plage :
Son Edvitha l'accompagnait toujours.
Olgard longtemps, malgré le poids de l'âge,
Suivit leurs pas; et son toit protégé
Fut désormais en chapelle érigé.
En lettres d'or, sur un autel d'albâtre,
On y grava le nom des deux époux ;
Et le saint lieu, conservé jusqu'à nous.
Se nomme encor la Chapelle du Pâtre.
NOTES
An camp danois cependant retentissent Les jeux bruyants. . .
Les Danois avaient particulièrement une grande passion pour les échecs et pour les dés. Le back-gammon^ ou trictrac anglais, parait avoir été inventé à cette époque dans le pays de Galles. Son nom, tiré des mots back et gammon, signifie petit combat.
Mais une troupe aux combats toujours prête.
Qui, repoussant les douceurs du sommeil, Debout, se plaint de la nuit qui l'arrête, Et, tout armée , appelle le soleil.
Tacite représente les Saxons comme ennemis de la mollesse; ils ne faisaient usage que de ce qui était strictement nécessaire à leurs besoins. Un lit de planches, recouvert d'un mince tissu, était pour eux un objet de luxe, même dans la paix: aussi passaient-ils, sans privations, de Tétat de paix à l'état de guerre.
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EMMA ET ÉGINARD
Muse d'amour et de mélancolie.
Qui , dédaignant les frivoles concerts Du luth badin monté par la folie , Cherches au loin, rêveuse et recueillie, Uombre des bois et la paix des déserts, Inspire-moi I Rends ma voix douce et pure Comme les flots du ruisseau qui murmure !
Or, écoutez, cœurs tendres, cœurs aimants I Mon fabliau de deux jeunes amants Va vous conter la touchante aventure ; Et d*un grand roi qu'admire l'univers Le nom fameux ennoblira mes vers.
Partout vainqueur, le puissant Charlemagno
Avait enfin écrasé tout entier
Ce Vitikind, l'aigle de l'Aliemagne,
D'Arminius ce terrible héritier.
Laissant enfin respirer la Victoire,
Le grand monarque, au milieu de sa gloire ,
Goûtait dans Aix un repos fortuné.
De paladins sans cesse environné,
yGooQle
EMMA ET ÉGINARD.
X jeux guerriers il formait leurs courages; itôt, des bois parcourant les ombrages, enversait sous un épieu sanglant daim rapide et le chevreuil tremblant, » sangliers et les buffles sauvages ; itôt dressait sur le terrain poudreux \ destriers réservés aux batailles ; itôt fendait de ses bras vigoureux flot captif en des bassins nombreux ; plus tranquille, au sein de ses murailles, Brrogeait du Celte et du Gaulois ; simples mœurs et les naïves lois, eproduit ces hymnes inspirées i sur la harpe, aux vieux jours d'Israël, ntaient vers Dieu des hauteurs du Carmel, du Jourdain charmaient les eaux sacrées, tour de lui les arts obéissants t prodigué les travaux renaissants :
s fiers Romains la noble architecture nt décorer la demeure des rois, la Chapelle étend la voûte obscure, rceau gotiiique et les parvis étroits, cent canaux cette onde sulfureuse 3 lentement jaunirent les métaux, Itipliant sa vertu généreuse, [tient la vie, et détourne les maux, it se revêt d'une pompe inconnue :
tour s'allonge et monte dans la nue; cirque s'ouvre en son immensité ; s'enfonçaient les profondes tanières pavillon s'agitent les bannières,
yGoogk
POBMB. 285
Et le désert se transforme en cité.
Digne ornement de la cour paternelle, La jeune Emma, si naïve et si belle, Depuis six mois brillait dans ce séjour.
Princes et rois vont la priant d*amour.
Par de hauts faits et de grands coups de lance, Maint chevalier sollicite son choix, Et, prodiguant carrousels et tournois.
Sous ses couleurs dans les joutes s'élance.
Vœux superflus I Éginard a charmé Ce cœur sans art qui s'ignorait encore.
Humble est son nom, mais l'honneur le décore : Il est aimable, il aime, il est aimé.
Sujet zélé d'un prince magnanime,
De Gharlemagne il a toute l'estime.
Soit au conseil , soit au champ des combats,
Il suit partout ce mattre qu'il révère.
Et tour à tour du glaive arme son bras.
Et de Clio tient la plume sévère.
Tant que brillait l'astre enflammé du jour.
Des deux amants la tendresse captive
Trompait les yeux d'une cour attentive ;
Le froid respect déguisait leur amour.
(Amour caché devient encor plus tendre.)
Mais quand des nuits le crêpe allait s'étendre, ^
Emma fuyait le royal appareil, \
Et regagnait l'asile du sommeil.
Là, chaque soir, vers cet humble ermitage.
yGoogk
BT RGINARDi
>rotégeait le feuillage^ Éginard de retour longs ennuis du jour; d'un consolant mensonge^ )0ur se revoir en songe*
3*écoulait lentement !
ir la nature entière Sginard tristement i jalouse lumière, astre pâle et charmant ^ invite à descendre, Qélancolique et tendre I et te dit son tourment •
' heure paisible et sombre^ ieux sur ton char nébuleux I nt viens éteindre les feux, les bienfaits de ton ombre !
jnce a gémi tout le jour, 3st aurore d'amour.
Tant la porte orientale,.
le a réjoui les cieux, bote mélodieux toile matinale ; coBurs séparés tout lé jour^ îst aurore d'amour.
, sur son trône de flamme^ lin bannit l'obscurité ^
yGoogk
t Quand sur le monde il répand sa clarté, « L'ombre des nuits est encor dans mon âme.
« Pour un amant qui languit tout le jouTi « Heure du soir est aurore d'amour. »
Trois fois déjà la nocturne courrière
Avait rempli sa paisible carrière :
Au front des cieux, le troisième croissant
Arrondissait son disque pâlissant ,
Depuis qu* Amour, d'une chaîne fleurie,
Avait uni ces fidèles amants,
Et que du soir Tombre douce et chérie
Favorisait leurs rendez-vous charmants.
Voilà qu'un jour, jour de gloire et d'alarmes,
Du jeune amant le roi s'approche et dit :
« Brave Éginard, cours préparer ter Armes?
De mon repos Irène s'enhardit ;
J'ai pénétré sa sombre politique.
Le froid Germain, l'orgueilleux Bavarois,
Le fier Saxon, terrassé tant de fois,
Vendent leurs bras à sa querelle antique;
Et l'habitant des bords de la Baltique,
Et d'Attila le descendant grossier,
A ses destins viennent s'associer...
Tous périront. Point de paix, point de trêve!
Je n'aurai pas en vain repris le glaive.
A ta valeur, à ton zèle assidu.
Brave Éginard, un noble prix est dû ;
Viens l'obtenir : aux champs de la victoire,
Je te promets les périls et la gloire. »
U dit, s'éloigne ; Éginard confondu
yGooQle
2S8 BMMA £T ÉQINÂRD.
Reste sans voix ; sa douleur est tranquilie.
Morne et pensif, il demeure immobile, Pareil au flot durci par les hivers, Et dans ses yeux roulent des pleurs amers.
i Quitter Emma I languir séparé d'elle !
I Dans ses feveurs que la gloire est cruelle !
Uespoir si doux de revenir vainqueur En d*autres temps eût enivré son cœur; Mais juge, Emma, si sa flamme est sincère!
Môme à la gloire Éginard te préfère.
Le lendemain , dès le réveil du jour, S'est déployé Tétendard des conquêtes ; Et Charlemagne au milieu de sa cour \ A des combats prélude par des fêtes.
De toutes parts brillent les boucliers; De toutes parts les jeunes chevaliers, Rêvant déjà les hautes aventures, L'œil enflammé, polissent leurs armures.
La lance au poing, l'un exerce en champ clos Son destrier fatigué du repos; L'autre, aux caveaux des vieilles basiliques. De ses aïeux vient toucher les reliques, Ou visiter la tombe des héros.
Loin des regards, beautés mélancoliques, Vous achevez, en les baignant de pleurs, Les tendres nœuds de rubans et de fleurs, De nœuds plus doux images symboliques.
Plus d'une aussi, pour l'ami de son cœur, .
Porte une offrande à la sainte chapelle,
yGooQle
POàMB. 980
Priant tout haut qu'il revienne vainqueur, Priant tout bas qu'il revienne fidèle.
Le ménestrel commence ses chansons.
Du flageolet, de la tendre guitare Pour les héros il renforce les sons, Et sa romance au combat les prépare *
c Preux chevaliers, honneur du vieux pavois!
« De Charlemagne entendez-vous la voix ?
« Servants d'amour, la guerre vous réclame. « Que chacun s'arme, et défende à la fois « Son Dieu, son roi, son pays et sa dame.
« Lance en arrêt, marchez, vaillants rivaux!
« Le fier Roland préside à vos travaux, c Le fier Roland qui rendit sa grande âme c En défendant, aux champs de Roncevaux, « Son Dieu, son roi, son pays et sa dame.
c Vous reviendrez briller dans les tournois ; c Les ménestrels rediront vos exploits ; c Et vous verrez celle qui vous enflamme c Presser la main qui servit à la fois c Son Dieu, son roi, son pays et sa dame. »
Les cris du brave et l'hymne des combats, Triste Éginard, ne te raniment pas; Et leur signal redouble encor tes larmes.
Tel un coursier qu'amour vient assaillir.
Mort pour la gloire, entend sans tressaillir
220 EMMA BT ÉGINARD.
L'aigre clairon qui l'appelle aux alarmes ; Tel Égioard languit au bruit des armes.
N'importe, hélas ! il faut partir... Demain De la Baltique il suivra le chemin.
De son départ l'affligeante nouvelle N'a point encor d'une amante Qdèle Déchiré l'âme : heureuse par l'espoir, Elle attendait le rendez-vous du soir.
C'était aux jours où le printemps frissonne, Craignant l'hiver qui revient quelquefois D'une main brusque arracher sa couronne.
De la tempête au loin mugit la voix , Et dans les airs l'ouragan tourbillonne.
Éginard, seul au vaste sein des nuits, Marche escorté de ses muets ennuis ; Et la nature, un moment gémissante, A ses douleurs semble compatissante.
Des lieux aimés s'approchant lentement,
Il les regarde, et s'arrête, et soupire.
« mon Emmal... » dit-il. Sa voix expire.
Emma ^ui parle, et parle vainement ;
De l'aquilon le long rugissement
Couvre à grand bruit le faible et doux langage.
« Ta voix chérie expire dans l'orage,
Crie Éginard ; l'ouragan sans pitié
De tes accents me ravit la moitié.
Ohl laisse-moi de ta retraite obscure
Franchir le seuil d'un pied respeetueus:.
yGoogk
Gomme ton cœur ma flamme est noble et pure :
Amour sincère est toujours vertueux, n Emma l'écoute, hésite... La tempête Gronde en fureur ; Éginard sur sa tète Entend rouler les vents impétueux. D'épais frimas la bruyère se couvre.
Emma le plaint. La porte enûn s'entr'ouvre, Et la pudeur se confie à Tamour.
Peindrai-je, Emma, ton paisible séjour?
Des saints martyrs les figures gothiques Ornent des murs les pilastres antiques ; Le chapelet, et l'eau sainte, et la croix.
Sont suspendus aux modestes parois.
Vierge du ciel I ton image chérie Est pour Emma le plus riche trésor :
' C'est devant toi, douce et chaste Marie, Qu'à son réveil chaque jour elle prie...
Demain, hélas î l'osera-t-elle encor?
Un seul flambeau, qui, de ses clartés sombres, Perce à demi l'obscurité du soir.
Luit doucement : tel un rayon d'espoir Du noir chagrin vient éclaircir les ombres; Faible rayon qui, pour quelques moments, A d'Ëginard suspendu les tourments!
Qu'à ses regards son Emma paraît belle 1 Ses yeux longtemps restent fixés sur elle.
Trouble enchanteur ! muets ravissements I Ils se parlaient jusque dans leur silence, Car les soupirs sont la voix des amants.
,„„„al
89» EMMA ET EOINARO.
Mais Éginard aux pieds d'Emma s'élance.
De son Emma sa main presse la main.
Un souffle ardent s'échappe de leur âmo;
Il se confond , et leurs lèvres de flamme
Sans se chercher se rencontrent... soudain
Dans tous leurs sens court et se précipite
Un fou rapide. Emma... son sein palpite;
Elle rougit et pâlit tour à tour.
Une ombre humide , un nuage d'amour
Voile ses yeux; elle tremble, chancelle;
Mais tout à coup : a Fuis, Éginard 1 dit-elle,
Pour ton Emma montre-toi généreux.
Fuis, Éginard, sauve-moi de moi-même!
— Te fuir, Emma! te fuir!... Ah! malheureux!
Trop tôt, hélas ! je perdrai ce que j'aime ;
Demain,..— Qu'entends-je?— Hélas! tel est mon sort.
Demain je pars à la voix de mon maître,
Je cours chercher la victoire ou la mort.
Cet entretien est le dernier peut-être. »
Emma frissonne, a Ah ! poursuit Éginard,
Peut-on jamais se séparer trop tard !
mon Emma ! que les feux de l'aurore
A tes genoux me retrouvent encore ! »
Ainsi parlait Éginard éperdu.
Emma se tait : c'est avoir répondu.
Son cœur pourtant n'était pas sans alarmes,
Et murmurait des reproches confus.
Un long baiser, triste, mais plein de charmes,
Fit sur sa bouche expirer le refus,
Et le bonheur naquit du sein des larmes.
yGoogk
POÈMa 233
Ne craignez point mes accords indiscrets, Couple amoureux 1 ma lyre sait se taire :
La poésie, amante du mystère, Au dieu du jour voilera vos secrets.
Dans ces instants d'ivresse renaissante Les deux amants oubliaient l'univers; Et cependant la neige éblouissante Avec lenteur descend du haut des airs.
A peine aux cieux la lumière est rendue, L'amant d'Emma, sur la morne étendue, Silencieux, fixe l'œil : « De mes pas, Dit-il enfin, si l'empreinte perfide Allait guider le soupçon trop rapide I »
Emma répond : « A travers les frimas.
Forte d'amour, ne puis-je pas moi-même Loin de ces lieux porter celui que j'aime?
Viens, Éginard, fuyons, ne tardons pas! »
Et soulevant son amant dans ses bras, ^ En frissonnant d'amour et d'épouvante.
Elle l'emporte, et la neige mouvante Crie et fléchit sous ses pieds délicats.
Dans le trajet l'amour les accompagne.
Us approchaient du terme : Gharlemagne, Laissant errer ses regards incertains, De rOccident méditait les destins.
n voit... Un songe, une vaine chimère, L'abusentr-ils ? trop malheureux père I Que feras-tu ? Quel supplice assez prompt Sur Éginard vengera ton affront?
Lorsque le jour eut coloré ia nue.
EMMA ET ÉGINARD.
X amants par son ordre appelés, dans l'âme, interdits et troublés, t les yeux, paraissent à sa vue; eur front une vive couleur lacé Tamoureuse pâleur, garde ; et d'un accent sévère :
les yeux, répondez sans détour, sédé d'un criminel amour, iteur d'une obscure naissance pouvoir avec impunité 'honneur et la reconnaissance, aints nœuds de l'hospitalité....
îgrat, lâchement téméraire, )rait la fille de son roi , ma place, et prononcez pour moi; iinel assignez son salaire, » Tous deux embrassent ses genoux, îst assez, poursuit-il, levez-vous!
l'arrêt qu'il faut que je prononce :
i instant vous saurez ma réponse. »
Emma, d'une mourante voix :
asson&-nous pour la dernière fois, léri que j'ai rendu coupable!
ï instant on va nous séparer;
jamais. — Ah! plutôt expirer!
parer! non, rien n'en est capable, )eau seul... Si le ciel veut ma mort, Emma ! par un dernier effort, 3 pleurer consens à me survivre, moi... — Je jure de te suivre. »
fF^^^
Mais Cbarlemagne est déjà de retour.
Des paladins, des barons de sa cour
A ses côtés paraît la noble élite.
Tous, l'observant d'un regard curieux,
Cherchent en vain sur son front sérieux
A démêler quel projet il médite.
La jeune Emma captive aussi les yeux.
Pudeur! amour! votre incarnat colore
Ses traits charmants de douleur obscurcis;
Et la douleur les embellit encore.
Le roi des preux au trône s'est assis :
« Nobles seigneurs, compagnons de ma gloire ,
Vous me suivrez aux champs de la victoire !
Vous, Archambaud, propagez toutefois
Ce code utile, ami de Tinnocence,
Dont j'ai dicté les prévoyantes lois ;
Et que mes lois régnent en mon absence!
Vous, Adélard, par vos efforts constants,
De l'ignorance écartez les nuages;
Ëclairez-nous des flambeaux que les sages
Ont allumés sur la route des temps!
Tous tous, du Dieu que l'univers adore
Parez le temple et parfumez l'autel ;
Que l'hymne saint, plus solennel encore,
Arrive au pied de son trône immortel !
Rendons le ciel à nos armes propice,
Par la valeur, surtout par la justice.
Juste est l'arrêt que je vais prononcer;
Je sais punir, je sais récompenser.
A mes bienfaits si quelqu'un doit prétendre.
C'est Éginard! Éginard, sois mon gendre 1 »
EMMA ET ÉOINARa
diers, jaloux d'un tel honneur, servant loyauté pour devise, it tous avec grâce et franchise rival mérite son bonheur.
c coupable et sa douce compagne baiser la main de Charlemagne, rougir ; et dès le môme jour t hymen consacra leur amour*
BELZUNGE
ou LA PESTE DE MARSEILLE,
pokxx
uisiaiii POU& l'ok dbs prix décbhkacx.
Soas Tazur d'un beau ciel, d'olive couronnée» Marseille s'élevait puissante et fortunée.
Le Commerce, autour d'elle étendant ses liens^ Couvrait de ses trésors les flots tyrrhéniens ; L'œil fixé sur les mers, il espérait encore Ces vaisseaux enrichis des présents de l'aurore : Us approchent... Craignez leur abord désastreux! Et la Peste et la Mort voyagent avec eux.
Déjà l'oiseau des mers loin de la rive impure Fuit en poussant des «cris de lamentable augure; Les tintements égaux de l'airain solennel Frappent au loin les airs de leur lugubre appel : Et le peuple est tranquille I Au sein de ses murailles, Il compte les trésors et non les funérailles ! Un seul homme aux périls de la sécurité
300 BBLZUNCB.
Opposait de son art la vaiae autorité * :
« Malheureux, criait-il, par quel fatal délire « Douter obstinément du mal qui vous déchire? « Que diriez-vous enfin, si, m*immolant pour vous, « Je vous forçais de croire à l'horreur de ses coups? » Il dit, et le scalpel, sous la main qui le guide. Interroge la Mort aux flancs d'un corps livide : La Mort répond. Déjà le monstre empoisonné Révèle sa présence au peuple consterné; Et le noble martyr, qu'un prompt tourment dévore. Dit à ce peuple : « Eh bien! douterez-vous encore? » Les yeux s'ouvrent alors : toute une ville en deuil Se réveille éperdue au bord de son cercueil.
A.vez-vous quelquefois, alors que les orages Annoncent aux vaisseaux l'approche des naufrages, Entendu ces bruits sourds par degrés redoublés, Ces confuses clameurs des matelots troublés ? Du peuple dans l'effroi telle est la voix plaintive. Les trésors d'Orient sont épars sur la rive ; Le noir cordage flotte à demi détendu ; Et 1 avide marchand, interdit, confondu.
Regardant sa richesse avec indifférence, Borne ses longs calculs et sa longue espérance.
La pompeuse cité n'offre plus au regard Qu'un peuple de mourants à l'-œil creux et hagard. Leur langue desséchée aux accents se refuse : Leur esprit incertain, qu'un vaii prestige abuse. Ne voit plus qu'à travers un voile ténébreux ;
* Le chirurgien Guyon.
yGoogk
Et jusqu'à la douleur tout est songe pour eux. La douleur cependant provoque, aigrît sans cesse De leurs nerfs inquiets Tirritable faiblesse. Ceux-ci du coup fatal tombent frappés soudain ; Ceux-là vont au cercueil par un plus long chemin L'un sur le bord des eaux avec effort se traîne ; L'autre, égaré, tantôt mord la poudreuse arène. Tantôt ronge en hurlant ses bras défigurés Que le brûlant ulcère a presque dévorés.
De citoyens armés une inflexible chaîne Autour des murs s'étend , par devoir inhumaine. Prêt à tonner, le bronze est tourné vers le port , £t la mort se présente à qui veut fuir la mort. La Consternation, immobile et glacée, Reste, sans souvenir, sans plainte, sans pensée : Le port désert, plongé dans un calme effrayant, N'entend plus ni les cris, ni le marteau bruyant; Les temples sont fermés : dans ces douleurs publiques, Des saints sur les autels on voila les reliques ; Le cierge consacré cessa de s'allumer.
L'hymne de retentir, et l'encens de fumer.
Voilà donc ces remparts si fameux d'âge en âge. Ce sol des troubadours, dont le ciel sans nuage Semblait du ciel romain répéter les splendeurs ! Où sont, fille des mers, tes antiques grandeurs? Où sont ces nautoniers, de qui la foule active Appelait le regard de l'Europe attentive?
Émule de Sidon et rivale de Tyr !
Le dévorant oubli s'apprête à t'engloutir.
BELZUNCB.
En vain, pour te fonder, la brillante lonie Endurcit aux travaux sa molle colonie ; En vain Rome et César peuplaient tes murs fameux : Comme eux tu t'élevais, lu vas tomber comme eux; Tu vas joindre au tombeau Babylone et Carthage. Un jour, le voyageur égaré vers ta plage, Sur ton havre isolé jetant un œil surpris.
Demandera Marseille à ses muets débris.
Ainsi Jérusalem, à Dieu longtemps si chère, Quand sur elle eut soufflé le vent de la colère. Croulant sous le fardeau de ses calamités, Tomba, dans un moment, du trône des cités; Et du prophète-roi Théritière divine Emplit tout l'Orient du bruit de sa ruine. '
Mais voilà que du ciel, sur la terre envoyé, Apparaît tout à coup un ange de pitié :
C'est Belzunce. Les cris de Marseille plaintive Ont averti de loin son oreille attentive; Il accourt, on s'écrie : « Où portez-vous vos pas? « Fuyez, fuyez la mort! — Non, je ne fuirai pas. « Qu'une indigne frayeur lâchement me retienne I « Non, ce peuple est mon peuple, et sa vie est la mienne r « Ma place est là, j'y cours; auprès de son troupeau « Le pasteur attendra l'homicide fléau. »
Ses ordres à l'instant rouvrent le sanctuaire; Le peuple avec ferveur l'escorte vers la chaire, Et s'arrête, saisi d'un saint frémissement.
Belzunce devant Dieu se recueille un moment; Et, les yeux attachés sur la croix symbolique, Fait entendre en ces mots sa voix évangélique :
yGoogk
POBMB. 303
« Aux clous de cette croix l'Homme-Dieu vînt s'offrir.
<r Que son exemple au moins nous enseigne à souffrir!
« Adorez avec moi la volonté céleste;
« Humbles de cœur, prions : le Ciel fera le reste. »
11 dit; vers le Très-Haut la prière a volé;
Le malheureux qui prie est déjà consolé.
Cependant le prélat, dans ce désordre extrême ^ Où Feffroi du péril double le péril même, Au-devant du trépas marche sans s'émouvoir.
Et rend autour de lui la vie avec Tespoir.
Il ouvre à la douleur un asile propice; Son auguste palais se change en humble hospice. Les lits nombreux du pauvre, alignés tristement, Désormais de ces lieux sont l'unique ornement: Et tout l'or qu'enfermait l'opulente demeure Partout s'offre aux besoins du malade qui pleure *. Saint prélat 1 Dieu te garde un bien plus précieux : Ta noble pauvreté doit t'enrichir aux cîeux.
Trois sages, qu'a nourris l'Épidaure nouvelle **, A son zèle pieux joignent leur docte zèle :
Avec eux il pénètre au fond des noirs réduits Oi!l veille la douleur dans la longueur des nuits, Et présente au mourant, qu'un feu secret consume,
* Ce n'est point là le seul trait de désintéressement qui honore rame de M. de Belzance. En 1723, le roi l'ayant nommé à l'éTÔché de Laon, duché-pairie» il refusa cette faveur, et ne roulut point abandonner un diocèse que le souvenir de ses danois et de ses sacrifices semblait lui rendre plus cher encore.
** Les trois médecins de Montpellier»
304 BELZUNCB.
Du breuvage ordonné la propice amertume De rhomme qui s'éteint il recueille les vœux, Les derniers repentirs et les derniers aveux ; Il lui rappelle, à l'heure où l'espoir l'abandonne, Que le Dieu d'Israël est le Dieu qui pardonne; Et, fidèle soutien, guide ses faibles pas Vers ce jour immortel qui commence au trépas.
Des terrestres liens lorsque ses mains sacrées S'empressaient d'affranchir les âmes épurées, A de tristes devoirs sacrifiant leurs jours, Des hommes généreux dérobaient aux vautours De tant d'infortunés la dépouille mortelle.
Intrépide Moustier! infetigable Estelle *'!
Rose **, toi qu'on a vu tenir du même bras La bêche funéraire et le fer des combats !
Et toi qui , signalant ton zèle magnanime , Pour servir le malheur brisas les fers du crime *** ! Vous tous, dignes appuis d'un prélat révéré, Que votre nom du sien na soit point séparé!
Mais, malgré leurs efforts, l'ardente maladie Redouble les progrès de son vaste incendie.
Prêtre saint! de tes doigts glacés d'un froid mortel Tombe la pure hostie aux marches de l'autel.
Élève d'Hippocrato! au lit de la souffrance Tu n'iras plus porter la dernière espérance : L'hydre affreuse te lance un farouche regard ,
* échevins de Marseille.
•* Le chevalier Rose.
*** Le chef d'escadre Langoron, gonTemeur des galériens.
yGooQle
PO à Ma 305
Et se venge sur toi des bienfaits de ton art. Ici, l'œil attaché sur les plaines profondes, Expirent ces nochers, vieux habitants des ondes; Là meurent ces guerriers qui, perdant leur trépas, Sont renversés sans gloire et vaincus sans combats. Au chevet d'un ami Tami s'assied et pleure; L'égofete, au cœur dur, s'enferme en sa demeure, Là, privé de soutiens, il meurt triste, isolé ; Il ne consola point, et n'est point consolé.
Au corps glacé d'un fils la mère en son délire S'attache, et doit la mort au venin qu'elle aspire. Le vieillard oublié, sur sa couche étendu, Appelle, appelle encore, et n'est point entendu! Le frère évite un frère : en leur efifroi barbare, Loin de les réunir le malheur les sépare.
Plus de pitié. Chacun ne connaît plus que soi : Vivre est l'unique bien, vivre est Tunique loi. Le fils, sans redouter la céleste colère Livre aux pieds du passant le cadavre d'un père. Le mourant qui gémit sur le seuil est traîné; Et sous un toit connu si quelque infortuné Cherche pour un instant à reposer sa tète.
Il trouve à l'écarter une main toujours prête, Ne voit pas un ami qui l'ose secourir.
Et, repoussé partout, ne sait plus où mourir.
Cependant le fléau, s'arrètant au rivage, N'a point enveloppé dans le commun ravage Ces pâles criminels aux travaux condamnés.
Sur le banc d'infamie à jamais enchaînés.
Langeron vient, et dit : a Courez par vos services
yGoogk