‹ Œuvres précédées d'une noticeChapitre 60 sur 117 · BELZUNCE · texte numérisé non relu

BELZUNCE

riter de Marseille un terme à vos supplices; j^ez libres ! » Soudain leurs fers sont détachés. , à Faspect des morts dont ces lieux sont jonchés, terreurs du trépas leur âme est poursuivie :

vie est un tourment, mais c'est encor la vie; p, regrettant les maux qu'ils ont soufferts,

ensemble à genoux redemandent leurs fers, ez, dit Langeron, vieillissez sur vos rames; ez ces nobles soins à de plus nobles âmes ! » riait. Rose accourt; la bêche arme sa main, li les flots du peuple il se fraie un chemin : nides citoyens, dignes de vos misères î ez-vous que ces morts sont vos fils, sont vos pères ? nt leurs corps glacés vous reculez d'effroi ! îreusera leur tombe?... Eh bien! ce sera moi. » L bêche à ces mots il frappe le rivage, exemple a du peuple exalté le courage; )us les citoyens les bras lui sont offerts, brçats entraînés renoncent à leurs fers ; seconde fois les chaînes sont brisées ;

les rapides coups mille tombes creusées lissent les morts dans leur dernier séjour :

soir ne vit point les désastres du jour.

quel son vient frapper mon oreille attentive? I de la douleur I ta voix douce et plaintive ide-t-elle au chant des dernières amours?

lable Florestan et la jeune Selmours, ris du même lait, et nés à la môme heure , les deux élevés dans la même demeure, l'œil de leurs parents, confidents de leurs feux,

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POÈMB. 307

D'un vertueux amour avaient serré les nœuds.

Déjà depuis trois jours ils comptaient vingt anné Déjà se préparaient les noces fortunées...

Selmours à ces apprêts souriait tristement.

Regardant tour à tour sa mère et son amant, Le cœur gros de soupirs, je ne sais quel présag D'un voile d'infortune obscurcit son visage , Et des pleurs en secret s'échappent de ses yeux Hélas I ce n'était point ces pleurs délicieux, Trésor d'une âme aimante et de bonheur remplie Car le bonheur lui-même a sa mélancolie; Mais ces pleurs douloureux qui, toujours plus a Semblent nous annoncer quelque prochain rêver Le frisson de la crainte en ses veines circule : Dans son trouble elle a cru (tout cœur tendre est en Elle a cru reconnaître à des signes certains Qu'un triste événement menace ses destins.

La veille, à ses regards, l'oiseau des funérailles Est venu se percher sur le haut des murailles. Et les longs sifflements de sa lugubre voix Au sein de la nuit sombre ont retenti trois fois. Elle instruit de sa crainte une mère qui l'aime; Sa mère la rassure, et frémit elle-même.

Vain fantôme, qu'enfante et que nourrit la peur. Vague pressentiment, tu n'étais point trompeur! Le mal contagieux, qui d'heure en heure augme Accable au même jour et l'amant et l'amante.

De bonheur et d'espoir quand tout rit autour d'( Sous l'atteinte mortelle ils vont périr tous deux. Qu'au retour des zéphyrs deux jeunes hirondelle Dans leur joyeux essor entrelacent leurs ailes,

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3 ciel semble sourire à leur hymen heureux ;

ais, aux rayons du jour, quand leur vol amoureux

ans le vague des airs mollement se balance,

u tube meurtrier si le plomb qui s'élance

3S atteint , plus d'hymen ! on voit en un instant

Dmber du haut des cieux le couple palpitant.

3lle est des deux amants la noire destinée.

)ur éclairer ta fôle, ange de Thyménée!

3vais-tu n'allumer qu'un flambeau sépulcral?

Q linceul... tel est donc leur voile nuptial!

3S amants , dont la voix ne pouvait plus s'entendre,

adressaient en silence un adieu triste et tendre,

^, nés au même instant, ils demandaient aux cieux

né dans le môme instant la mort fermât leurs yeux.

îlzunce étend ses mains sur leur front qui s'incline,

bteste de l'hymen la majesté divine .

mr promet dans le ciel de saints embrassements ;

; l'autel de la mort a reçu leurs serments.

(Izunce ému s'éloigne : enflammé d'un saint zèle, se montre partout où le danger l'appelle; irtout où le fléau semble le plus affreux, vole, et ses secours sont au plus malheureux, land Moïse , aux regards de la foule tremblante, anchit du haut Horeb la cime étincelante, *aôl éperdu, prosterné devant Dieu, son libérateur disait un long adieu ; iUe, autour de Belzunce, une foule éplorée K^ommandait au ciel cette tète sacrée, uple, cesse ta plainte, et sors de ton effroi: ) ciel veille sur lui pour qu'il veille sur toi

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POëMB. 309

Sous Faile du Seigneur, le prélat vénérable Dans le commun fléau demeure invulnérable.

Enfin, sous tant d'efTorts il se sent accablé;

De succomber trop tôt lui-même il a tremblé.

L'intrépide nageur qui sur les noirs abîmes

A déjà ressaisi de nombreuses victimes.

Vers d'autres malheureux par le flot menacés

Se précipite, lutte, étend ses bras lassés,

Les saisit... Mais, hélas! sans force et sans haleine,

Pourra-t-il parvenir à la rive lointaine ?

Tel est Belzunce. Au ciel sa grande âme eut recours :

« Dieu, laissez-moi pour eux vivre encor quelques jours !

Et nous, que Fanathème a choisis pour victimes,

Nous, pécheurs, qui portons la peine de nos crimes,

Essayons d'émousser les flèches du courroux ;

Mettons la pénitence entre la mort et nous.

Peuple, suivez mes pas! » Et la foule troublée

Autour de lui se presse, en désordre assemblée.

Il était nuit. Belzunce, en ces pieux instants.

Humble, et le cou pressé du nœud des pénitents,

Le pied nu, rœil au ciel, marche autour des murailles,

A voix basse entonnant l'hymne des funérailles.

De pâles citoyens, cortège peu nombreux.

Consumant leur faiblesse en efforts douloureux,

A peine supportaient d'une main affaiblie

Les flambeaux défaillants, image de leur vie.

Lorsque, devant leurs pas, Tasîle sépulcral

Offrit ses humbles croix et son tertre inégal ,

Leur chant religieux bénit la poudre sainte

Des ossements blanchis, épars dans son enceinte;

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Et la nuit répéta les ténébreux accords

Des mourants qui priaient sur la cendre des morts.

De ce chant consacré les tombes retentirent;

La terre s'en émut, et les cicux Tentendirent.

On dit môme qu'alors Tange mystérieux

Qui s'assied aux confins de la terre et des cieux,

Laissant un sillon d'or sur sa route étoilée,

Descendit lentement, et, la face voilée,

Recueillit les soupirs, et, saint médiateur,

Les porta sur son aile aux pieds du Créateur.

Faveur jsou daine ! il luit, le jour de la clémence;

L'Éternel fait un signe , et le pardon commence.

Le peuple, libre enfin du fléau destructeur.

Embrasse les genoux de son libérateur,

Le porte vers le temple, et, par un juste hommage,

Bénit le Tout-Puissant dans sa vivante image.

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